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Tarik Senhaji prend les commandes de l’AMMC : Le tournant d’un marché des capitaux en quête de maturité

LA VÉRITÉ


Le Maroc vient d’ouvrir un nouveau chapitre dans la régulation de ses marchés financiers. La nomination de Tarik Senhaji à la présidence de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), approuvée en Conseil des ministres sous la présidence de S.M. le Roi Mohammed VI, marque une étape décisive pour un secteur en pleine mutation. Le profil du nouveau patron du gendarme du marché témoigne d’une volonté claire : conjuguer rigueur réglementaire et accélération du développement du financement par le marché.

Formé à l’École polytechnique et à l’ENSAE Paris, Tarik Senhaji s’est forgé une solide expérience internationale. Après un début de carrière à la Société financière internationale (SFI) à Washington, il a évolué pendant près de dix ans à Londres dans la finance d’investissement avant de revenir au Maroc pour diriger la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT), puis le fonds souverain Ithmar Capital, qu’il a transformé en acteur stratégique du financement des grands projets publics. À la tête de la Bourse de Casablanca à partir de 2020, il a accompagné une phase cruciale de modernisation, notamment l’ouverture du capital de la place financière et la préparation à de nouveaux instruments de marché. Cette trajectoire, à la croisée de la finance internationale et du développement institutionnel, lui confère la légitimité nécessaire pour piloter l’AMMC dans une période où la profondeur du marché et la confiance des investisseurs deviennent des enjeux nationaux.

Les défis qui l’attendent sont considérables. L’AMMC a déjà engagé un plan stratégique 2024-2028 ambitieux qui vise à faire des marchés de capitaux un levier réel du financement de l’économie. Le premier chantier est celui de la diversification des instruments financiers. Le régulateur prépare l’arrivée d’ETF cotés, de nouveaux fonds d’investissement à règles allégées, et de produits dérivés adaptés aux investisseurs institutionnels. L’objectif est de fluidifier le marché et de réduire sa concentration sur quelques grandes capitalisations. Parallèlement, un volet spécifique sera dédié aux PME, afin de renforcer leur accès au marché et de créer une chaîne de financement complémentaire aux banques, ce qui représente un enjeu majeur pour la croissance nationale.

Le second défi porte sur l’innovation technologique et la finance durable. L’AMMC travaille à la mise en place d’un cadre pour l’émergence des fintechs, la régulation des crypto-actifs et la modernisation du reporting ESG. La création d’une taxonomie verte nationale est en cours, dans la continuité de la politique environnementale du Royaume. Ces évolutions visent à positionner Casablanca comme une place régionale capable de rivaliser avec celles d’Afrique du Sud ou de Maurice en matière de finance durable. Senhaji, qui a déjà contribué à des projets d’investissement à impact lorsqu’il dirigeait Ithmar Capital, semble bien placé pour ancrer cette vision dans les pratiques du marché marocain.

L’éducation financière et la protection des investisseurs constituent également un pilier central de son mandat. L’AMMC prévoit la création d’un portail interactif et de programmes pédagogiques à destination du grand public et des professionnels. Ce travail de fond est indispensable pour consolider la confiance et encourager la participation des investisseurs individuels dans un pays où l’épargne reste majoritairement bancarisée. La crédibilité du marché dépend autant de la solidité de sa réglementation que de la compréhension qu’en ont les citoyens.

Mais la régulation devra aussi évoluer de l’intérieur. Le marché marocain est appelé à gérer des instruments de plus en plus complexes, nécessitant des outils de surveillance numérique, des systèmes de contrôle automatisés et une veille réglementaire intégrée. La supervision des risques, la lutte contre les abus de marché et l’harmonisation avec les standards internationaux sont des chantiers à renforcer. Le défi consiste à conjuguer innovation et sécurité, modernisation et prudence, ouverture et stabilité.

La nomination de Tarik Senhaji traduit ainsi la volonté de l’État d’insuffler un nouvel élan au régulateur des marchés de capitaux, dans la droite ligne des grandes réformes économiques conduites sous l’impulsion royale. Le Maroc ne peut aspirer à devenir une puissance financière régionale sans un marché de capitaux solide, transparent et crédible. Le nouveau président de l’AMMC hérite d’un cadre institutionnel renforcé, mais aussi d’une responsabilité considérable : transformer le marché marocain en véritable moteur du financement de l’économie nationale. Son succès dépendra de sa capacité à concilier exigence réglementaire, innovation et inclusion financière, pour faire de Casablanca une place où le capital sert réellement le développement.


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