Traite de mineurs à Paris : Le petit Algérien qui voulait voir la tour Eiffel
Le petit Algérien qui voulait voir la tour Eiffel

LA VÉRITÉ
A son arrivée d’Algérie à Paris, Kader, 13 ans, est allé directement « voir la tour Eiffel ». Là, « le chef » lui a proposé un psychotrope et un toit. Et il est devenu un des petits voleurs détroussant les touristes, sous l’emprise d’adultes, a-t-il témoigné mardi à un procès de traite de mineurs.
Six ressortissants algériens âgés de 23 à 39 ans, auxquels s’ajoute un septième qui comparaît libre pour vol et recel d’objets volés et de médicaments, comparaissent depuis mardi devant le tribunal correctionnel pour traite d’êtres humains aggravée.
Ils sont suspectés d’avoir initié à la drogue et gardé sous emprise « plusieurs dizaines » d’adolescents isolés, de nationalités marocaine et algérienne, entre janvier 2021 et juin 2022. L’objectif : les faire plonger dans l’addiction afin de les contraindre à commettre des vols sur les touristes, en échange de comprimés de Lyrica ou de Rivotril, puissants psychotropes auxquels les mineurs se retrouvent rapidement accros.
Sur les 17 victimes identifiées, 12 sont parties civiles au procès. Ces mineurs isolés, dont le plus jeune avait sept ou huit ans au moment des faits, n’ont pas souhaité se présenter au procès par peur de représailles.
Seul l’un d’entre eux, Kader (prénom modifié), a accepté de témoigner mercredi, par visioconférence.
Kader, aujourd’hui âgé de 16 ans, semble s’être métamorphosé depuis sa dernière garde à vue en 2021 : la photo prise à l’occasion le montrait blafard et émacié, des cernes noirs et une ecchymose lui barrant le haut du visage.
L’adolescent, qui s’exprime dans un mélange hésitant de français et d’arabe, revient brièvement sur les faits, raconte les vols et les violences (en dépit de problèmes de traduction qui compliquent sérieusement la communication entre ses interprètes et ceux du tribunal).
Voir la tour Eiffel et mourir !
Parti d’Oran en zodiac à destination de l’Espagne, le garçon a 13 ans quand il entre en France, arrive à Paris et se dirige droit vers l’esplanade du Trocadéro.
– « Pourquoi ? », demande la présidente.
– « Je voulais voir la tour Eiffel », répond-il avec l’ombre d’un sourire.
C’est là qu’il fait la rencontre de Sami A., dit « Guemo », que les enfants appellent « le chef » ou « le directeur ».
D’après Kader, Sami A. lui propose du Rivotril et un endroit où loger. Dans les mois qui suivent, le mineur doit voler pour obtenir ses doses et dormir à l’abri.
Parallèlement, il est régulièrement victime de violences physiques de la part des majeurs qui instrumentalisent les petits voleurs du Trocadéro. Interrogés par la police à son sujet, d’autres enfants ont assuré que plusieurs adultes avaient fait fondre du plastique sur différentes parties du corps de l’adolescent.
Se succédant à la barre, les prévenus admettent les vols et les trafics, mais nient catégoriquement tout rapport avec des mineurs.
Les échanges semblent quasiment interchangeables. Une phrase du « chef » pourrait les résumer tous : « Moi, je suis un voleur. Mais je ne forcerais pas un mineur à voler, jamais ».
Tous prétendent ne pas connaître les enfants, ou à peine.
L’un des adultes, Youcef T., apparaît sur une vidéo YouTube mise en ligne le 20 février 2022, dont une capture d’écran est projetée à l’audience.
Filmées sur le Trocadéro, avec la tour Eiffel en fond comme dans un Paris de carte postale, les images montrent une poignée d’adultes qui se vantent de leur train de vie et évoquent leurs « voyages en Europe », leurs vêtements de marque et la « Playstation 5 » qu’ils peuvent se payer.
Youcef T. y tient par les épaules un gamin pâle, qu’il présente fièrement comme « le plus jeune du groupe » : il s’agit de Kader.
AFP

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