ZLECAf : l’intégration s’accélère
Les annonces formulées lors de la 4ᵉ édition de l’Africa Economic Symposium confirment une accélération de la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine. Les échanges intra-africains poursuivent leur progression, les investissements productifs gagnent en intensité et les mécanismes de financement se renforcent pour accompagner un marché continental davantage intégré. Dans cette dynamique, le Maroc consolide progressivement son positionnement comme plateforme industrielle, logistique et financière au service de l’intégration économique africaine.

Par Hamza Abdelouaret
L’actualité économique africaine a été marquée par la 4ᵉ édition de l’Africa Economic Symposium, organisée par le Policy Center for the New South les 14 et 15 juillet 2026 à Rabat. Cette rencontre a réuni responsables institutionnels, économistes, dirigeants d’entreprises et représentants du secteur financier afin d’évaluer les avancées de la Zone de libre-échange continentale africaine et d’identifier les leviers capables d’accélérer l’intégration économique du continent.
À cette occasion, Wamkele Mene, secrétaire général du Secrétariat de la ZLECAf, a indiqué que les échanges commerciaux intra-africains avaient progressé de 7 % en 2025 par rapport à 2024, année au cours de laquelle ils représentaient près de 220 milliards de dollars. Cette évolution accompagne la montée en puissance des préférences tarifaires, le développement des chaînes de valeur régionales, l’amélioration des solutions de financement et l’accélération des investissements destinés à renforcer la compétitivité des économies africaines.
Les échanges ont également mis en lumière le rôle grandissant des infrastructures logistiques, des plateformes financières, des systèmes panafricains de paiement et des partenariats public-privé dans la transformation économique du continent. Les débats ont accordé une attention particulière à l’industrialisation, à la facilitation des échanges, à la modernisation des corridors de transport et à l’intégration des entreprises africaines dans des chaînes de valeur régionales à plus forte valeur ajoutée.
Le Maroc accompagne cette évolution à travers une stratégie fondée sur ses infrastructures portuaires, son appareil industriel, la présence de ses groupes bancaires sur le continent et le développement de nouveaux corridors économiques. Tanger Med, Casablanca Finance City, le Système panafricain de paiement et de règlement, l’Initiative Atlantique et le projet de Gazoduc Afrique-Atlantique illustrent cette orientation, avec l’ambition de renforcer les échanges commerciaux, d’accompagner les investissements productifs et de favoriser l’émergence d’un marché africain davantage intégré.
L’intégration économique gagne du terrain
Cinq ans après l’entrée en vigueur de la Zone de libre-échange continentale africaine, les premiers résultats de sa mise en œuvre deviennent progressivement visibles. Les annonces présentées lors de la 4ᵉ édition de l’Africa Economic Symposium confirment une accélération des échanges entre les économies africaines. Le Secrétariat de la ZLECAf a indiqué que le commerce intra-africain avait progressé de 7 % en 2025, après avoir représenté près de 220 milliards de dollars en 2024. Cette évolution accompagne l’élargissement progressif des concessions tarifaires, l’harmonisation des procédures commerciales et le développement de nouveaux outils destinés à faciliter les échanges entre opérateurs économiques.
Pour Wamkele Mene, secrétaire général du Secrétariat de la ZLECAf, cette progression traduit une montée en puissance de la phase opérationnelle de l’accord. Les protocoles consacrés au commerce des marchandises et des services sont progressivement appliqués par les États membres, tandis que les travaux engagés sur les investissements, la politique de concurrence, le commerce numérique et la propriété intellectuelle contribuent à renforcer la sécurité juridique et l’attractivité du marché continental. Cette évolution favorise une implication croissante des entreprises dans la dynamique d’intégration africaine.

Avec 54 États signataires, dont 48 ont ratifié l’accord, la ZLECAf constitue aujourd’hui la plus vaste zone de libre-échange au monde en nombre de pays participants. Elle rassemble un marché de plus de 1,4 milliard d’habitants et un produit intérieur brut cumulé supérieur à 3 000 milliards de dollars. Les projections de la Banque mondiale estiment qu’une mise en œuvre complète de l’accord pourrait générer près de 450 milliards de dollars de revenus supplémentaires à l’horizon 2035, tout en renforçant la compétitivité des économies africaines et en stimulant les investissements régionaux.
Cette dynamique s’accompagne d’une évolution de la structure des échanges. Les produits manufacturés, les biens intermédiaires et les services occupent une place de plus en plus importante aux côtés des matières premières. Les secteurs de l’agroalimentaire, de l’industrie pharmaceutique, des engrais, de l’automobile, du textile, des matériaux de construction, des services financiers et du numérique enregistrent une montée en puissance des projets de coopération régionale, portée par le développement de chaînes de valeur africaines.
Les institutions réunies à Rabat ont également souligné que la réussite de cette nouvelle étape repose sur l’amélioration des infrastructures et de la connectivité continentale. Selon la Banque africaine de développement, le déficit annuel de financement des infrastructures en Afrique demeure compris entre 130 et 170 milliards de dollars, alors que les ressources actuellement mobilisées couvrent seulement une partie de ces besoins. La modernisation des corridors routiers, ferroviaires et portuaires, l’interconnexion des réseaux énergétiques et l’amélioration des plateformes logistiques figurent désormais parmi les principaux leviers de compétitivité du continent.
Les mécanismes de facilitation des échanges poursuivent également leur montée en puissance. La généralisation des guichets uniques, la numérisation des procédures douanières, le développement des solutions de paiement régionales et la réduction progressive des barrières non tarifaires améliorent les conditions de circulation des marchandises entre les économies africaines. Cette évolution crée un environnement plus favorable à l’investissement productif et à l’émergence d’un marché continental davantage intégré.
Les analyses présentées lors de l’Africa Economic Symposium convergent ainsi vers une même perspective : la ZLECAf entre dans une étape où l’industrialisation, la transformation locale des ressources, l’investissement privé et la création de chaînes de valeur régionales deviennent les principaux moteurs de la croissance économique africaine.
Le secteur privé prend le relais
La mise en œuvre de la ZLECAf ouvre une nouvelle étape pour les entreprises africaines. Après l’adoption progressive des accords commerciaux, les enjeux portent désormais sur les investissements, le financement, la création de partenariats industriels et l’organisation de chaînes de valeur régionales capables d’accélérer les échanges entre les économies du continent. Les travaux de la 4ᵉ édition de l’Africa Economic Symposium ont confirmé que cette dynamique repose désormais sur une implication croissante du secteur privé, appelé à accompagner les transformations engagées par les États.
Le financement figure parmi les principaux leviers de cette évolution. Les entreprises africaines, en particulier les petites et moyennes entreprises, expriment des besoins importants en matière de crédit, de garanties, de financement du commerce international et de solutions de paiement adaptées aux échanges régionaux. Les banques commerciales, les banques de développement et les institutions financières africaines développent progressivement des instruments destinés à fluidifier les transactions, à renforcer l’accès au financement et à accompagner les projets d’investissement sur le continent.

Les groupes bancaires marocains participent activement à cette dynamique grâce à leur présence dans plusieurs marchés africains. Attijariwafa bank, implantée dans une quinzaine de pays, accompagne depuis plusieurs années les entreprises dans leurs opérations de financement, leurs investissements transfrontaliers et leur développement régional. Les initiatives engagées avec les opérateurs économiques, notamment à travers les partenariats noués avec l’ASMEX, illustrent cette volonté de renforcer l’accompagnement des entreprises marocaines et africaines dans les opportunités offertes par la ZLECAf.
Cette mobilisation s’appuie également sur les organisations représentatives du secteur privé. La CGEM et l’ASMEX poursuivent leurs actions de sensibilisation, d’accompagnement et de mise en relation des entreprises à travers des missions économiques, des conventions de coopération, des rencontres B to B et des programmes dédiés à l’investissement en Afrique. L’objectif consiste à faciliter l’accès des entreprises aux marchés africains, à encourager les partenariats industriels et à soutenir le développement de projets communs.
Les institutions financières continentales accordent également une attention particulière aux mécanismes destinés à simplifier les échanges entre opérateurs économiques. Le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), développé avec le soutien d’Afreximbank et de plusieurs banques centrales africaines, facilite les règlements en monnaies locales, réduit les délais de transaction et contribue à limiter les coûts liés aux opérations de change. Son déploiement progressif accompagne l’objectif de renforcer la fluidité des échanges commerciaux à l’échelle du continent.
Les interventions des responsables économiques réunis à Rabat ont confirmé que la réussite de la ZLECAf dépendra largement de la capacité des entreprises à investir, à innover et à développer des partenariats durables. L’agro-industrie, l’automobile, la pharmacie, le textile, les engrais, les services financiers, les technologies numériques et les énergies renouvelables figurent parmi les secteurs qui concentrent les perspectives les plus importantes de coopération et de création de valeur à l’échelle africaine.
Le Maroc affirme ses ambitions continentales
L’intégration économique africaine accompagne une stratégie engagée par le Maroc depuis plusieurs années afin de renforcer les échanges avec le continent et de consolider sa position comme plateforme reliant l’Afrique, l’Europe et l’espace atlantique. Cette orientation s’appuie sur des investissements structurants, un appareil industriel diversifié, un réseau financier présent dans plusieurs pays africains et des infrastructures logistiques qui facilitent les échanges commerciaux à l’échelle régionale.
Les infrastructures constituent l’un des principaux leviers de cette stratégie. Tanger Med, premier port à conteneurs de la Méditerranée et de l’Afrique, a traité plus de 10,2 millions d’EVP en 2025 et assure des liaisons avec plus de 180 ports répartis dans près de 70 pays. Cette capacité est appelée à se renforcer avec le développement de Nador West Med et du port Dakhla Atlantique, deux projets qui accompagneront l’essor des échanges commerciaux, des activités industrielles et des corridors logistiques entre le Royaume et les marchés africains.

Cette vision s’inscrit également dans les grandes initiatives de coopération portées par SM le Roi Mohammed VI. L’Initiative Atlantique offre aux États du Sahel un nouvel accès à l’océan Atlantique et ouvre des perspectives de coopération dans les domaines du commerce, du transport et de la logistique. Le Gazoduc Afrique-Atlantique, qui reliera le Nigeria au Maroc en traversant plusieurs pays de la façade ouest-africaine, accompagne cette dynamique en favorisant les investissements, la sécurité énergétique et le développement d’écosystèmes industriels régionaux.
Le Royaume consolide également sa présence financière sur le continent. Casablanca Finance City rassemble aujourd’hui près de 250 entreprises nationales et internationales qui utilisent le Maroc comme base de développement de leurs activités africaines. Les groupes bancaires, les compagnies d’assurance, les cabinets de conseil et les entreprises industrielles marocaines poursuivent leur implantation dans plusieurs régions du continent, en particulier en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, où ils participent au financement de projets, au développement de nouvelles filières économiques et au transfert de compétences.
Cette dynamique est accompagnée par plusieurs institutions nationales. L’Administration des douanes et impôts indirects poursuit l’adaptation de ses dispositifs afin de faciliter l’application des préférences tarifaires prévues par la ZLECAf. La CGEM, l’ASMEX, les centres régionaux d’investissement et les agences de promotion multiplient les missions économiques, les rencontres d’affaires et les programmes d’accompagnement destinés à renforcer la présence des entreprises marocaines sur les marchés africains.
La montée en puissance de la ZLECAf offre ainsi au Maroc un cadre supplémentaire pour valoriser les investissements réalisés au cours des deux dernières décennies. Les infrastructures, les services financiers, l’industrie, la logistique et les partenariats économiques constituent aujourd’hui des atouts reconnus pour accompagner l’intégration économique du continent et soutenir le développement de nouvelles opportunités de coopération entre les économies africaines.

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