Une politique sociale de transformation nationale
Par Sanae El Amrani
L’impulsion royale au cœur du nouveau pacte social
Depuis le discours historique du 29 juillet 2018, où le Roi Mohammed VI appelait à une réforme en profondeur des politiques sociales, le Maroc s’est engagé dans une dynamique de transformation qui dépasse le simple élargissement des prestations. Il s’agit d’un changement de paradigme. Sous l’impulsion du Souverain, la question sociale a été hissée au rang de priorité stratégique, au même titre que les infrastructures ou la souveraineté industrielle. Cette vision trouve sa traduction concrète dans le vaste chantier de généralisation de la protection sociale, considéré comme le socle d’un modèle de développement plus équitable, plus inclusif et plus résilient.
Le calendrier imposé par le Roi est d’une clarté sans équivoque. Dès 2020, au plus fort de la crise pandémique, le discours royal du 13 octobre au Parlement acte le lancement d’un projet structurant en quatre grandes phases : généralisation de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO), extension des allocations familiales, réforme des régimes de retraite et mise en place d’une indemnité pour perte d’emploi. Ce programme est encadré par une loi-cadre, promulguée en août 2021, qui fixe les jalons et les délais. Rarement un chantier social n’aura été aussi rapidement traduit en textes, financements et déploiement opérationnel.
En 2023, l’élargissement de l’AMO à plus de 11 millions de personnes relevant du régime TNS (travailleurs non salariés) et de l’ex-RAMED marque un basculement historique. À l’été 2024, la Caisse nationale de sécurité sociale annonce que plus de 23 millions de Marocains sont désormais couverts par un régime de base, permettant un accès élargi aux soins dans les structures publiques comme dans les cliniques privées conventionnées. La subvention étatique, ciblée via le Registre Social Unifié, permet de soutenir les ménages les plus vulnérables, dans une logique de solidarité redistributive.
Cette impulsion royale se double d’un principe directeur : la convergence des politiques publiques autour de l’équité territoriale et de la réduction des inégalités sociales. L’État ne se limite plus à distribuer des aides, il structure des systèmes durables d’accès à la santé, à l’éducation, à l’emploi et au logement. La protection sociale devient ainsi un levier d’ascension sociale et un facteur de confiance dans les institutions. Ce cap fixé par le Roi n’est pas un slogan. Il est incarné par des budgets inédits, des réformes juridiques profondes et des mécanismes de gouvernance adaptés à l’ère des données sociales ciblées.
La généralisation de la protection sociale : Un chantier structurant et irréversible
C’est sans doute l’un des chantiers les plus ambitieux et transversaux du règne. La généralisation de la protection sociale, annoncée par le Roi Mohammed VI dans son discours du Trône en juillet 2020, n’est pas seulement une réforme sectorielle, mais une refonte du pacte de solidarité nationale. Elle vise à garantir à tous les Marocains l’accès à une couverture médicale, à une indemnité en cas de perte de revenu, à une retraite minimale et à des prestations familiales.
La feuille de route royale, déployée sur plusieurs phases entre 2021 et 2025, repose sur une articulation claire entre élargissement des droits, réforme institutionnelle et viabilité économique. À ce jour, plus de 11 millions de nouveaux bénéficiaires ont été intégrés à l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO), notamment les travailleurs non-salariés, les artisans, les agriculteurs, les commerçants, les professions libérales et les populations précaires. Cette bascule vers un régime contributif unifié a nécessité un travail colossal d’identification, de contractualisation avec les caisses de sécurité sociale et de déploiement des plateformes de gestion.
Le chantier ne s’est pas limité à la couverture santé. Il comprend également l’élargissement de la retraite à des millions de travailleurs informels, l’octroi d’allocations familiales élargies à partir de 2024, et la mise en place d’un mécanisme de soutien temporaire au chômage partiel. Le tout est soutenu par une architecture financière renforcée, avec la création d’un Fonds de protection sociale et de cohésion sociale, abondé par le budget général de l’État, les recettes fiscales affectées et les contributions solidaires. À travers ce projet, le Maroc entend bâtir un socle de sécurité sociale universelle, fondé sur la mutualisation, la transparence et l’équité.
L’ambition royale repose aussi sur la territorialisation des droits. Le déploiement des guichets de proximité, notamment à travers les plateformes des caisses régionales de sécurité sociale et les centres d’écoute sociale, a permis d’atteindre des territoires auparavant marginalisés. Cette dynamique a été soutenue par une réforme numérique de grande ampleur, visant à simplifier les démarches, à sécuriser les données et à intégrer les différentes bases d’informations sociales. Le Souverain a insisté, dans plusieurs discours récents, sur le caractère irréversible de cette transformation, appelant le gouvernement à accélérer la cadence et à dépasser les logiques bureaucratiques. Il s’agit désormais d’un socle structurel de l’État social marocain, destiné à réduire les inégalités à la racine et à garantir une meilleure résilience aux crises futures.
Le Registre Social Unifié: Vers une identification équitable des bénéficiaires
Le Registre Social Unifié (RSU) constitue l’un des piliers les plus techniques et les plus stratégiques de la réforme sociale conduite sous l’impulsion royale. Longtemps considéré comme un chaînon manquant de la politique publique, ce dispositif numérique vise à centraliser, fiabiliser et harmoniser l’ensemble des critères d’éligibilité aux aides sociales. Il permet d’en finir avec les pratiques dispersées, les doublons ou les biais d’attribution, et de garantir une justice sociale basée sur des indicateurs objectifs de vulnérabilité. Depuis son déploiement effectif à l’échelle nationale en 2023, le RSU est devenu l’infrastructure de référence pour tous les programmes d’appui direct ou indirect.
La logique du système repose sur deux composantes : d’un côté, le Registre National de la Population (RNP), qui attribue à chaque citoyen un identifiant unique et sécurisé ; de l’autre, le RSU proprement dit, qui évalue les ménages selon une grille de notation socio-économique. Cette évaluation tient compte de multiples paramètres – revenus, charges, composition familiale, accès aux services de base – et permet de classer les bénéficiaires potentiels selon des seuils de priorité définis à l’avance. Le processus est encadré par une instance nationale indépendante, afin de garantir la transparence des critères et de prévenir toute interférence politique ou administrative.
À l’été 2025, plus de 10 millions de personnes sont déjà enregistrées dans le système, et les inscriptions continuent de progresser à travers les préfectures, les caïdats et les communes rurales, où des agents spécialement formés sont déployés. Cette massification a permis au gouvernement d’ajuster plus finement la distribution des aides, notamment dans le cadre des programmes de soutien aux familles vulnérables, de subventions ciblées ou de l’extension des allocations familiales. Le RSU est également utilisé pour orienter les actions de l’Entraide nationale, de l’INDH ou des établissements de bienfaisance, dans une logique d’interopérabilité entre les institutions.
Mais ce registre n’est pas qu’un outil technico-administratif. Il incarne une nouvelle philosophie de la politique sociale au Maroc : celle d’une redistribution juste, d’un ciblage rigoureux et d’une efficacité mesurable. En misant sur la donnée, sur l’identification réelle des besoins et sur une gouvernance unifiée, le Royaume franchit une étape essentielle vers la rationalisation de l’action publique. Le RSU ouvre la voie à des politiques sociales moins clientélistes, plus transparentes et plus centrées sur l’impact. Il s’inscrit pleinement dans la vision du Roi Mohammed VI d’un État efficace, inclusif et équitable, capable de répondre aux urgences comme aux transformations structurelles.
Aides sociales directes : Vers une réforme ciblée et universelle
L’année 2024 a marqué un tournant dans l’histoire sociale du Maroc avec la mise en œuvre du programme d’aides sociales directes, adossé pour la première fois à un dispositif centralisé, automatisé et adossé au Registre Social Unifié. Annoncé officiellement par le Roi Mohammed VI dans son discours du Trône en juillet 2023, ce programme vise à dépasser les mécanismes anciens d’aides indirectes, souvent inefficaces ou détournés, pour instaurer une logique de transfert direct, personnalisé et régulier aux ménages éligibles. Ce changement n’est pas seulement une question d’efficacité budgétaire. Il traduit une refonte complète de la conception des politiques sociales, où l’État assume un rôle de redistribution actif, transparent et équitable.
Depuis janvier 2024, les versements ont commencé pour les familles en situation de vulnérabilité, selon des barèmes définis par les autorités publiques et validés à travers le système du RSU. Les montants varient en fonction du nombre de personnes à charge, de la situation socio-économique du foyer et des besoins spécifiques, notamment en matière d’éducation, de santé ou de logement. Le gouvernement a également intégré dans cette dynamique les personnes âgées sans revenus, les veuves sans soutien familial, ainsi que les personnes en situation de handicap, avec des enveloppes différenciées et un suivi particulier.
Ce système d’aides directes repose sur une infrastructure numérique performante, permettant d’assurer les versements via des canaux bancaires sécurisés, y compris dans les zones rurales ou enclavées. Le ministère délégué chargé du Budget, en lien avec les équipes du ministère de l’Intérieur et l’appui technique de la Caisse marocaine des retraites, assure la supervision des flux et l’évaluation continue des bénéficiaires. À l’été 2025, plus de 3,8 millions de ménages reçoivent régulièrement ces aides, avec un objectif officiel de 5 millions de ménages bénéficiaires d’ici fin 2026, tel qu’annoncé par le Chef du gouvernement et confirmé par le ministère des Finances.
Mais l’enjeu ne se limite pas à la quantité. Il s’agit aussi de restaurer un lien de confiance entre l’État et les citoyens, en remplaçant les logiques d’attente ou de dépendance par une logique de droit, fondée sur la transparence et la traçabilité. L’instauration de ces aides directes s’inscrit dans une transformation plus large de l’architecture sociale du Royaume : elle permet d’éteindre les anciens dispositifs disparates, de mieux coordonner les interventions, et de préparer le terrain à une future politique familiale structurée. Cette réforme positionne le Maroc parmi les rares pays africains à avoir intégré les dernières recommandations des institutions internationales en matière de ciblage social, tout en les adaptant à son propre modèle de gouvernance.
Extension de l’AMO et de la couverture médicale: Une refondation du système de santé
La réforme de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO) représente l’un des piliers les plus ambitieux de la stratégie sociale impulsée par le Roi Mohammed VI. En moins de trois ans, le Maroc a réussi à intégrer plus de 11 millions de nouveaux bénéficiaires dans le régime de base, en basculant progressivement les populations couvertes par le RAMED vers l’AMO-Tadamon, tout en ouvrant l’accès aux travailleurs non salariés, petits commerçants, agriculteurs, artisans et professions libérales. Cette extension massive, amorcée dès 2022, s’est accélérée sous l’impulsion du Souverain, avec une volonté affirmée de garantir à chaque citoyen, quelle que soit sa situation professionnelle ou géographique, un accès équitable à des soins de qualité.
En 2025, les chiffres confirment la montée en charge du système. Le dernier rapport du ministère de la Santé et de la Protection sociale fait état de plus de 23 millions de Marocains couverts par l’AMO, dont plus de 4 millions via le régime contributif dédié aux catégories vulnérables, avec des cotisations prises en charge par l’État. Cette couverture est désormais opérationnelle dans l’ensemble des provinces du Royaume, avec une généralisation des conventions entre la CNSS, les structures hospitalières publiques et de plus en plus d’opérateurs privés agréés.
Mais cette avancée ne se limite pas à l’accès administratif à un régime d’assurance. La refondation du système de santé repose également sur la réforme de l’offre de soins. À ce titre, la nouvelle carte sanitaire nationale, entrée en vigueur courant 2024, réorganise l’implantation des hôpitaux, des centres de santé et des structures spécialisées selon une logique de proximité, d’efficience et de complémentarité territoriale. Parallèlement, l’État a engagé un vaste chantier de revalorisation du statut des professionnels de santé, avec la révision des grilles salariales, l’ouverture de nouveaux centres de formation, et la création de pôles universitaires hospitaliers d’excellence, notamment à Rabat, Casablanca, Agadir et Laâyoune.
Le Système national unifié d’information sanitaire, dont le déploiement est en cours, permet déjà de centraliser les données médicales, de suivre les parcours des patients, de réguler les flux entre établissements et de mieux identifier les urgences et les besoins réels en ressources humaines. Ce système numérique est également interconnecté avec les plateformes de l’AMO et du Registre Social Unifié, assurant une coordination efficace entre les droits, les besoins sanitaires et les prises en charge.
Dans son ensemble, cette extension de la couverture médicale traduit une volonté politique forte : construire un véritable service public de santé, centré sur la dignité des citoyens. Le lien entre la généralisation de l’AMO et les autres chantiers sociaux, notamment les aides directes, la réforme hospitalière et la formation médicale, témoigne de la cohérence stratégique du modèle social marocain en construction. Une fois pleinement opérationnel, ce modèle permettra de couvrir durablement les risques de santé, de réduire les dépenses directes des ménages, et de garantir une meilleure résilience face aux crises sanitaires à venir.
Familles, personnes âgées, handicap : Les nouveaux visages de la solidarité ciblée
Dans le prolongement des grandes réformes sociales engagées depuis 2020, le Maroc a franchi un nouveau cap avec l’intégration de publics prioritaires dans le système national d’aides directes. Conformément aux hautes orientations royales, ce volet vise à garantir un filet de sécurité effectif aux familles avec enfants, aux personnes âgées sans revenus et aux personnes en situation de handicap, en leur assurant un appui monétaire régulier, ciblé et dignement administré. Ces mesures, entrées en vigueur progressivement à partir de janvier 2024, s’inscrivent dans une logique de justice redistributive fondée sur l’identification réelle des besoins à travers le Registre Social Unifié.
Les familles avec enfants scolarisés bénéficient désormais d’un soutien mensuel direct, avec des montants différenciés selon le nombre d’enfants et leur niveau de scolarité, afin de limiter les déscolarisations et d’encourager la réussite éducative. Ce dispositif, qui a déjà touché plus d’un million de foyers, complète l’offre des bourses scolaires, sans les remplacer, et s’applique aussi bien dans les zones urbaines que rurales. Il constitue une évolution majeure par rapport aux anciennes subventions indirectes, souvent opaques et peu efficaces.
Pour les personnes âgées sans pension ni ressources suffisantes, une allocation minimale est versée mensuellement, avec un barème aligné sur le seuil de dignité établi par le ministère des Finances. En 2025, plus de 250.000 personnes âgées de plus de 65 ans sont concernées par ce soutien, qui leur est versé via des comptes bancaires ouverts spécialement à cet effet ou via des guichets mobiles dans les provinces reculées. Cette mesure vise à réduire la précarité des seniors, à améliorer leur accès aux soins, et à briser leur isolement économique.
Quant aux personnes en situation de handicap, une aide monétaire spécifique leur est attribuée dès lors qu’elles sont inscrites dans le RSU avec un diagnostic médical validé par une commission régionale. Ce soutien est conditionné à l’absence de revenu fixe, mais peut être cumulé avec des prestations de l’Entraide nationale ou des associations partenaires. En 2025, près de 150.000 bénéficiaires sont enregistrés à ce titre, avec une enveloppe annuelle dédiée en hausse de 35% par rapport à 2023.
La nouveauté réside dans la méthode : chaque catégorie de bénéficiaires fait l’objet d’un ciblage rigoureux, d’un suivi continu et d’un paiement sécurisé, grâce à l’interopérabilité entre le RSU, les systèmes bancaires et les plateformes administratives du ministère du Budget. Le Maroc opère ainsi un basculement de l’assistanat vers la solidarité active, en rompant avec les anciennes logiques clientélistes. Cette dynamique conforte la volonté royale de faire de l’État social non pas une promesse abstraite, mais une réalité quotidienne pour les plus fragiles.
Inclusion économique : Une ambition sociale en quête de concrétisation
Dans le vaste édifice de l’État social en cours de consolidation au Maroc, l’inclusion économique reste l’un des chantiers les plus complexes à concrétiser. Si les avancées en matière de protection sociale, de couverture médicale ou d’aides directes sont indéniables, la traduction de ces progrès en insertion professionnelle et en création d’activité durable demeure inégale. La politique royale ne se limite pourtant pas à ce qui est déjà accompli. Elle intègre clairement, dans sa logique de justice sociale, l’ambition de permettre à chaque citoyen, notamment les jeunes et les femmes, d’accéder à un emploi décent, à l’entrepreneuriat et à une activité génératrice de revenu. Le Roi lui-même n’a jamais dissimulé les insuffisances structurelles dans ce domaine. Dès le discours du Trône de juillet 2022, il insistait sur la nécessité de bâtir un “véritable État social”, articulé autour de deux piliers : la généralisation de la protection sociale et la promotion de l’investissement et de l’emploi.
Or, malgré les mécanismes existants, tels que l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), les programmes de microcrédit, les appuis aux auto-entrepreneurs ou les stratégies sectorielles, le taux d’activité reste faible, en particulier chez les jeunes diplômés et les femmes en milieu rural. Le HCP estime à moins de 43% le taux d’activité nationale en 2025, avec des disparités accentuées selon les régions. Les efforts déployés pour la formation, l’orientation professionnelle ou le financement de projets peinent encore à créer des trajectoires massives d’inclusion économique. Cette réalité n’est pas éludée dans les discours royaux, qui appellent régulièrement à des mesures plus audacieuses et plus ciblées.
Plusieurs initiatives récentes témoignent néanmoins d’une volonté de montée en puissance. Le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, opérationnel depuis 2023, intègre un axe dédié à l’entrepreneuriat des jeunes. Le programme Forsa, élargi à l’ensemble du territoire, a permis de financer plus de 30.000 porteurs de projets en deux ans. Le lancement de pôles territoriaux de formation, liés aux besoins économiques locaux, vise également à adapter l’offre de compétences à la réalité du marché. Et dans le cadre du chantier de réforme de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle, des passerelles plus souples sont instaurées entre les cycles, afin de réduire les ruptures d’insertion.
Mais ces dynamiques ne suffisent pas encore à absorber l’ampleur de la demande sociale. C’est précisément pourquoi ce chantier reste ouvert, et constitue l’une des priorités futures du modèle social marocain. L’enjeu est de créer une articulation vertueuse entre protection et production, entre soutien et autonomie, entre sécurisation et développement d’opportunités concrètes. La vision royale, dans sa cohérence, inclut cette finalité. Reste à accélérer sa réalisation, au plus près des réalités quotidiennes des citoyens.
Gouvernance, financement, interopérabilité : Les piliers techniques de l’État social
Derrière les avancées visibles du chantier social marocain se cache une ingénierie discrète, mais essentielle, sans laquelle aucun des dispositifs actuels n’aurait pu voir le jour. C’est dans cette articulation entre volonté politique, expertise institutionnelle et innovation technologique que s’est construite la nouvelle gouvernance sociale du Royaume. Pour faire fonctionner un système aussi ambitieux que la généralisation de la protection sociale ou le versement régulier d’aides monétaires ciblées, il ne suffit pas d’adopter des lois. Il faut bâtir une architecture d’exécution robuste, interconnectée, pilotée, et soutenue financièrement sur le long terme.
Sur le plan de la gouvernance, l’État a mis en place plusieurs structures de coordination transversales, allant du Comité stratégique interministériel à la Direction de la protection sociale au sein du ministère de l’Économie et des Finances. Ces organes assurent le suivi des réformes, l’actualisation des indicateurs, la révision des barèmes d’éligibilité, mais aussi la veille sur les impacts macroéconomiques. L’appui technique de la Banque mondiale et la coopération avec des partenaires bilatéraux ont permis d’intégrer de bonnes pratiques internationales tout en respectant les spécificités marocaines. Le défi de la gouvernance n’est donc pas seulement celui de l’exécution, mais aussi de l’adaptabilité et de la transparence.
Du côté du financement, le socle repose sur un dispositif pluriannuel inscrit dans la loi de finances. Le Fonds d’appui à la protection sociale et à la cohésion sociale, créé en 2012 puis élargi en 2021, constitue le bras financier principal. Il est alimenté par des dotations budgétaires, des recettes fiscales affectées, des contributions de solidarité et des partenariats spécifiques avec des institutions nationales et internationales. En 2025, ce fonds a mobilisé plus de 11 milliards de dirhams, selon les chiffres actualisés du ministère des Finances, avec une ventilation rigoureuse entre les différents volets : AMO-Tadamon, aides sociales directes, allocations familiales, et appui aux personnes en situation de handicap. Cette stabilité financière permet de garantir la pérennité des programmes, loin des cycles politiques ou des arbitrages budgétaires à court terme.
Mais le véritable levier transformateur réside dans l’interopérabilité numérique. L’ensemble des dispositifs sociaux, du Registre National de la Population au Registre Social Unifié, en passant par les systèmes de la CNSS, de la DGI, de l’Entraide nationale ou encore des collectivités locales, est désormais interconnecté à travers des passerelles sécurisées, permettant un suivi en temps réel des bénéficiaires, une évaluation constante des besoins, et un ajustement rapide des prestations. Cette approche repose sur une logique de donnée publique stratégique, encadrée par la CNDP pour la protection des informations personnelles, et valorisée dans une perspective d’intelligence sociale au service de l’intérêt général.
Le Maroc s’est ainsi doté, en moins d’une décennie, d’un véritable système intégré d’action sociale, fondé sur la fiabilité des données, la transparence des circuits financiers, et la coordination institutionnelle. Ce modèle, encore perfectible, constitue aujourd’hui une référence sur le continent africain et suscite un intérêt croissant auprès des bailleurs internationaux. Il incarne une transformation structurelle de l’action publique, où l’efficacité technique devient un vecteur direct de justice sociale. Une transition majeure que le Roi Mohammed VI a su inscrire dans la durée, au service d’un État protecteur, moderne et stratège.
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