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UC : le test de l’emploi

L’Union constitutionnelle veut conditionner les incitations à l’investissement à la création de postes et faire de l’alternance un accès privilégié au premier emploi. Face aux 2,94 millions de jeunes de 15 à 29 ans sans emploi, sans études et sans formation, l’efficacité de cette orientation dépendra de son ciblage, de son financement et des obligations imposées aux entreprises bénéficiaires.

Par Mohammed Taoufiq Bennani


La jeunesse occupe une place considérable dans les programmes électoraux, alors qu’elle reste faiblement représentée dans le corps électoral. Les 18 à 24 ans constituent seulement 4 % des 15.801.162 électeurs inscrits sur les listes arrêtées au 10 juillet 2026. Les personnes âgées de 60 ans et plus en représentent 29 %. Cette différence générationnelle influence nécessairement les priorités de campagne et place les partis devant une responsabilité précise : convaincre des jeunes qui évaluent désormais les programmes à partir de leurs effets concrets.

L’Union constitutionnelle inscrit cette ambition dans son slogan d’un « Maroc à une vitesse ». Son programme associe emploi, investissement productif, formation et justice territoriale. Le parti propose de lier les incitations publiques à la création de postes, d’orienter une part plus importante des investissements vers les activités ayant une forte capacité de recrutement, de moderniser les services d’intermédiation et de développer des programmes destinés au premier emploi.

Le document prévoit également de renforcer la formation continue, d’améliorer l’accompagnement des chercheurs d’emploi, de rapprocher les cursus des besoins économiques et d’impliquer davantage les entreprises dans la formation de leurs futurs salariés. La création d’emplois deviendrait ainsi un critère d’évaluation des politiques économiques et des projets d’investissement soutenus par l’État.

Ces orientations répondent à une situation documentée par le Haut-Commissariat au Plan. Dans son rapport publié en avril 2026 à partir des données de 2023, l’institution recense 2,94 millions de jeunes âgés de 15 à 29 ans sans emploi, sans études et sans formation, soit 33,6 % de cette population. Le taux atteint 25,6 % chez les 15 à 24 ans et monte à 50,2 % parmi les 25 à 29 ans. Cette progression avec l’âge révèle une difficulté durable de passage entre la formation et l’activité professionnelle.

Les indicateurs du deuxième trimestre 2026 confirment la forte exposition des jeunes. Selon la nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre, le chômage strict s’établit à 9,5 % au niveau national et à 27,2 % chez les 15 à 24 ans. Leur taux de participation à la main-d’œuvre atteint seulement 22,9 %. Le marché du travail écarte ainsi une partie de la jeunesse avant même qu’elle puisse acquérir une première expérience professionnelle.

 

L’alternance face aux jeunes hors circuit

Dans les explications présentées durant la campagne, l’alternance apparaît comme l’un des principaux instruments défendus par l’Union constitutionnelle. Elle permettrait aux jeunes d’acquérir une expérience en entreprise pendant leurs études et de créer une relation directe avec un employeur avant l’obtention du diplôme. Des exonérations fiscales ou une participation publique au coût de l’alternant pourraient inciter les entreprises à ouvrir davantage de places.

Cette solution répond à une difficulté connue des jeunes diplômés. Beaucoup arrivent sur le marché du travail avec une formation théorique, mais sans expérience professionnelle suffisante. L’alternance peut réduire cette rupture, permettre une évaluation sur le travail accompli et améliorer les chances de recrutement après le diplôme.

Le programme électoral officiel évoque l’implication des acteurs économiques dans les formations, l’amélioration de l’orientation professionnelle et le rapprochement entre les cursus et les besoins des entreprises. Il prévoit aussi des dispositifs consacrés au premier emploi. Il ne fixe toutefois aucun objectif national concernant l’alternance. Le nombre de bénéficiaires, le niveau de rémunération, la durée des contrats, les secteurs prioritaires et la contribution financière de l’État restent à définir.

La composition de la population concernée impose également plusieurs parcours d’accompagnement. Parmi les 2,94 millions de jeunes identifiés par le Haut-Commissariat au Plan, plus de 74 % sont classés parmi les inactifs. Certains ont abandonné toute recherche d’emploi. D’autres sont confrontés à des responsabilités familiales, à un handicap, à des problèmes de mobilité ou à l’éloignement des services publics. L’alternance s’adresse d’abord aux jeunes encore inscrits dans un établissement scolaire, universitaire ou professionnel. Les personnes déjà sorties du système ont besoin d’un repérage, d’une remise à niveau et d’une orientation avant de pouvoir intégrer une entreprise.

Les profils diffèrent aussi fortement selon l’âge, le sexe et le niveau de formation. En 2023, 49,2 % des femmes âgées de 15 à 29 ans étaient sans emploi, sans études et sans formation, contre 18,5 % des hommes. Près de 3 jeunes concernés sur 4 ne disposaient d’aucun diplôme qualifiant. Une diplômée inactive en milieu rural, un jeune ayant quitté le collège et un titulaire de master occupant un poste sans rapport avec sa qualification ne peuvent relever du même dispositif.

 

Le coût des aides à l’embauche

La proposition de conditionner les aides à l’investissement au nombre de postes créés constitue l’un des engagements les plus vérifiables du programme. Elle suppose néanmoins une définition rigoureuse de l’emploi pris en compte. Un contrat temporaire, une embauche durable et le remplacement d’un salarié déjà présent produisent des effets économiques et sociaux différents.

L’entreprise bénéficiaire devrait être tenue de conserver les emplois pendant une durée minimale, de respecter un niveau de rémunération déterminé et d’assurer la couverture sociale des recrues. Les contrôles devraient également établir que les postes déclarés correspondent à des embauches supplémentaires. À défaut, l’aide publique pourrait financer des recrutements déjà programmés ou favoriser une rotation de salariés subventionnés.

Le programme de l’UC ne précise pas encore la durée de maintien exigée, les modalités de contrôle ou les sanctions applicables en cas de non-respect des engagements. Il reste également à savoir si l’avantage serait accordé à toutes les entreprises ou réservé aux petites structures, aux secteurs industriels, aux activités exportatrices et aux projets implantés dans les territoires où l’emploi est moins accessible.

Le Maroc dispose déjà de plusieurs mécanismes d’incitation. Le Code général des impôts prévoit une exonération de l’impôt sur le revenu pendant 36 mois pour les revenus salariaux d’une personne âgée de 35 ans au maximum, recrutée dans le cadre de son premier contrat à durée indéterminée conclu au plus tard le 31 décembre 2026. Cet avantage bénéficie au salarié sur l’impôt dû sur sa rémunération. Il ne constitue pas une exonération générale accordée à l’employeur.

Le programme Tahfiz prévoit, sous conditions, la prise en charge par l’État de la part patronale des cotisations à la Caisse nationale de sécurité sociale et de la taxe de formation professionnelle au profit d’entreprises nouvellement créées. L’Union constitutionnelle devra donc indiquer si elle entend prolonger ces régimes, élargir leur champ ou instaurer un nouveau mécanisme. Cette clarification permettra d’évaluer le coût supplémentaire de sa proposition et sa différence avec les dispositifs déjà appliqués.

La conditionnalité peut aussi intégrer la qualité du poste. Une aide publique fondée uniquement sur le nombre de recrutements favoriserait les activités qui multiplient les emplois faiblement rémunérés ou de courte durée. L’évaluation devrait inclure la stabilité du contrat, le salaire, la formation reçue, la progression professionnelle et le maintien dans l’entreprise après la fin de l’aide.

 

L’égalité des chances à l’épreuve

L’accès au premier emploi dépend des compétences, mais aussi des réseaux relationnels et de la maîtrise des codes professionnels. Un jeune peut obtenir un diplôme, effectuer un stage et rester désavantagé au moment du recrutement parce qu’il ne connaît pas les circuits de recommandation ou les comportements attendus dans certains milieux.

Le « bak sahbi », expression couramment utilisée pour désigner le piston, traduit cette perception d’un marché où les relations personnelles peuvent compter autant que le dossier académique. Plusieurs jeunes issus de milieux modestes réussissent leur insertion professionnelle. Leur réussite individuelle ne permet cependant pas de mesurer l’égalité d’accès à l’ensemble des opportunités.

L’Union constitutionnelle défend une administration plus transparente et un accès équitable aux services publics. Cette orientation peut améliorer la publication des concours et la traçabilité des recrutements administratifs. Pour les entreprises privées bénéficiant d’argent public, l’égalité des chances demanderait des obligations complémentaires : publication des offres, critères de sélection connus, suivi des candidatures et justification des recrutements réalisés dans le cadre des aides.

L’accompagnement devrait également porter sur les connaissances tacites. La rédaction d’un curriculum vitae, la préparation à un entretien, la compréhension des usages professionnels, le mentorat et la constitution d’un premier réseau ont une influence directe sur l’insertion. Ces éléments restent peu développés dans le programme, alors qu’ils répondent précisément aux difficultés des jeunes sans relations familiales ou professionnelles.

La justice territoriale constitue l’autre dimension de la promesse de l’UC. Le parti prévoit le transfert de compétences et de ressources aux régions, la création de pôles productifs et une meilleure répartition de l’investissement public. Les données disponibles montrent un taux de jeunes sans emploi, études ou formation de 35,4 % en milieu rural, contre 32,6 % en milieu urbain. Selon les régions, ce taux varie d’environ 28 % à près de 40 %.

L’égalité entre un jeune de Fnideq et un jeune de Casablanca dépendra de l’offre locale de formation, des transports, de l’accès numérique, de la présence d’entreprises et de la proximité des services d’emploi. Le programme ne chiffre pas les ressources qui seraient transférées aux régions ni la part des aides destinée aux territoires les moins pourvus. La promesse d’un Maroc « à une vitesse » devra donc être mesurée région par région, à partir du nombre de jeunes accompagnés, formés puis recrutés.

La faible inscription électorale des 18 à 24 ans complète ce constat. La Constitution qualifie le vote de droit personnel et de devoir national, sans prévoir une obligation assortie de sanctions. L’Union constitutionnelle privilégie la restauration de la confiance et la capacité des partis à convaincre, plutôt que le vote obligatoire.

L’expérience chilienne offre un point de comparaison sur les effets du vote obligatoire. Après l’adoption de l’inscription automatique et du vote volontaire en 2012, le pays a rétabli le vote obligatoire en 2022. Les travaux consacrés aux scrutins organisés entre 2012 et 2023 situent la participation moyenne des citoyens à 44,7 % durant la période volontaire, contre 86,3 % sous le régime obligatoire. Cette progression renseigne sur l’effet de la règle électorale, tandis que la confiance dépend toujours de la crédibilité des candidats et des résultats obtenus.

Pour l’Union constitutionnelle, le véritable test commencera donc après le scrutin. Son programme établit un lien cohérent entre investissement, formation et emploi. Sa portée se mesurera au nombre de jeunes effectivement ramenés vers une formation ou un poste durable, à la réduction des inégalités de recrutement et à la capacité de chaque région à offrir des perspectives comparables.


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