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Syndicats divisés, objectif commun : sauver la santé publique

Par Yassine Andaloussi


Le malaise qui secoue aujourd’hui le secteur de la santé ne peut plus être lu comme une simple contestation corporatiste. Il s’agit désormais d’un signal politique fort, révélateur des limites structurelles de la réforme engagée et du fossé grandissant entre les décisions gouvernementales et la réalité du terrain.

L’annonce d’une grève nationale pour la fin du mois de janvier, couplée à une série de sit-in hebdomadaires, s’inscrit dans un climat de défiance profonde. Une défiance nourrie par le retard persistant dans l’application de l’accord du 23 juillet 2024, mais aussi par une impression diffuse de pilotage à vue du chantier de la santé publique.

Près d’un an et demi après la signature de l’accord entre le gouvernement et les partenaires sociaux, les textes d’application essentiels brillent toujours par leur absence. Mobilité professionnelle, rémunération variable, indemnités pour zones enclavées, statut des agents : autant de leviers annoncés mais restés lettre morte.

Cette inertie alimente un sentiment d’usure au sein du personnel de santé, déjà éprouvé par des années de surcharge, de manque de moyens et de réformes successives souvent mal expliquées. Le gouvernement, de son côté, semble privilégier une communication rassurante, parfois déconnectée de la réalité vécue dans les hôpitaux publics.

L’expérimentation du Groupement Sanitaire Territorial (GST), notamment dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, cristallise aujourd’hui les tensions. Présenté comme un tournant majeur vers une meilleure gouvernance, le dispositif peine à convaincre sur le terrain.

Les syndicats dénoncent une absence d’évaluation objective, un flou juridique persistant et une précipitation politique qui fait craindre une généralisation sans garde-fous. Derrière cette réforme se joue en réalité une question centrale : celle du rôle de l’État dans la santé publique et de la protection du personnel face à une logique de gestion de plus en plus technocratique.

Fait notable dans cette séquence sociale, malgré des divergences internes réelles, les syndicats avancent aujourd’hui dans une même direction. Deux courants coexistent au sein de la coordination. L’un, plus réformiste, prône le dialogue institutionnel et la négociation progressive. L’autre, plus revendicatif, plaide pour un rapport de force assumé face à ce qu’il considère comme une marginalisation des partenaires sociaux.

Mais au-delà de ces différences stratégiques, une finalité commune s’impose : sauvegarder le service public de santé et améliorer durablement ses performances. Cette convergence explique la mobilisation actuelle, malgré les désaccords de méthode.

La forte abstention enregistrée lors des dernières élections professionnelles illustre d’ailleurs cette crise de confiance. Elle ne traduit pas un désintérêt, mais plutôt une lassitude face à un système où les engagements tardent à se concrétiser.

Ce mouvement dépasse le cadre strictement syndical. Il interroge la capacité de l’État à mener une réforme structurelle dans un secteur aussi sensible que la santé. Car au-delà des revendications salariales ou statutaires, c’est bien la qualité du service rendu au citoyen qui est en jeu.

La situation de l’Agence du médicament, les incertitudes autour des statuts des nouvelles agences, et le manque de visibilité sur la gouvernance future du système renforcent ce climat d’instabilité. Dans un pays engagé dans une généralisation de la couverture sociale, ces zones d’ombre apparaissent comme autant de fragilités.

La grève annoncée pour le 29 janvier ne constitue donc pas un simple épisode de tension sociale. Elle s’apparente à un avertissement politique. Celui d’un secteur stratégique qui réclame non pas des promesses supplémentaires, mais une vision claire, concertée et cohérente.

À défaut, le risque est réel : voir s’installer une crise durable de confiance entre les professionnels de santé et les pouvoirs publics, au moment même où le pays ambitionne de refonder son modèle social.


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