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Transition énergétique : Le secteur électrique marocain peut-il enfin devenir un moteur de création d’emplois qualifiés ?

Les salons Elec Expo, EneR Event et Tronica Expo 2025 ont placé le stockage d’énergie intelligent au cœur des débats, le présentant comme "la clé des réseaux électriques de demain". Malgré son poids économique et ses exportations massives, le secteur de l’électricité est urgemment appelé à une « réflexion stratégique » pour transformer cette industrie en véritable vecteur de « croissance inclusive » et dépasser sa contribution de seulement 4% à l’emploi industriel. Le Maroc capitalise sur son expertise de plus de 50 ans pour répondre aux besoins africains, s’orientant vers un continent qui représente un potentiel d’investissement annuel de 30 milliards de dollars d’ici 2040.

Par Mohammed Taoufiq Bennani


Au carrefour des enjeux globaux, Casablanca a réaffirmé son statut de plaque tournante continentale. Du 26 au 29 novembre 2025, le Centre International des Expositions (OFEC) est ainsi devenu le théâtre privilégié d’une triple convergence technologique. Les salons internationaux Elec Expo, EneR Event et Tronica Expo ont catalysé la réflexion autour de l’impératif énergétique africain. Ces assises majeures, dédiées à l’électricité, à l’électronique, aux énergies renouvelables et aux technologies intelligentes, se sont articulées autour du thème crucial du « Stockage de l’Énergie et Équipements Intelligents : la clé des réseaux électriques de demain ». L’événement a attiré plus de 200 exposants de 24 nations, consacrant définitivement le Maroc en tant que plateforme régionale d’innovation et de coopération énergétique.

 

Un moteur de croissance inclusive

L’éclat technologique de ces salons ne saurait occulter la dimension sociale, élément fondamental de toute stratégie étatique. Le Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Industrie et du Commerce, chargé du Commerce extérieur, M. Omar Hejira, a ainsi lancé un appel pressant, mercredi 28 novembre à Casablanca, à une « réflexion stratégique » sur les moyens d’accroître l’impact social du secteur de l’électricité. Le gouvernement ambitionne clairement de transformer cette industrie en un moteur de croissance robuste, mais également en un accélérateur décisif dans la création d’emplois hautement qualifiés.

Néanmoins, malgré une performance économique notable, le paradoxe demeure saisissant. Près de la moitié du chiffre d’affaires sectoriel est orientée vers l’exportation, impliquant près d’un tiers des 650 entreprises opérant dans ce domaine. Cependant, cet ensemble stratégique ne contribue, en dépit de son poids, qu’à hauteur de 4% à l’emploi industriel global. M. Hejira a d’ailleurs souligné que ce « décalage » interpelle. Combler cette lacune est perçu comme une nécessité absolue pour transformer cette industrie en un véritable vecteur de « croissance inclusive et de création d’emplois qualifiés ».

 

Le stockage d’énergie, nouvelle clé de voûte des réseaux

Au cœur de cette transition, l’innovation en matière de stockage d’énergie s’impose comme une véritable rupture technologique. Ali El Harti, président de la Fenelec, a catégoriquement insisté sur son rôle déterminant, le présentant comme « la clé des réseaux électriques de demain ». Cette orientation est étayée par des données économiques concrètes.

Le coût des batteries de stockage a drastiquement chuté. Il s’établit désormais sous la barre symbolique des 100 USD par kilowattheure (kWh). Cette performance permet une restitution de l’énergie à un tarif extrêmement compétitif, inférieur à 0,20 DH par kWh. Fait remarquable, ce prix représente six fois moins que le coût habituellement distribué par le réseau traditionnel. M. El Harti a, de surcroît, mis en exergue l’intérêt économique immédiat de cette technologie. Une simple batterie d’une capacité de 5 kWh peut potentiellement générer des économies avoisinant les 36 000 DH, assurant un retour sur investissement rapide, estimé entre deux et trois ans. Le stockage constitue donc, sans conteste, l’une des technologies les plus prometteuses et les plus dynamiques du secteur.

 

L’expertise marocaine au service du potentiel continental

L’horizon africain constitue la toile de fond indispensable de ces échanges. M. Hejira a fermement affirmé que le continent recèle un « potentiel énergétique et industriel exceptionnel ». Il subsiste, toutefois, une sous-représentation notable dans les échanges mondiaux. Le commerce intra-africain, par exemple, stagne à moins de 15% du commerce total. Plus frappant encore, seulement 2% des investissements planétaires dans l’énergie solaire sont dirigés vers l’Afrique, alors même qu’elle détient 60% des meilleures ressources solaires du globe.

C’est précisément dans ce contexte de faiblesse des investissements que l’expertise marocaine prend toute sa mesure. Fortes d’une expérience de plus de 50 ans sur le continent, les entreprises du Royaume démontrent une capacité éprouvée à « co-développer des infrastructures fiables, à construire des solutions électriques pérennes et adaptées aux besoins des pays africains ». Cette coopération est d’autant plus vitale que les besoins énergétiques africains sont destinés à tripler d’ici 2040. Ce développement massif ouvre la voie à un potentiel d’investissement annuel colossal de 30 milliards de dollars. La présence remarquée de plus de cinquante entrepreneurs originaires de 13 pays africains lors de ce salon témoigne éloquemment de la confiance accordée à ce savoir-faire national et de l’ouverture stratégique croissante du Royaume vers son continent.

 

Le talent national au défi de la transition

Les salons de Casablanca en 2025 ont marqué une étape décisive dans la feuille de route énergétique du Maroc. Ils ont confirmé le positionnement du Royaume non seulement comme une plateforme d’échanges régionaux, mais surtout comme un incubateur d’idées et de technologies pour l’avenir énergétique. L’avenir de ce secteur vital repose désormais sur trois piliers indissociables, comme l’a souligné M. El Harti : l’innovation, la formation pointue et la compétitivité accrue. Le succès futur du secteur, a-t-il rappelé en guise d’épilogue, s’appuie avant tout sur les « talents nationaux ».


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