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Une victoire, un nom, une majorité

Par Sanae El Amrani


Le PAM arrive pour la première fois en tête des élections législatives. Cette victoire peut aussi conduire, pour la première fois dans l’histoire du Maroc, une femme à la tête du gouvernement.

La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri aurait une portée historique. Elle ferait tomber un plafond qui a résisté à plusieurs décennies de participation féminine aux institutions, aux collectivités territoriales et aux gouvernements. Le Maroc a eu des ministres, des parlementaires, des maires et des dirigeantes de parti. Il n’a encore jamais confié la conduite de l’exécutif à une femme.

Cette nomination posséderait également une cohérence politique. El Mansouri coordonne la direction du PAM, a mené sa campagne et a remporté son siège. Elle peut donc revendiquer la légitimité partisane et électorale issue du scrutin. Son accession à la fonction de Cheffe du gouvernement établirait un lien direct entre la direction du parti arrivé en tête, le vote et la conduite de la future majorité.

Le symbole ne réglera toutefois aucune question à sa place. El Mansouri devra imposer son autorité à des alliés disposant de leurs propres chefs, de leurs élus et de leurs ambitions. Elle devra maîtriser les dossiers économiques, défendre ses arbitrages devant le Parlement et porter une parole gouvernementale capable de convaincre. Une première historique tire sa valeur de la fonction réellement exercée, des décisions prises et des résultats obtenus.

L’autre hypothèse conduit à Fouzi Lekjaa. Son profil répond à une logique différente. Il connaît les finances de l’État, les circuits budgétaires, les grands établissements publics et les programmes d’investissement. Sa réputation repose sur sa capacité d’exécution et sur les résultats obtenus à la tête de la Fédération royale marocaine de football. À quatre ans du Mondial 2030, son expérience correspond au calendrier du prochain mandat.

Lekjaa possède aussi une autorité publique qui dépasse désormais le football. Son arrivée au PAM a renforcé la campagne du parti et donné un visage opérationnel à son programme. Pourtant, il a rejoint le bureau politique à la fin du mois de juillet et ne s’est pas présenté devant les électeurs le 23 septembre. Lui-même affirmait encore récemment ne jamais avoir réfléchi à la fonction de Chef du gouvernement.

Sa nomination serait constitutionnellement possible puisqu’il appartient au parti arrivé en tête. Elle poserait néanmoins une question politique essentielle : quelle place reste-t-il à la hiérarchie partisane et au suffrage lorsque la personnalité appelée à diriger l’exécutif n’a participé ni à la direction historique du parti ni à la compétition électorale comme candidate ?

Le choix entre El Mansouri et Lekjaa oppose donc deux sources de légitimité. La première vient du parti, du mandat électif et de l’expérience politique. La seconde vient de la compétence administrative, de la popularité et de la capacité à conduire de grands projets. Le prochain gouvernement aura besoin des deux. La véritable décision pourrait alors porter sur leur articulation plutôt que sur leur mise en concurrence.

Une Cheffe du gouvernement issue de la direction du PAM pourrait s’appuyer sur Lekjaa pour conduire le Budget, les investissements et les préparatifs du Mondial. Un gouvernement dirigé par Lekjaa devrait, à l’inverse, préserver une place politique réelle à El Mansouri et à la direction collégiale qui a porté le parti jusqu’à la première position. Dans les deux cas, un partage imprécis des responsabilités créerait rapidement deux centres d’autorité.

La coalition choisie donnera autant de sens à la victoire que le nom du Chef du gouvernement. Le retour immédiat à l’alliance PAM-RNI-Istiqlal réunirait 228 députés. Il effacerait pourtant une campagne durant laquelle le PAM a promis de corriger la conduite gouvernementale et s’est opposé publiquement au RNI. Reconduire la même coalition quelques jours après ces affrontements donnerait le sentiment que les divergences électorales disparaissent dès que commence la répartition des fonctions.

Une autre majorité mérite d’être examinée. Le PAM, l’Istiqlal, l’USFP, le PPS et l’Alliance de la gauche totalisent 215 sièges. Cette coalition serait large et exigeante à conduire. Elle introduirait cependant au sein de la majorité un contrepoids social, une attention plus forte à l’école, à la santé, aux jeunes sans emploi ni formation et aux inégalités territoriales. Elle obligerait également le PAM à confronter son programme à des formations qui ont critiqué le bilan de l’exécutif sortant.

Le rôle d’un allié consiste aussi à contenir, corriger et contrôler le parti principal. Le PPS et l’Alliance de la gauche apporteraient peu de sièges comparativement aux trois premières forces, mais leur présence pourrait donner une utilité politique à la coalition. Une majorité devient crédible lorsque ses composantes modifient les décisions, et non lorsqu’elles ajoutent seulement leurs députés.

Le PJD retrouve, avec 54 sièges, les moyens d’incarner une opposition parlementaire forte. Cette position pourrait lui être plus utile qu’un retour immédiat au gouvernement. Ses divergences avec le PAM, notamment sur la normalisation avec Israël, compliqueraient la cohérence de l’exécutif. Depuis l’opposition, le parti peut contrôler les dépenses, interroger les choix sociaux et reconstruire son projet après la défaite de 2021.

Le Maroc a besoin d’une majorité et d’une opposition qui assument clairement leurs fonctions. Le taux de participation de 38,02 % montre ce que produit la confusion entre les programmes, les alliances et les responsabilités. Lorsque tous les partis peuvent gouverner ensemble après s’être combattus, le vote perd une partie de sa capacité à choisir une orientation.

Avec 38,02 % de participation, le prochain exécutif disposera de la légitimité institutionnelle issue du scrutin, mais il devra reconstruire la confiance politique. Sa composition devra correspondre à une orientation claire, avec des responsabilités identifiables et des engagements dont l’exécution pourra être contrôlée.

Le PAM a obtenu la première place. Il doit maintenant proposer une majorité cohérente, exercer pleinement ses responsabilités et rendre compte de son action.


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