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Un consortium international engage le Maroc dans l’ère stratégique de l’ammoniac vert

Un consortium international formé par des entreprises des États‑Unis, d’Allemagne et d’Espagne s’apprête à investir plus de quatre milliards de dollars au Maroc pour lancer une production massive d’ammoniac vert à Laâyoune. Ce projet inédit transforme les ressources renouvelables du Sud marocain en une opportunité industrielle et géopolitique majeure, positionnant le Royaume comme un acteur stratégique de la transition énergétique mondiale.

Par Yassine Andaloussi


Dans le sud du Royaume, là où les vents atlantiques et l’ensoleillement constant dessinent depuis longtemps un potentiel énergétique hors norme, le Maroc s’apprête à franchir un cap décisif. Un consortium international vient de confirmer son intention d’investir plus de quatre milliards de dollars dans un vaste projet de production d’ammoniac vert à Laâyoune. Derrière cette initiative industrielle, c’est toute une vision énergétique et géopolitique qui se met en place, discrètement mais méthodiquement.

Le projet est porté par ORNX, un consortium réunissant l’américain Ortus, l’espagnol Acciona et l’allemand Nordex. Trois acteurs aux profils complémentaires, spécialisés respectivement dans le développement de projets énergétiques, les infrastructures durables et les technologies éoliennes. Leur objectif est de bâtir au Maroc une plateforme industrielle intégrée reposant exclusivement sur les énergies renouvelables, depuis la production d’électricité jusqu’à la transformation de l’hydrogène vert en ammoniac destiné aux marchés internationaux.

Ce choix n’est ni conjoncturel ni opportuniste. Il s’inscrit dans une trajectoire stratégique engagée par le Maroc depuis plusieurs années, fondée sur l’anticipation des mutations énergétiques mondiales. Pays fortement dépendant des importations d’énergies fossiles, le Royaume a très tôt identifié les renouvelables comme un levier de souveraineté, de compétitivité économique et d’influence régionale.

L’ammoniac vert occupe dans cette équation une place centrale. Longtemps cantonné à son usage agricole, il est aujourd’hui perçu comme une molécule stratégique pour la transition énergétique mondiale. Produit à partir d’hydrogène vert issu de l’électrolyse de l’eau grâce à l’électricité renouvelable, il permet de stocker et de transporter l’énergie plus facilement que l’hydrogène à l’état pur. Cette caractéristique en fait un vecteur énergétique particulièrement attractif pour l’industrie lourde, le transport maritime et les marchés internationaux en quête de solutions bas carbone immédiatement opérationnelles.

À Laâyoune, la première phase du projet prévoit une capacité de production annuelle de cent mille tonnes d’hydrogène vert, transformées en environ cinq cent soixante mille tonnes d’ammoniac. Ces volumes sont pensés dès l’origine pour répondre à une double logique, alimenter le marché national tout en ciblant l’exportation vers l’Europe, engagée dans une course contre la montre pour décarboner son économie et sécuriser ses approvisionnements énergétiques.

Ce projet ne constitue qu’un maillon d’un ensemble plus vaste. Le Maroc a validé un portefeuille de projets liés à l’hydrogène vert et à ses dérivés représentant plus de trois cents milliards de dirhams d’investissements, principalement dans les provinces du Sud. Plusieurs consortiums internationaux et acteurs nationaux ont été mobilisés, traduisant une volonté claire de structurer une véritable filière industrielle sur le long terme.

Au-delà des chiffres, l’enjeu est aussi territorial. Ces investissements transforment en profondeur des régions longtemps perçues comme éloignées des grands centres industriels. Ils favorisent l’émergence d’emplois qualifiés, la montée en compétence de la main-d’œuvre locale et l’installation d’écosystèmes industriels durables autour de l’ingénierie, de la maintenance et de la logistique énergétique.

Sur le plan géopolitique, le Maroc consolide un positionnement stratégique entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient. Dans un monde marqué par les tensions énergétiques et la recomposition des chaînes de valeur, le Royaume se présente comme un partenaire fiable, stable et compétitif, capable d’offrir une énergie propre à grande échelle.

Loin des effets d’annonce, cette stratégie repose sur une construction progressive, ancrée dans le réel et pensée pour durer. À travers l’ammoniac vert, le Maroc ne cherche pas seulement à produire une nouvelle énergie. Il façonne un outil de projection économique, de souveraineté énergétique et de transformation industrielle.

Dans le silence apparent des paysages de Laâyoune, entre parcs éoliens et vastes étendues solaires, se joue ainsi une mutation profonde. Une transformation qui pourrait, à terme, redéfinir la place du Maroc dans la nouvelle carte mondiale de l’énergie.


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