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Vers une révolte contre la corruption dans le Sud global ?

Par Yassine Andaloussi


L’hypothèse d’une révolte contre la corruption dans le Sud global n’a rien d’utopique ni de théorique. Elle découle d’une logique structurelle, partout où l’élite politique s’approprie les leviers économiques au détriment de l’intérêt général, la société finit par générer une contre-réaction. Les exemples actuels, qu’ils viennent du Népal, du Bangladesh, du Maroc ou d’ailleurs, illustrent cette tendance. Dans un monde interconnecté, où l’information circule plus vite que la censure, le mécontentement social peut aisément franchir les frontières, créant un effet domino difficilement contrôlable.

En Chine, la condamnation récente d’un ministre pour corruption a montré que même dans un système centralisé et autoritaire, la lutte contre la prédation reste une nécessité politique pour maintenir la cohésion sociale. À l’inverse, dans plusieurs pays du Sud, l’absence de signaux forts et la persistance d’un système où la rente prévaut sur la compétence fragilisent l’État. L’inaction devient un ferment de contestation.

La logique gouvernementale dominante consiste trop souvent à privilégier la captation d’opportunités économiques conjoncturelles par des élites déjà favorisées. Cette approche néglige les secteurs structurants que sont l’éducation et la santé, véritables piliers de la mobilité sociale et de la cohésion nationale. Le recours systématique à la privatisation de ces domaines n’a pas été accompagné d’une régulation ni d’une stratégie d’inclusion. Conséquence : enseignants et médecins quittent massivement le service public pour rejoindre le privé, attirés par des rémunérations plus attractives. Ce basculement accentue la fracture entre une minorité capable de s’offrir des services de qualité et une majorité contrainte de subir la dégradation du secteur public.

Cette situation nourrit un antagonisme social de plus en plus visible. Dans un pays comme le Maroc, où les ambitions économiques et géopolitiques sont affichées avec confiance, ce décalage entre discours officiel et vécu citoyen engendre une profonde dissonance. Le gouvernement, en échouant à anticiper les répercussions sociales de ses choix, révèle une carence en compétences analytiques et prospectives. Or, l’incompétence, dans des États porteurs de grandes ambitions, n’est pas un simple défaut  mais elle devient un frein systémique qui ralentit l’élan, complique le maintien de l’ordre public et alimente la défiance populaire.

Le danger, pour les élites politiques, réside dans l’incapacité à percevoir que la colère sociale n’est pas un épiphénomène mais une tendance structurelle. Les citoyens, longtemps résignés, découvrent désormais de nouveaux instruments de mobilisation : réseaux sociaux, plateformes militantes, associations locales. La contestation échappe aux canaux traditionnels et acquiert une dimension horizontale qui rend sa gestion plus complexe. Une fois enclenchée, elle n’obéit plus aux logiques institutionnelles, mais à celles de la rue.

La corruption agit alors comme catalyseur. Elle concentre en un seul mot la somme des frustrations accumulées, injustice sociale, inégalités, détournement de ressources, sentiment d’abandon. Dans un contexte mondialisé, où chaque crise locale est observée et relayée ailleurs, l’émergence d’un mouvement de contestation dans un pays peut rapidement en inspirer d’autres. Ce fut le cas lors des Printemps arabes ; rien n’exclut qu’un phénomène similaire se reproduise.

 L’avenir politique des pays du Sud global dépendra de leur capacité à réhabiliter l’État social, à restaurer la confiance par des politiques publiques inclusives et à instaurer une gouvernance transparente. L’éducation et la santé doivent redevenir des priorités, non des variables d’ajustement. Faute de quoi, la révolte cessera d’être une hypothèse académique pour devenir une fatalité politique.


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