Tournée Akhannouch : Démonstration de force ou course contre la montre ?
LA VÉRITÉ
Alors que le Maroc entre dans une année charnière à l’approche des législatives de 2026, la tournée nationale entamée par le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, sous le slogan « Massar Al-Injazat », retient l’attention par son ampleur, sa mise en scène et son calendrier. Loin d’un simple bilan technique, cette campagne de terrain engagée dans les 12 régions du Royaume s’affirme comme une séquence politique à part entière, au service d’une majorité en quête de résultats visibles, mais aussi de légitimité renforcée. Dans un contexte de critiques récurrentes sur le chômage, l’inflation et les tensions sociales, cette série de meetings, très encadrée, cherche à renouer le lien avec la base électorale et à redonner du souffle à un mandat qui peine à convaincre une partie de l’opinion.
Après Dakhla et Laâyoune, c’est la région de Guelmim-Oued Noun qui a accueilli la troisième étape de la tournée. Aziz Akhannouch y a mis en avant les projets structurants lancés sous son gouvernement : programme d’écoles pionnières, développement des infrastructures, extension des capacités médicales via l’ouverture de la faculté de médecine de Guelmim, ou encore appui au tissu agricole local. L’objectif affiché est clair : démontrer que l’État social promis en 2021 prend forme. Mais ce discours d’accomplissement, répété devant des foules acquises, ne dissipe pas les interrogations sur la réalité de l’impact de ces réformes, ni sur leur rythme d’exécution. En parallèle de ses interventions dans le Sud, Aziz Akhannouch a rappelé à plusieurs reprises que cette tournée n’avait pas vocation à « convaincre les convaincus », mais à porter la parole gouvernementale au plus près du terrain. À Laâyoune, il a affirmé que « le RNI est sur la bonne voie pour concrétiser les projets de développement » et a insisté sur « l’importance du contact direct avec les citoyens pour évaluer et ajuster les politiques publiques ». Ces prises de parole, répétées dans chaque région, visent à réaffirmer le cap et à répondre, de manière plus offensive, aux critiques sur le manque de communication du gouvernement durant les premières années du mandat.
Car au-delà des annonces, les indicateurs sociaux et économiques continuent de poser question. Le taux de chômage reste supérieur à 13 %, et touche particulièrement les jeunes diplômés. Les tensions dans les secteurs de l’éducation, de la santé ou de la justice n’ont pas disparu, malgré les revalorisations salariales. Et sur le terrain, le sentiment de décalage entre les promesses nationales et les difficultés locales demeure vif. Pour certains observateurs, cette tournée est une manière de préempter le débat électoral en revalorisant le narratif gouvernemental. Pour d’autres, elle reflète une urgence : celle de rétablir une forme de confiance avant que les critiques ne s’installent durablement. La ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah Alaoui, également membre du RNI, a profité de cette séquence politique pour mettre en avant les réformes en cours. Elle a récemment annoncé la mise en place d’un « DataLab » de six millions de dirhams au sein de son ministère, destiné à mieux exploiter les données économiques, fiscales et sociales pour moderniser la gestion publique. Dans le même temps, sa reconnaissance en tant que « Ministre africaine de l’année 2025 » lors des African Banker Awards à Abidjan, a été interprétée comme une caution internationale donnée à la trajectoire budgétaire et à la réforme de l’investissement au Maroc. Ces éléments viennent appuyer la narration gouvernementale d’un exécutif tourné vers la performance et la stabilité macroéconomique, dans un contexte régional incertain.
L’opposition, elle, observe la manœuvre avec attention. Si elle dénonce une mise en scène partisane financée par des moyens publics, elle peine encore à structurer un contre-discours mobilisateur. Des figures du PJD et de la gauche ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une campagne pré-électorale déguisée, utilisant des moyens publics pour promouvoir un parti. Sans être unanimes, ces critiques révèlent une tension politique latente et une volonté d’ouvrir, à terme, un vrai débat de fond sur le bilan de la majorité. Quant aux médias, leur traitement reste contrasté : entre les relais bienveillants proches de la majorité, et les publications plus critiques qui pointent la dissonance entre communication politique et ressenti citoyen. Dans ce paysage, le rôle d’un journal indépendant est d’analyser sans caricaturer, de contextualiser sans masquer, et de poser les vraies questions : quels sont les résultats concrets ? Où sont les retards ? Et surtout, quelle vision se dessine pour l’après-2026 ?
En définitive, « Massar Al-Injazat » intervient dans un moment-clé de la législature, à un peu plus d’un an des prochaines élections. Cette tournée traduit une volonté de rendre compte, de renouer le contact avec les territoires et de réaffirmer des engagements pris en début de mandat. Sans surestimer son impact ni sous-estimer les attentes encore vives, elle mérite d’être observée avec attention, comme un jalon significatif dans le rapport entre gouvernants et citoyens à l’approche d’une nouvelle séquence démocratique.
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