Trump en 100 jours : Entre déclarations fracassantes et désillusion collective
100 jours de défis et de controverses
Fayçal El Amrani
À l’approche des 100 jours de son second mandat, Donald Trump, fidèle à son style populiste et provocateur, tente de redorer son blason politique sur une scène nationale et internationale de plus en plus hostile. Le président, connu pour ses formules choc et son rejet des élites, affiche une assurance inébranlable, clamant que ses politiques protectionnistes « sauveront l’Amérique ». Pourtant, derrière cette rhétorique guerrière, le bilan de ses premiers mois révèle une réalité bien plus sombre.
Un retour marqué par les controverses
Trump, élu en novembre 2024 face à Kamala Harris, a choisi de radicaliser son approche dès son retour à la Maison-Blanche. Son premier mandat (2017-2021) avait déjà ébranlé les fondements du multilatéralisme, avec des retraits spectaculaires de l’Accord de Paris et de l’OMS. En 2025, il double la mise : droits de douane de 145 % contre la Chine, 20 % contre l’UE et la Corée du Sud, blocage des institutions internationales, et accords bilatéraux qualifiés d’« incohérents » par ses propres alliés. Une stratégie qui, malgré ses promesses de grandeur, a plongé les marchés dans le chaos et éloigné des partenaires historiques.
Un bilan catastrophique : Économie et diplomatie en crise
L’économie américaine trinque en premier. L’indice S&P 500 a dévissé de 9 % depuis janvier, avec un effondrement de 18 % le 8 avril, jour où Trump a annoncé ses tarifs douaniers. Le FMI, inquiet, a revu à la baisse sa prévision de croissance pour les États-Unis (1,8 % en 2025) et alerte sur un risque de récession mondiale à 37 %, directement lié à ses politiques.
Sur le plan intérieur, les Américains doutent : 52 % jugent que l’économie s’est dégradée, et sa popularité a dégringolé de 18 points, un niveau jamais vu depuis l’ère Bush. Diplomatiquement, le Canada et l’Europe se détournent : 64 % des Canadiens le perçoivent comme un « ennemi », tandis que le soutien européen à une défense militaire de Washington face à la Russie a chuté de 58 % à 42 %.
Experts inquiets : « Un chaos stratégique sans vision »
Les voix critiques se multiplient. Pour Ángel Saz, chercheur à EsadeGeo, « Trump ne détruit pas seulement le multilatéralisme, il impose une vision du pouvoir ancrée au XXᵉ siècle, ignorant les défis actuels ». Ken Rogoff, ancien économiste du FMI, compare ses tarifs à « une bombe nucléaire sur le commerce mondial », tandis que Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison-Blanche, défend une « stratégie audacieuse » face aux sceptiques.
Guerre commerciale : Un théâtre des contradictions
Trump justifie ses aranceles comme un « bouclier » pour l’industrie américaine, mais leur application révèle un double jeu. Des géants comme Apple et Walmart ont obtenu des exemptions après des tractations secrètes, exposant une politique imprévisible. « C’est du chaos organisé », dénonce Xavier Vives de l’IESE, soulignant que ces mesures pourraient plonger le monde dans une inflation galopante et freiner la croissance.
Diplomatie : Spectacle et méfiance
Lors des funérailles du pape François, Trump a joué la carte de la médiation, rencontrant Zelensky et négociant une trêve de 30 jours en Ukraine avec Poutine. Mais, comme souvent, l’annonce sonne creux. Aucun détail concret n’a filtré, et Fiona Hill, experte au Brookings, doute de la pérennité d’un accord passé entre deux dirigeants qui se méfient l’un de l’autre.
Un parti pris contre le multilatéralisme
L’OMC est paralysée, ses mécanismes de règlement des conflits bloqués. Les financements de médias internationaux comme Voice of America sont coupés, accusés de « mondialisme radical ». Trump, en s’attaquant aux piliers de l’ordre libéral, isole son pays tout en prétendant le rendre plus fort.
Les États-Unis à la croisée des chemins
Les 100 premiers jours de Trump dessinent un avenir incertain. Le FMI prévoit une croissance mondiale réduite à 2,8 % en 2025 si la guerre commerciale persiste. Son rapprochement tactique avec la Russie et ses tensions avec l’Europe menacent des alliances séculaires. Intérieurement, la polarisation politique atteint son paroxysme, avec des attaques incessantes contre la justice et la presse.
Alors que le monde se tourne vers des solutions collectives, comme le propose António Guterres avec un « nouveau Bretton Woods », Trump incarne un repli sur soi qui aggrave les fractures. Les citoyens américains, comme les alliés internationaux, se trouvent face à un choix : suivre un discours nostalgique ou embrasser un projet tourné vers l’avenir.
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