Maroc : la transformation numérique de l’université passe d’abord par les enseignants
Une étude menée auprès de 250 étudiants marocains montre que la formation pédagogique des enseignants constitue le principal levier associé au développement des compétences numériques, devant l’accès aux outils, l’infrastructure et l’e-learning

La Vérité
La transformation numérique de l’université marocaine ne se joue pas uniquement dans les équipements, les connexions ou les plateformes numériques. Elle dépend aussi, et surtout, de la manière dont ces outils sont intégrés dans l’enseignement.
C’est l’un des principaux enseignements d’une étude consacrée aux compétences numériques des étudiants marocains. Réalisée auprès de 250 étudiants de cinq grandes régions universitaires entre janvier et mars 2026, la recherche met en évidence un facteur qui se détache nettement des autres : la formation pédagogique des enseignants à l’usage du numérique.
La formation des enseignants arrive en tête
Les chercheurs ont étudié quatre dimensions de la transformation numérique : l’accès aux outils, la formation pédagogique des enseignants, l’utilisation de l’e-learning et l’infrastructure numérique des établissements.
Dans la hiérarchie établie par l’étude, la formation pédagogique arrive en première position. Pour rendre les résultats plus lisibles, le poids relatif des quatre facteurs étudiés peut être présenté ainsi : environ 34 % pour la formation pédagogique, contre 23 % pour l’accès aux outils, 22 % pour l’infrastructure et 21 % pour l’utilisation de l’e-learning.
Cette répartition ne signifie pas que la formation explique à elle seule 34 % des compétences numériques. Elle permet simplement de visualiser la hiérarchie statistique entre les quatre facteurs. Le résultat central reste que la formation pédagogique des enseignants présente l’association la plus forte avec le niveau de compétences numériques des étudiants.
Autrement dit, disposer d’un ordinateur, d’une bonne connexion ou d’une plateforme numérique ne suffit pas. Encore faut-il que l’enseignant sache transformer ces outils en véritables instruments d’apprentissage.
74 % des variations expliquées par le modèle
L’étude apporte également un élément important sur la portée de ces différents facteurs. Le modèle statistique utilisé par les chercheurs explique 74 % de la variation observée dans les compétences numériques des étudiants. Le score moyen obtenu par les étudiants atteint 62,8 sur 100.
Les quatre facteurs étudiés présentent par ailleurs une association positive et statistiquement significative avec les compétences numériques. La recherche confirme donc que l’équipement, l’infrastructure et l’e-learning restent importants, mais qu’ils ne produisent pas le même effet lorsqu’ils ne s’accompagnent pas d’une véritable maîtrise pédagogique du numérique.
Des écarts selon les filières
L’étude montre également des différences selon le domaine de formation. Le score moyen de compétences numériques atteint 73,4 chez les étudiants des filières scientifiques et technologiques, contre 68,2 dans l’économie et la gestion et 60,7 dans les sciences humaines et sociales.
En revanche, les résultats présentés dans l’étude ne font pas apparaître de différence statistiquement significative selon le type d’établissement, public ou privé, ni selon le sexe des étudiants.
Ces résultats suggèrent que la question du numérique universitaire ne peut pas être réduite à celle de l’accès aux équipements. Elle concerne également les pratiques pédagogiques et la capacité des enseignants à intégrer les technologies dans leurs cours.
Le défi pour Digital Morocco 2030
L’étude intervient alors que le Maroc accélère sa transformation numérique et que la stratégie Digital Morocco 2030 accorde une place importante à la formation et au développement des compétences numériques.
Dans ce contexte, le développement professionnel des enseignants apparaît comme un enjeu central. Les auteurs recommandent notamment de renforcer la formation continue consacrée à l’utilisation pédagogique du numérique, de mettre en place une certification nationale inspirée du référentiel européen DigCompEdu et de développer des dispositifs combinant apprentissage par projets, classes inversées et évaluation numérique.
L’étude recommande également de suivre l’évolution des compétences numériques à l’échelle nationale et d’adapter les politiques publiques aux réalités des différents territoires.
Le constat est donc assez simple : l’université numérique ne se construit pas seulement avec davantage de matériel. Elle se construit aussi dans la salle de cours, à travers la capacité des enseignants à faire du numérique un véritable outil pédagogique.
Il faut toutefois rester prudent sur l’interprétation. Les chercheurs soulignent eux-mêmes que leur étude est transversale et qu’elle ne permet pas d’établir strictement une relation de causalité. Ils signalent également certaines limites liées à l’échantillonnage et au recours aux déclarations des étudiants.

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