Trump à l’ONU : Le climat qualifié « d’escroquerie » face à une planète en surchauffe
Par Fayçal El Amrani
Il faut d’abord dire exactement ce qu’il a dit. À la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, le président des États-Unis a déclaré que le réchauffement climatique est « la plus grande escroquerie jamais inventée » et que les prédictions onusiennes sont fausses. Selon lui, les pays qui persistent dans les énergies vertes sont voués à l’échec. Il a affirmé que l’empreinte carbone est une supercherie et que la véritable solution réside dans le pétrole, le gaz et le charbon, rebaptisés « énergies propres » dans son vocabulaire. Ce discours, qui devait durer quinze minutes mais s’est étiré sur près d’une heure, a frappé par son ton provocateur et par l’absence de cohérence entre les données scientifiques et les slogans martelés.
Le contraste est d’autant plus saisissant que les chiffres publiés depuis quelques mois confirment une tendance alarmante. Selon le rapport annuel de l’Organisation météorologique mondiale, la période 2015-2024 a été la plus chaude jamais enregistrée et l’année 2024 a culminé à +1,55 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Mais plus marquant encore : Copernicus a révélé que 2024 a connu 11 mois consécutifs où la température mondiale a battu des records historiques. Les chercheurs de la NOAA aux États-Unis soulignent de leur côté que la concentration de CO2 dans l’atmosphère a atteint en 2025 un niveau de 426 parties par million, un seuil inédit depuis plusieurs millions d’années. Ces données, absentes du discours présidentiel, réduisent à néant l’idée d’une « escroquerie ».
Les catastrophes climatiques qui s’enchaînent viennent illustrer ces relevés. En 2024, le Canada a connu la pire saison d’incendies de son histoire, avec plus de 18 millions d’hectares partis en fumée. La Grèce a déclaré l’état d’urgence face à des feux incontrôlables, tandis que le Pakistan et le Brésil ont subi des inondations meurtrières. L’Afrique australe a vu ses récoltes amputées par une sécheresse historique liée au phénomène El Niño. Au Maroc, la succession de six années de déficit pluviométrique a abaissé le taux de remplissage des barrages sous la barre des 30 % en moyenne nationale, obligeant les autorités à mettre en service des stations de dessalement d’urgence comme à Agadir et à accélérer les transferts d’eau depuis le nord. Ces faits ne relèvent pas de discours, mais d’une réalité observée.
Le discours de New York a aussi provoqué des réactions vives. Des climatologues britanniques, relayés par le Science Media Centre, ont rappelé que la science climatique repose sur des milliers de mesures satellites et océanographiques impossibles à falsifier. L’Union européenne, par la voix de Josep Borrell, a jugé « irresponsables » les propos du président américain, rappelant que les engagements de Paris sont la seule trajectoire pour contenir le réchauffement. Amnesty International a dénoncé un discours qui « légitime la désinformation et fragilise les droits humains » en banalisant l’inaction.
Dans le même registre, le président a accusé le maire de Londres, Sadiq Khan, de transformer la capitale britannique en « émirat islamique » soumis à la charia. Des propos aussitôt qualifiés de « diffamatoires » par Downing Street et largement dénoncés par la presse britannique. Cette dérive raciste et complotiste ne peut être isolée du reste : elle participe d’un même récit, où l’outrance sert à brouiller les priorités diplomatiques.
Et cela a fonctionné. Au moment où plusieurs chefs d’État européens et latino-américains appelaient à reconnaître la Palestine et à agir d’urgence pour Gaza, la logorrhée américaine a saturé les médias, reléguant au second plan un moment diplomatique majeur.
Ce n’était pas un sketch. C’était une démonstration où l’absurde masque l’essentiel, où le négationnisme climatique s’habille de slogans et où le spectaculaire efface les priorités humanitaires et diplomatiques. Pendant ce temps, la planète brûle pour de vrai et chaque année perdue se traduit par des millions de tonnes de CO2 supplémentaires, des récoltes amputées et des vies fragilisées. Ce n’est pas de la politique, c’est la réalité.
Suivez les dernières actualités de Laverite sur Google news