Vague d’attaques jihadistes dans l’ouest du Mali : la menace s’étend vers le Sénégal et la Mauritanie
Par Fayçal El Amrani
Le Mali a connu mardi l’une de ses journées les plus sanglantes de ces derniers mois. Une série d’attaques jihadistes coordonnées a visé simultanément sept localités situées dans les régions stratégiques du centre et de l’ouest du pays. Ces assauts, revendiqués par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, mettent en lumière la fragilité persistante de l’État malien face à la poussée islamiste dans le Sahel. Ils ravivent surtout les craintes d’une extension régionale du conflit vers le Sénégal et la Mauritanie.
Les attaques ont touché les villes de Diboli, Kayes, Sandéré, Nioro du Sahel, Gogoui, Molodo et Niono, selon le communiqué officiel de l’armée malienne. Le GSIM, dans une déclaration relayée par ses canaux médiatiques, a qualifié cette offensive de « hautement coordonnée » et affirmé avoir pris le contrôle temporaire de trois bases militaires. Des allégations non confirmées de source indépendante.
Sur le terrain, des sources sécuritaires locales à Kayes ont cependant démenti toute prise durable de casernes par les insurgés, affirmant que les forces armées avaient repoussé les assauts. Le colonel-major Souleymane Dembélé, porte-parole de l’armée, a confirmé que les forces gouvernementales avaient « neutralisé plus de 80 terroristes », récupéré du matériel militaire, des armes et plusieurs véhicules, dont des motos, élément souvent utilisé par les combattants jihadistes pour se déplacer en terrain difficile.
Une poussée vers les frontières sénégalaise et mauritanienne
Ce qui inquiète le plus, au-delà de l’ampleur des attaques, c’est leur localisation. Diboli, par exemple, est un point névralgique à la frontière avec le Sénégal. Cette zone est cruciale pour l’acheminement des marchandises en provenance de Dakar. Sa vulnérabilité face à l’infiltration jihadiste soulève des inquiétudes majeures pour la sécurité des régions frontalières sénégalaises et mauritaniennes. Le centre du Mali, quant à lui, reste l’un des foyers les plus instables du conflit sahélien.
Un habitant de Kayes, joint par l’AFP, a témoigné de la peur qui règne dans la ville : « On s’est réveillés en état de choc. Des coups de feu ont retenti dès l’aube, et des colonnes de fumée s’élevaient vers la résidence du gouverneur. » Une explosion y a d’ailleurs été signalée, suivie de combats près du camp militaire.
Ces attaques simultanées révèlent une planification méthodique et une capacité de nuisance inquiétante de la part du GSIM. Elles interviennent alors que le Mali reste sous le contrôle d’une junte militaire depuis le coup d’État de 2020, un pouvoir qui peine à rétablir la sécurité malgré l’appui de milices locales et le retrait des forces internationales.
La crainte d’un débordement régional
Selon un rapport récent de l’Institut Timbuktu, les groupes jihadistes au Mali, notamment le GSIM, cherchent activement à établir des bases logistiques dans les régions frontalières du Sénégal et de la Mauritanie, profitant du vide sécuritaire laissé par le désengagement des troupes françaises et onusiennes. La porosité des frontières et la faiblesse des dispositifs de contrôle dans certaines zones rurales exposent ces pays à des infiltrations plus fréquentes et plus violentes.
Cette évolution marque un tournant inquiétant pour toute la sous-région. Le Sahel n’est plus seulement un théâtre de conflits internes : il est en passe de devenir un foyer d’instabilité régional qui menace la paix civile et les flux commerciaux ou migratoires.
Une réponse internationale insuffisante
Du côté de la communauté internationale, les réactions sont timides. Le commandement américain pour l’Afrique (AFRICOM) a bien mis en garde contre les risques géostratégiques liés à la prolifération jihadiste au Sahel, mais sans traduire ces alertes en engagements concrets sur le terrain. L’absence de coordination régionale et la méfiance entre régimes militaires et partenaires occidentaux compliquent encore davantage la riposte collective.
Entretemps, la population civile malienne continue de subir les conséquences directes de ce conflit larvé : insécurité chronique, exode rural, fermeture des écoles, raréfaction des services de base. Dans les zones touchées, de nombreux habitants fuient vers le sud ou vers les pays voisins, contribuant à une pression migratoire silencieuse mais continue.
Pour les pays du Maghreb, à commencer par le Maroc, l’évolution de la situation au Mali et au Sahel reste un sujet de préoccupation stratégique. La stabilité de l’Afrique de l’Ouest conditionne en partie la sécurité des routes migratoires, la lutte contre les réseaux de trafic transsaharien et la prévention des foyers terroristes dans les zones désertiques communes.
La coopération sécuritaire sud-sud, notamment via des plateformes telles que la CEN-SAD ou les missions de l’UA, pourrait être renforcée pour contenir cette menace qui ne connaît plus de frontières. Car ce qui se joue aujourd’hui à Kayes ou à Diboli pourrait, demain, avoir des répercussions bien au-delà des limites du Mali.
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