Transition énergétique : Le plan de l’Académie Hassan II pour propulser l’industrie marocaine des batteries
L'Académie Hassan II scelle une feuille de route stratégique pour propulser la filière marocaine des batteries. Un plan d'action axé sur l'excellence de la recherche, la formation d'ingénieurs spécialisés et la valorisation industrielle du phosphate. Vers une souveraineté technologique durable portée par l'innovation "bas carbone" et l'essor des Giga Factories nationales.
LA VÉRITÉ
Réunie à Rabat du 19 au 21 mai 2026, l’Académie Hassan II des Sciences et Techniques a clôturé sa 19e session plénière solennelle annuelle par l’adoption de mesures stratégiques. Ce plan d’action vise à soutenir l’essor industriel du secteur des batteries au Maroc en misant sur la formation, la recherche scientifique et la souveraineté technologique. Chercheurs, industriels et décideurs ont défini les leviers nécessaires pour intégrer le Royaume dans la chaîne de valeur mondiale de la transition énergétique.
Un impératif de formation et de recherche
L’Académie Hassan II souligne que le développement de la filière des batteries au Maroc repose avant tout sur le capital humain. Les recommandations adoptées jeudi à Rabat insistent sur la nécessité d’accompagner l’élan industriel par la formation de cadres hautement qualifiés, spécifiquement destinés à opérer dans les futures usines du secteur.
Pour répondre à ces besoins techniques, l’institution préconise le développement de cursus d’ingénierie spécialisés, avec un accent particulier mis sur le domaine de l’électrochimie. Parallèlement à la formation, la promotion du module « recherche et développement » est présentée comme un pilier essentiel pour maintenir la compétitivité du pays. L’objectif est de créer une synergie entre les besoins immédiats des industriels et les capacités d’innovation académiques.
Innovation durable et label « Battery Passport »
Au-delà des aspects techniques, la stratégie de l’Académie intègre des enjeux de durabilité et de compétitivité internationale. Tijani Bounahmidi, membre résident de l’Académie Hassan II, a précisé dans une déclaration que les recommandations encouragent la promotion du label « Battery Passport ». Ce dispositif vise à garantir la production de batteries à faible empreinte carbone, notamment en valorisant l’usage des énergies renouvelables nationales dans les processus de fabrication.
L’écosystème entrepreneurial est également au centre des préoccupations. L’Académie préconise un accompagnement accru des startups à travers le lancement d’appels à projets dédiés. Ces initiatives devraient couvrir l’ensemble du cycle de vie du produit, depuis la création de nouvelles unités de stockage jusqu’au recyclage des composants en fin de vie.
Les frontières de la recherche scientifique : Sodium-ion et Phosphate
Les sessions scientifiques de cette 19e session ont permis d’explorer les technologies de rupture en cours de développement. Les débats ont notamment porté sur la chimie du solide, incluant les batteries sodium-ion et les batteries à état solide, qui représentent des alternatives ou des évolutions majeures aux technologies actuelles.
Le rôle des ressources naturelles marocaines a fait l’objet d’une attention particulière. Les experts ont discuté du développement de batteries basées sur le phosphore et de la valorisation des éléments issus du phosphate, un domaine où le Maroc possède un avantage stratégique. Par ailleurs, les questions de sécurité et d’efficacité ont été abordées sous l’angle de l’intelligence artificielle. L’utilisation de systèmes de gestion dits « BMS » (Battery Management System) combinés à l’IA est envisagée pour améliorer les performances, assurer un meilleur refroidissement thermique et garantir la sécurité des utilisateurs.
Vers une souveraineté technologique et industrielle
Sur le plan industriel, les travaux de l’Académie ont mis en lumière les efforts déployés pour attirer les investissements directs étrangers. Un point de situation a été réalisé concernant le projet de la « Giga Factory » du groupe Gotion à Kénitra, emblématique de l’ambition marocaine dans ce domaine.
La question de la souveraineté technologique a également été au cœur d’un panel organisé avec des représentants du groupe OCP. Les participants ont examiné les leviers permettant au Maroc de ne pas être seulement un lieu de production, mais un acteur majeur de la conception technologique. Placée sous le thème « Les batteries dans la transition énergétique : Progrès, défis et opportunités pour le Maroc », cette rencontre de trois jours a rassemblé un collège d’académiciens, de chercheurs et de décideurs publics, nationaux et étrangers, pour définir cette feuille de route nationale.
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