Washington réitère sa demande de 5% de dépenses de défense pour les membres de l’OTAN
OTAN : Une pression américaine pour une hausse des dépenses militaires et de sécurité
Par Fayçal El Amrani
Alors que les tensions géopolitiques s’intensifient, les États-Unis relancent leur offensive diplomatique au sein de l’OTAN pour exiger un bond des dépenses militaires et de sécurité des alliés, fixé à 5 % du PIB.
Cette demande, relayée par le secrétaire général de l’Alliance, Mark Rutte, divise les membres européens, certains peinant à atteindre l’objectif précédent de 2 %.
Position des États-Unis : pression maximale sur l’OTAN
Les États-Unis, pilotés par le président Donald Trump, intensifient leur pression sur les pays membres de l’OTAN pour qu’ils consacrent au moins 5 % de leur PIB à des dépenses militaires ou de sécurité.
L’ambassadeur américain à l’OTAN, Matthew Whitaker, a précisé que cet objectif inclurait « tous les éléments nécessaires pour dissuader et se défendre », allant « bien au-delà des missiles et des chars » pour intégrer la cybersécurité, les infrastructures ou la mobilité stratégique.
Cette exigence s’inscrit dans un contexte de montée des tensions avec la Russie et face à l’émergence de la Chine comme puissance militaire. « Le message est clair : les Européens doivent investir davantage, sans dépendre des États-Unis », souligne Thomas Wright, chercheur à la Brookings Institution. Pour Trump, ces dépenses sont un préalable à la cohésion de l’Alliance, menaçant de réduire l’engagement américain si les alliés ne suivent pas
Les Européens divisés : entre promesses et réticences
Malgré les appels répétés, seuls 22 des 32 pays de l’OTAN avaient atteint l’objectif de 2 % en 2024. L’Italie, l’Espagne et la Belgique restent en retard, contraints par des budgets publics tendus. Pour éviter une rupture, Mark Rutte propose un compromis : 3,5 % dédiés aux dépenses militaires strictes et 1,5 % à des investissements élargis en sécurité, avec une échéance de 2032.
Ce calcul permettrait aux pays en difficulté de comptabiliser des postes comme la modernisation des réseaux électriques ou la lutte contre les cyberattaques. « C’est une tentative de concilier les exigences américaines avec la réalité européenne », nuance Sophie Meunier, spécialiste des relations transatlantiques à Princeton. Cependant, cette approche suscite des critiques : pour Berlin et Paris, elle risque de diluer la priorité militaire, tandis que Varsovie et les Baltes exigent une réponse immédiate face à Moscou.
La Turquie, médiateur dans les négociations à Antalya
Ankara, qui a organisé des pourparlers entre l’Ukraine et la Russie en 2022, tente de jouer un rôle similaire au sein de l’OTAN. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a appelé à « un dialogue constructif » lors de la réunion informelle des ministres à Antalya (15-16 mai 2025). La Turquie, membre clé de l’Alliance tout en maintenant des relations ambivalentes avec Moscou, espère faciliter un accord entre Européens divisés et Washington impatient.
« La Turquie a intérêt à renforcer son influence dans l’OTAN, mais elle ne peut pas effacer les divergences fondamentales entre les alliés », estime Fuat Aksu, professeur à l’université de Marmara. Les discussions à Antalya devraient fixer les bases d’un accord avant le sommet de La Haye en juin, où les désaccords sur la méthode et le calendrier risquent d’émerger.
Chine et Russie : observateurs attentifs
Pékin et Moscou surveillent de près ces développements. La Chine, qui a récemment proposé un plan de paix en Ukraine basé sur la « non-ingérence », pourrait profiter d’une éventuelle fracture transatlantique pour renforcer son influence. « Une OTAN divisée par des querelles budgétaires affaiblirait le front occidental », analyse Zhang Li, chercheur à l’Académie chinoise des sciences sociales.
Pour la Russie, ces tensions jouent en sa faveur. Moscou, qui subit des sanctions occidentales, mise sur une usure économique des pays européens contraints d’augmenter leurs dépenses. « Plus les Européens dépensent, plus ils s’exposent à une crise de croissance », relève Maria Lipman, analyste au Carnegie Endowment.
Défis économiques et limites logistiques
La mise en œuvre du cible de 5 % soulève des obstacles concrets. L’Allemagne, deuxième économie européenne, a annoncé un plan de 100 milliards d’euros sur dix ans, mais peine à recruter des ingénieurs et à relancer une industrie de défense sous-dimensionnée. L’Italie, endettée à 140 % de son PIB, pourrait voir sa dette s’envoler en augmentant les dépenses.
Par ailleurs, les sanctions contre la Russie n’ont pas encore paralysé son économie de guerre, dopée par les exportations vers l’Asie. « Les Européens doivent éviter de sacrifier leur croissance au profit de dépenses militaires inefficaces », prévient Charles Grant du Centre for European Reform.
Vers un accord à La Haye ?
Le sommet de La Haye (26-27 juin 2025) sera décisif pour trancher entre la ligne américaine et les réserves européennes. Si un consensus se dégage autour du compromis Rutte, cela pourrait éviter une crise majeure au sein de l’OTAN. En revanche, un échec des négociations à Antalya exposerait des fractures profondes, fragilisant l’unité face à la Russie.
« Trump cherche à imposer ses conditions, tandis que l’Europe veut préserver sa souveraineté budgétaire. L’équilibre sera difficile à trouver », conclut Samuel Charap de RAND Corporation. Dans un monde multipolaire, l’OTAN doit prouver qu’elle peut rester une alliance solidaire, sans sacrifier sa cohérence stratégique.
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