Venezuela: Washington écarte l’opposition et négocie une « administration mixte »
LA VÉRITÉ
Le lendemain de l’exfiltration militaire de Nicolás Maduro par les forces américaines marque un tournant géopolitique inattendu. Loin de remettre immédiatement le pouvoir à l’opposition démocratique, l’administration Trump a entamé des négociations serrées avec les hauts dignitaires du régime chaviste pour établir ce qui s’apparente à un « gouvernement télécommandé » par les États-Unis.
La « Realpolitik » de Trump
Selon les informations rapportées ce dimanche 4 janvier 2026, la Maison Blanche, sous l’égide de Donald Trump, privilégie une approche pragmatique visant à éviter l’effondrement de l’État vénézuélien. Le plan américain écarte, pour l’heure, la reconnaissance immédiate de María Corina Machado ou d’Edmundo González, vainqueurs revendiqués de l’élection de 2024. Washington estime que l’opposition ne dispose pas des appuis internes suffisants pour garantir l’ordre public et la sécurité face à l’appareil militaire.
L’objectif affiché par Donald Trump est la mise en place d’une administration transitoire supervisée directement par Marco Rubio (Secrétaire d’État) et Pete Hegseth. Cette tutelle, qualifiée de « gouvernement par contrôle à distance », aurait pour mission de reconstruire l’industrie pétrolière — afin notamment de rembourser la dette envers les États-Unis — et de stabiliser le pays sur une période allant de six mois à deux ans, avant la convocation de nouvelles élections.
Les caciques du régime à la table des négociations
Malgré une rhétorique publique virulente, Delcy Rodríguez a qualifié l’opération de « barbarie » et en a appelé à la Chine et à la Russie, les cadres du chavisme négocient activement leur survie politique.
Les interlocuteurs privilégiés de Washington sont désormais : Delcy Rodríguez, vice-présidente exécutive, qui assumerait la tête de l’administration locale. Diosdado Cabello, figure de l’aile radicale du parti. Vladimir Padrino López, ministre de la Défense et garant de la loyauté des Forces Armées. Jorge Rodríguez, stratège politique du régime.
Cette « junte de gouvernement », sous supervision américaine, vise à maintenir la cohésion des forces armées et à prévenir une guerre civile. Donald Trump a d’ailleurs émis un avertissement sans équivoque : tout dirigeant qui s’opposerait à cette feuille de route subirait le même sort que Nicolás Maduro.
L’opposition démocratique marginalisée
Ce virage stratégique constitue un revers majeur pour l’opposition traditionnelle. María Corina Machado, figure de proue de la résistance au chavisme, se trouve de facto exclue de l’équation immédiate du pouvoir. L’administration américaine semble considérer que la transition nécessite l’adhésion des secteurs pro-régime pour être viable, sacrifiant temporairement la légitimité électorale sur l’autel de la fonctionnalité étatique.
Les analystes, tels que John Polga-Hecimovich, soulignent que la présence de Delcy Rodríguez à la tête de la transition est perçue par Washington comme un mal nécessaire pour apaiser les secteurs réticents au changement, bien que cela implique de collaborer avec les architectes du système précédent.
Sur le terrain, la tension reste palpable. Si le régime tente d’éviter l’implosion interne en acceptant tacitement la tutelle américaine, l’incertitude règne quant à la réaction de la base chaviste et des partisans de l’opposition, qui attendent toujours des instructions claires de leurs leaders respectifs. Le Venezuela entre ainsi dans une phase de « transition sous haute surveillance », où la souveraineté nationale semble temporairement suspendue aux directives de la Maison Blanche.
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