Trump lie Riyad au nucléaire
L’administration américaine replace la normalisation entre l’Arabie saoudite et Israël au cœur de sa stratégie au Moyen-Orient. Le président Donald Trump a annoncé qu’un accord de coopération nucléaire civile avec Riyad ne pourra entrer pleinement en vigueur que si le royaume rejoint les accords d’Abraham et établit des relations diplomatiques avec Israël. Cette condition, réaffirmée publiquement, rattache un projet énergétique et industriel majeur à un objectif géopolitique poursuivi par Washington depuis plusieurs années.

Par Fayçal El Amrani
L’accord, signé par le secrétaire américain à l’Énergie Chris Wright et le ministre saoudien de l’Énergie, le prince Abdelaziz ben Salmane, constitue le cadre juridique d’un partenariat de long terme dans le domaine du nucléaire civil. Il doit encore être examiné par le Congrès américain avant son entrée en vigueur définitive. Washington présente ce texte comme un instrument destiné à accompagner les ambitions énergétiques saoudiennes, avec un encadrement strict des technologies sensibles liées au cycle du combustible nucléaire.
Pour les États-Unis, ce dossier revêt également une forte dimension géopolitique. La Maison Blanche considère que la normalisation entre Riyad et Israël constituerait une évolution majeure de l’équilibre régional, dans la continuité des accords d’Abraham conclus en 2020 avec les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc. En conditionnant le partenariat nucléaire à cette étape diplomatique, Donald Trump cherche à élargir ce cadre à la première puissance arabe du Golfe.
Cette initiative intervient dans un contexte régional particulièrement tendu. Les affrontements entre Israël et l’Iran, suivis des opérations militaires américaines contre des installations iraniennes, ont ravivé les inquiétudes liées à la prolifération nucléaire au Moyen-Orient. Les discussions entre Riyad et Israël sur une éventuelle normalisation, engagées avec le soutien de Washington, avaient été suspendues après le déclenchement de la guerre à Gaza en octobre 2023. Dans ce climat, les États-Unis souhaitent relancer ce processus diplomatique en l’associant à leur offre de coopération nucléaire.
Le programme nucléaire envisagé pour l’Arabie saoudite vise officiellement la production d’électricité et la diversification du mix énergétique du royaume. Dans le cadre de sa stratégie Vision 2030, Riyad souhaite réduire sa dépendance aux hydrocarbures pour la production électrique et développer une filière nucléaire destinée à soutenir la croissance économique et industrielle. Le royaume prévoit la construction de plusieurs réacteurs afin de répondre à la hausse de la demande d’électricité et de consacrer une part plus importante de sa production pétrolière aux exportations. Les autorités saoudiennes affirment que ce programme répond exclusivement à des objectifs civils.
La question de l’enrichissement de l’uranium demeure au centre des discussions. Plusieurs médias américains avaient évoqué la possibilité d’autoriser à terme certaines capacités d’enrichissement sur le territoire saoudien. Donald Trump a assuré qu’aucune autorisation de cette nature n’était prévue dans l’accord actuel, insistant sur les garanties de non-prolifération qui accompagneront le partenariat.
Ces assurances ont suscité une vive réaction d’une partie de la classe politique américaine. Des sénateurs démocrates, dont Chris Murphy et Bernie Sanders, estiment qu’un tel accord pourrait alimenter une course régionale aux capacités nucléaires et affaiblir les principes défendus depuis plusieurs décennies par les États-Unis en matière de non-prolifération. Plusieurs experts des centres de réflexion américains ont également appelé à maintenir des restrictions strictes sur toute technologie pouvant être utilisée à des fins militaires.
D’autres analystes considèrent que cette coopération permettrait aux États-Unis de conserver leur position de partenaire stratégique privilégié de Riyad face à la montée en puissance de la Chine et de la Russie dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures. Selon cette lecture, un partenariat américain offrirait davantage de garanties en matière de sûreté nucléaire et de contrôle technologique qu’un recours à d’autres fournisseurs internationaux.
Du côté israélien, cette évolution est perçue comme une opportunité diplomatique majeure. Les autorités israéliennes estiment qu’une reconnaissance officielle par l’Arabie saoudite modifierait profondément les équilibres politiques au Moyen-Orient et ouvrirait une nouvelle phase de coopération économique et sécuritaire avec les principaux États arabes. Riyad, pour sa part, n’a pas encore annoncé de position officielle sur les conditions formulées par Washington, tout en rappelant à plusieurs reprises que toute évolution de ses relations avec Israël demeure liée aux perspectives d’un règlement durable de la question palestinienne.
L’évolution de ce dossier sera suivie de près par les grandes puissances et les acteurs régionaux. Les États-Unis, Israël, l’Iran, la Chine et la Russie suivront attentivement les prochaines étapes de ce partenariat, qui réunit des enjeux énergétiques, diplomatiques, industriels et sécuritaires. Les décisions qui seront prises dans les prochains mois pourraient influencer durablement les équilibres stratégiques du Moyen-Orient ainsi que la coopération internationale dans le domaine du nucléaire civil.

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