William Zartman (1932-2025) : Washington rend hommage au maître de la médiation et à l’ami indéfectible du Maroc
Washington célèbre l'héritage d'un ami du Maroc. Le panthéon de Washington s'illumine pour William Zartman, l'universitaire visionnaire honoré ce vendredi 22 novembre 2025 pour son apport académique «hors pair» dans les domaines cruciaux de la médiation et de la gestion des conflits. De Johns Hopkins à la Légation américaine de Tanger (TALIM), l'hommage vibrant célébrait celui que l'on nommait l'«ami du Maroc» et le «bâtisseur de ponts entre les cultures», disparu le 28 juillet 2025 à l'âge de 93 ans.
Par Mohammed Taoufiq Bennani
Washington s’est drapé de solennité ce vendredi 22 novembre 2025 pour honorer la mémoire d’une figure académique majeure, le regretté professeur William Zartman. Disparu le 28 juillet 2025 à l’âge de 93 ans, Zartman laisse derrière lui un héritage colossal. Organisé conjointement par la prestigieuse université Johns Hopkins et l’Institut TALIM (Tangier American Legation Institute for Moroccan Studies), cet événement vibrant célébrait son rôle essentiel dans l’épanouissement des relations maroco-américaines. Devant un parterre d’universitaires, d’experts de renom, d’anciens diplomates américains et d’étudiants, l’hommage a souligné l’apport «hors pair» du professeur dans les domaines cruciaux des relations internationales, de la médiation et de la gestion des conflits.
Un ami du Maroc et architecte culturel
L’ambassadeur du Maroc à Washington, Youssef Amrani, a présidé la cérémonie, érigeant la mémoire de William Zartman en symbole de l’amitié durable entre Rabat et Washington. Zartman, Professeur émérite à la Johns Hopkins University, fut d’abord et avant tout «un ami du Maroc». L’ambassadeur Amrani souligna que le défunt était également «un bâtisseur de ponts entre les cultures». Ces qualités se manifestèrent notamment à travers ses «efforts inlassables» déployés à la Légation américaine de Tanger. Cette Légation est perçue comme un lieu où les cultures se rencontrent et où des partenariats durables se nouent, symbolisant ainsi la pérennité de l’amitié maroco-américaine. En honorant sa mémoire, comme le déclara M. Amrani, les participants célébraient également «l’alliance durable entre le Maroc et les États-Unis, un partenariat fondé sur des valeurs communes, le respect mutuel et une profonde affection réciproque».
Le pivot académique des études maghrébines
William Zartman, qui détenait la chaire Jacob Blaustein en organisations internationales et résolution des conflits, a joué un rôle fondamental dans la structuration des études sur l’Afrique du Nord aux États-Unis. Il a notamment été un membre fondateur et le président de l’Institut pour les études marocaines de la Légation américaine de Tanger (TALIM). Il fut également le président fondateur de l’Institut américain des études maghrébines (AIMS). L’AIMS est une organisation active regroupant plus de 200 membres et gérant des centres d’études à Tunis, Tanger (TALIM) et Oran. Ces instituts promeuvent activement les échanges universitaires entre les deux pays et publient la revue trimestrielle The Journal of North African Studies. Son expertise académique se reflète aussi dans ses publications majeures, qui incluent des ouvrages fondateurs tels que Destiny of a Dynasty: The Search for Institutions in Morocco’s Developing Society (1964) et Collapsed States: The Disintegration and Restoration of Legitimate Authority (1995).
La voix fiable sur les enjeux régionaux
L’engagement du professeur Zartman ne se limitait pas à la promotion de l’amitié, il s’étendait à une meilleure compréhension stratégique des enjeux internationaux. Ses travaux académiques, qui traitaient spécifiquement des relations entre les États-Unis et le Maghreb, lui conféraient une stature de «voix fiable et digne de confiance». Spécialiste du Maroc, il voyait le Royaume comme une puissance commerciale en devenir et «le centre d’un certain monde commercial qui rassemble l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Europe et les États-Unis». Cette position unique, due à sa proximité géographique avec l’Europe et ses liens traditionnels et formalisés (comme l’Accord de Libre-Échange avec les États-Unis), offrait au Maroc un accès privilégié aux marchés européen et américain. En reconnaissance de son rôle dans le renforcement des relations bilatérales, le professeur Zartman fut d’ailleurs décoré du Ouissam Alaouite (Ordre de Commandeur) en 2000.
Plaidoyer pour une solution d’autonomie au Sahara
Un aspect central de son engagement fut sa contribution au débat sur le conflit du Sahara. William Zartman avait clairement exprimé son point de vue, notamment en 2012, en insistant sur la nécessité de «clore le conflit du Sahara et de perfectionner la proposition marocaine d’autonomie pour le résoudre». Il soutenait fermement l’idée que cette proposition d’autonomie, saluée par le Conseil de sécurité, était préférable à la solution du référendum proposée depuis des années. De plus, il a rappelé que l’Administration américaine avait jugé la proposition d’autonomie marocaine «sérieuse, crédible et réaliste». Il exhortait les parties, y compris le Polisario et l’Algérie, à discuter «les détails et les modalités de mise en vigueur de cette idée d’autonomie», estimant qu’il était temps de s’attaquer à sa mise en œuvre. Il considérait qu’une telle solution permettrait aux Sahraouis «une auto-gouvernance dans le cadre de la décentralisation prévue dans la Constitution marocaine».
Le vibrant hommage rendu au professeur William Zartman à Washington a réaffirmé non seulement l’étendue de son influence académique, mais aussi son rôle irremplaçable dans le tissage des liens solides entre les États-Unis et le Maroc. Son héritage, ancré dans le dialogue, la compréhension mutuelle et la recherche de solutions concrètes aux conflits, trace une voie d’action pour la diplomatie future. L’ambassadeur Amrani a ainsi formulé le vœu, qui résonne comme une feuille de route, que «l’héritage du professeur Zartman nous inspire à continuer de construire des ponts, de favoriser le dialogue et de former la prochaine génération de leaders». Comment cette nouvelle génération s’appropriera-t-elle la sagesse de Zartman pour naviguer dans les complexités géopolitiques contemporaines, notamment au Maghreb ? Son œuvre continuera sans nul doute de stimuler la réflexion sur la nature d’un partenariat transatlantique fructueux.
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