Vers une reprise de contact entre la Syrie et Israël sous médiation azérie
L’Azerbaïdjan accueille des discussions sensibles sur la présence israélienne dans le sud syrien

Par Fayçal El Amrani
Dans une région où les tensions géopolitiques semblent figées dans le marbre, une initiative inattendue émerge : une rencontre informelle entre responsables syriens et israéliens pourrait avoir lieu à Bakou, organisée sous l’égide de l’Azerbaïdjan. Selon des fuites diplomatiques rapportées par l’AFP à Damas, cette réunion viserait à aborder la présence militaire israélienne dans le sud de la Syrie, un sujet aussi épineux que tabou. L’événement, pour l’instant embryonnaire, s’insérerait en marge de la visite d’Abou Mohammad al-Golani, chef de Hayat Tahrir al-Sham (HTS), à Bakou. Une telle réunion marquerait un virage audacieux dans les relations post-Assad, alors qu’Israël multiplie depuis des années des raids ciblés dans les provinces de Quneitra et Deraa, à la frontière du Golan.
Pourquoi Bakou ? L’Azerbaïdjan, allié stratégique d’Israël mais aussi médiateur ambitieux cherchant à sortir de l’ombre, offre un terrain neutre idéal. Ce choix reflète une nouvelle donne régionale : des puissances non traditionnelles tentant de stabiliser un Proche-Orient en perpétuelle ébullition.
Du côté israélien, des signaux d’ouverture se multiplient. Le ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, a récemment affirmé que son pays restait « prêt à négocier une paix avec la Syrie », une déclaration qui s’inscrit dans une logique de sécurisation des frontières et de normalisation régionale.
Sur le front syrien, des sources proches de l’administration intérimaire dominée par le HTS évoquent des canaux de communication indirects, facilités notamment par des intermédiaires américains. Parmi les pistes discutées : un retour à l’accord de désengagement de 1974, qui avait instauré une zone tampon après la guerre du Kippour.
Tom Barrack, ancien émissaire américain pour la Syrie, a même parlé d’un « début de dialogue » sans en révéler davantage. L’héritage des Accords d’Abraham semble ainsi étendre ses tentacules, même vers des dossiers aussi explosifs.
Pourtant, l’opposition syrienne est vive. Des manifestations récentes ont dénoncé à la fois les frappes israéliennes et l’idée même de négocier avec un État perçu comme occupant. Tel-Aviv affirme mener ces attaques pour contenir l’influence iranienne et celle du Hezbollah, tandis que Damas les considère comme des violations flagrantes de sa souveraineté, dans un contexte où le gouvernement peine à obtenir une reconnaissance internationale.
Que des figures issues du HTS envisagent un dialogue illustre un changement tactique. Survie politique, volonté de désescalade ? Les motivations restent floues, mais les États-Unis surveillent de près ces échanges, tandis que la Russie, l’Iran et la Turquie gardent un œil.
À Bakou, les discussions pourraient porter sur un retrait progressif des forces israéliennes des zones contestées, ou sur un échange de garanties sécuritaires excluant les groupes pro-iraniens près du Golan. Certains cercles diplomatiques évoquent même 2026 comme date possible pour un accord formel, bien que rien ne soit officialisé.
Pour la Syrie, ce type de négociation pourrait être un tremplin vers une reconnaissance internationale retrouvée. Pour Israël, une opportunité de stabiliser son front nord sans affrontement direct avec l’axe Téhéran-Damas-Hezbollah.
Mais cette fragile fenêtre de dialogue survivra-t-elle aux pressions internes, aux divisions syriennes et aux rivalités géopolitiques ? L’initiative azérie, bien que discrète, pourrait amorcer un processus régional plus large – dans une région où la paix reste aussi insaisissable qu’un mirage.
Derrière ces calculs, une évidence : la diplomatie, même timide, reste parfois plus efficace que les affrontements pour tracer un chemin vers une stabilité précaire mais nécessaire.
Reste à savoir si cette fenêtre de dialogue, encore ténue, saura résister aux nombreuses pressions internes et régionales. L’opinion publique syrienne, les dynamiques de pouvoir fragmentées et les agendas concurrents des grandes puissances font de ce processus une équation à multiples inconnues.
Pour l’heure, l’initiative azérie pourrait constituer un prélude discret mais significatif à un dialogue régional élargi, dans une zone où la paix reste souvent suspendue à des équilibres instables.

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