Spécial rentrée : UM6P ET L’AFRIQUE DU SAVOIR

Par Sanae El Amrani
À l’heure où s’ouvre une nouvelle année académique, l’Université Mohammed VI Polytechnique incarne plus qu’un campus : un projet stratégique qui place le Maroc au cœur des grandes révolutions scientifiques et éducatives du continent. En moins d’une décennie, Benguérir est devenue un pôle de savoir reconnu à l’échelle mondiale, attirant des chercheurs, des étudiants et des investisseurs venus d’Afrique et d’ailleurs. Avec ses programmes pionniers, son modèle social unique et ses partenariats internationaux, l’UM6P trace la voie d’une Afrique capable de produire, de partager et de diffuser son propre savoir.
L’Université Mohammed VI Polytechnique, née officiellement en 2017 à Benguérir, s’impose aujourd’hui comme l’une des institutions phares du continent africain. En moins d’une décennie, elle a réussi à se hisser dans la cour des grands, au point d’intégrer en octobre 2024 le prestigieux classement Times Higher Education, parmi les 500 meilleures universités du monde. Ce basculement illustre une trajectoire ascendante qui ne relève pas du hasard mais d’une stratégie nationale inscrite dans la vision royale.
Lors de l’année académique 2024-2025, plus de 7 200 étudiants ont été accueillis par l’Université Mohammed VI Polytechnique, dont près de 1 000 doctorants. L’offre académique s’est articulée autour de 42 programmes couvrant les sciences de l’ingénieur, l’agriculture durable, les énergies renouvelables, la data science, la santé ou encore les humanités digitales. La nouvelle saison 2025-2026 s’annonce dans la continuité de cette dynamique, avec des effectifs en progression et une attractivité renforcée auprès d’étudiants venus de tout le continent.
L’UM6P abrite également des infrastructures qui la placent à l’avant-garde du progrès scientifique en Afrique. Son supercalculateur Toubkal, classé parmi le Top500 mondial des plus puissantes machines de calcul intensif, met à disposition des chercheurs africains une capacité de simulation qui n’existait pas auparavant sur le continent. Le Green Energy Park, vitrine des énergies renouvelables, explore l’hydrogène vert et le solaire. Des chercheurs développent aussi des semences adaptées aux conditions climatiques extrêmes, comme le Blue Panicum résistant au sel et à la sécheresse, déjà expérimenté dans les provinces du Sud du Royaume. Ces réalisations concrètes traduisent la vocation de l’université à répondre directement aux défis du continent.
Au-delà des infrastructures, c’est une communauté scientifique dynamique qui anime l’institution. Des chercheurs de renom, revenus de Harvard, du MIT ou de Lausanne, ont rejoint l’aventure, attirés par les moyens offerts et par l’ambition d’inscrire l’Afrique dans les cartes mondiales de la connaissance. L’université attire également une diaspora marocaine et africaine hautement qualifiée, qui trouve à Benguérir un terrain fertile pour innover et transmettre. Parmi eux, des figures comme Rachid El Fatimy, neurobiologiste spécialisé dans les maladies neurodégénératives et responsable du pôle Smart Health Care City, Abdelouahed El Fatimy, physicien, directeur de la School of Applied and Engineering Physics, ou encore Jones Alami, professeur en technologies des surfaces et nanotechnologies, titulaire de la chaire ENSUS et Chief Research & Global Scientific Engagement Officer de l’UM6P, témoignent de cette dynamique. Ces parcours incarnent le choix de bâtir au Maroc et en Afrique un avenir scientifique à la hauteur des grands pôles mondiaux.
L’UM6P ne se contente pas de former des diplômés. Elle produit un impact. Ses projets irriguent l’économie, accompagnent l’industrie et proposent des solutions aux grands enjeux africains. En ce sens, elle ne se limite pas à une mission académique mais s’affirme comme un acteur de transformation. Ses campus et ses laboratoires incarnent ce mouvement qui redessine les contours du savoir en Afrique, en offrant au continent la possibilité non seulement de s’ancrer dans la compétition mondiale, mais aussi de tracer ses propres voies de développement.
Benguérir, capitale africaine du savoir émergent
Au sud de Marrakech, la ville de Benguérir a longtemps vécu au rythme de l’industrie minière. Aujourd’hui, elle est identifiée comme le cœur d’une transformation silencieuse qui redéfinit l’image de la recherche en Afrique. C’est là que l’Université Mohammed VI Polytechnique a pris racine, au sein de la Green City, sous l’impulsion de son président Hicham El Habti, qui conduit avec méthode une stratégie de développement tournée à la fois vers l’excellence académique et l’ouverture internationale. En moins de dix ans, cette institution s’est affirmée comme un levier de rayonnement scientifique et technologique pour le Maroc et pour le continent.

Le développement de l’UM6P ne se limite pas à Benguérir. L’expansion vers Rabat, soutenue par une garantie de la Banque mondiale à travers la MIGA, traduit une ambition claire : doter le Maroc d’un réseau d’infrastructures académiques capable de rivaliser avec les pôles mondiaux. Cet ancrage territorial se combine avec une stratégie internationale qui relie désormais Benguérir à Paris, Montréal ou encore Boston à travers des partenariats académiques et scientifiques.
Sur place, l’université déploie des pôles inédits qui participent à son attractivité. L’école 1337, ouverte 24h/24 et accessible sans diplôme préalable, a déjà formé des milliers de jeunes programmeurs marocains et africains. À ses côtés, YouCode propose une approche pédagogique agile, orientée vers l’insertion professionnelle rapide. Ces écoles traduisent la volonté de faire du numérique un levier central de souveraineté et d’inclusion.
L’ouverture à l’Afrique est également incarnée par la diversité des étudiants. Près de 40 nationalités sont représentées sur le campus, un chiffre qui illustre l’attrait croissant de l’UM6P au-delà des frontières marocaines. La Fondation Ibn Rochd a par ailleurs permis d’accorder plusieurs milliers de bourses, offrant à des étudiants issus de milieux modestes l’opportunité d’accéder à une formation de haut niveau. Loin d’un modèle élitiste, l’université cherche à conjuguer excellence académique et équité sociale.
Benguérir est ainsi devenue un symbole : une ville nouvelle qui, en moins de dix ans, a basculé du statut de cité minière à celui de capitale africaine du savoir émergent. Dans ses amphithéâtres comme dans ses laboratoires, l’UM6P projette une idée simple et ambitieuse : montrer que l’Afrique peut produire du savoir, attirer ses talents et inventer ses propres solutions pour demain.
Recherche appliquée et innovation de terrain : Agriculture et sécurité alimentaire
À Benguérir, les serres et les stations expérimentales de l’UM6P racontent une histoire qui dépasse les murs de l’université. Les chercheurs y travaillent sur des solutions capables de transformer les pratiques agricoles dans les zones arides et salines du Maroc et du continent. Le Blue Panicum, plante fourragère originaire du Texas et adaptée aux sols dégradés, illustre cette orientation. Cultivé sur dix plateformes installées dans les provinces du Sud, de Bir Anzarane à Laâyoune, il affiche des rendements remarquables, jusqu’à 150 tonnes à l’hectare, avec un cycle de coupe toutes les six semaines. Comparée à la luzerne, cette variété présente un avantage décisif pour l’élevage dans des régions où la salinité ronge déjà des centaines de milliers d’hectares. Les démonstrations publiques, comme celles organisées lors du SIAM 2024, ont permis aux coopératives et aux éleveurs de constater directement l’impact de cette innovation. Loin de rester confinée à la recherche académique, la démarche de l’UM6P repose sur un transfert rapide vers le terrain, en lien avec l’OCP et la Fondation Phosboucraâ, afin de sécuriser l’alimentation animale et, plus largement, la sécurité alimentaire du continent.

Énergie et hydrogène vert
Dans un tout autre domaine, l’UM6P se positionne au cœur de la transition énergétique. Le Green Energy Park, co-développé avec l’IRESEN, est devenu une vitrine africaine des énergies renouvelables. Installé à Benguérir, ce centre expérimental mène des recherches avancées sur le solaire et l’éolien, mais surtout sur l’hydrogène vert, dont le Maroc ambitionne de devenir un producteur majeur. Un micro-pilote de production et de stockage a déjà été installé, permettant de tester les premières briques technologiques locales. Ces travaux s’accompagnent de collaborations internationales, notamment avec l’Allemagne et la Chine, mais aussi de compétitions comme le Solar Decathlon Africa Design Challenge, qui a réuni en 2024 des équipes d’étudiants et de chercheurs autour de prototypes de bâtiments à énergie positive. Le GEP s’intéresse également aux batteries de nouvelle génération, indispensables pour développer une industrie du stockage adaptée aux réseaux électriques africains. Ici encore, l’université agit comme un accélérateur : elle forme les chercheurs, attire les partenaires industriels et transforme le campus en véritable laboratoire de la transition énergétique.
Numérique et calcul intensif
La révolution numérique qui s’opère à Benguérir prend forme dans le hall climatisé d’un data center dernier cri, inauguré en 2021. C’est là que fonctionne Toubkal, le supercalculateur classé parmi les 500 plus puissants du monde. Avec ses 71 000 cœurs et une capacité de calcul dépassant 3 pétaflops, cette machine confère à l’UM6P un atout sans équivalent en Afrique. Elle permet de modéliser l’évolution du climat, de prédire les stress hydriques, de simuler des comportements de matériaux ou encore d’entraîner des algorithmes d’intelligence artificielle appliqués à la santé et à l’agriculture. Mais Toubkal ne sert pas seulement les chercheurs de l’université. Il est mis à la disposition de laboratoires partenaires au Maroc et dans d’autres pays africains, faisant de Benguérir un hub numérique pour toute la région. Ce choix d’investir dans le calcul intensif traduit une volonté politique et scientifique : donner au continent les moyens de maîtriser ses propres données et de bâtir sa souveraineté numérique.
Santé et bio-innovation
La santé est le dernier champ à avoir été intégré au dispositif, mais il avance rapidement. À travers le pôle Smart Health Care City, l’UM6P ambitionne de structurer une recherche biomédicale capable de répondre aux défis sanitaires africains. Sous la direction de chercheurs comme Rachid El Fatimy, ancien de Harvard, des équipes travaillent sur les maladies neurodégénératives et sur le rôle des ARN non codants dans le développement de pathologies comme Alzheimer. Ces travaux ne se contentent pas d’apporter de nouvelles publications dans les revues internationales. Ils visent aussi à poser les bases d’un écosystème biomédical au Maroc, capable de former des chercheurs, de développer des biotechnologies et de collaborer avec le secteur médical. C’est une manière pour l’université d’étendre son modèle : relier la recherche fondamentale aux besoins concrets, en plaçant l’Afrique au cœur de l’innovation médicale de demain.
Entrepreneuriat scientifique et UM6P Ventures
À Benguérir, l’innovation ne s’arrête pas au seuil des laboratoires. Elle traverse le campus, franchit les murs de StartGate et se prolonge sur les marchés marocain, africain et européen. Cette dynamique est pilotée par UM6P Ventures, bras d’investissement de l’université, sous la houlette de Yassine Laghzioui, CEO d’UM6P Ventures et Directeur de l’Entrepreneuriat et du Venturing à l’UM6P. Son mandat est explicite : convertir des résultats de recherche en entreprises capables de livrer des produits, des services et des emplois, tout en construisant des passerelles internationales. L’écosystème a pris de l’ampleur : l’université communique un cap symbolique de plus de 500 startups accompagnées sur les trois dernières années à travers ses programmes de pré-incubation, d’incubation, d’accélération et de venture building, preuve que la chaîne « laboratoire → marché » n’est pas un slogan mais une pratique organisée.

Cette stratégie s’incarne dans des dispositifs concrets, pensés comme des tremplins. The Forge, résidence entrepreneuriale lancée fin 2024, installe les fondateurs au cœur de StartGate et leur offre un parcours complet, mentorat, accès aux infrastructures, accompagnement produit, réseaux d’investisseurs, sur neuf à douze mois. Le programme a été dévoilé officiellement à Casablanca, avec une mise en route prévue dès le premier semestre 2025, et se présente comme une filière d’excellence pour faire émerger une génération d’entrepreneurs scientifiques à partir des plateformes de l’UM6P. En parallèle, l’université a planté son drapeau à Paris en inaugurant sa présence à Station F et en lançant NextAfrica, un accélérateur transcontinental qui organise la circulation des startups entre l’Europe et le Maroc : immersion dans l’écosystème parisien, puis prototypage, tests et montée en charge à Benguérir. Cette articulation Europe–Afrique, pensée dès février–mars 2025, change l’échelle de l’accompagnement : elle place des jeunes pousses issues de la recherche appliquée face à des partenaires industriels, des fonds et des marchés plus vastes, sans les couper de leurs terrains d’expérimentation marocains et africains.
Le portefeuille d’UM6P Ventures illustre bien l’orientation « science utile ». Dans l’agritech, le fonds a investi dans Climate Crop, une société qui utilise l’édition génétique pour améliorer la performance des cultures dans des environnements contraints, et dans Akorn Technology, spécialiste américain des revêtements comestibles prolongeant la durée de vie des fruits et légumes. Au-delà des tickets, ces entreprises s’adossent à l’écosystème scientifique de l’université pour tester, itérer et accélérer l’industrialisation de leurs solutions, avec un accès aux laboratoires et aux plateformes techniques. Le choix de ces deux cibles n’est pas anodin : il répond à une double priorité qui traverse le dossier UM6P depuis le début, sécurité alimentaire et réduction des pertes post-récolte, en cohérence avec la vocation panafricaine de l’université et l’ancrage OCP dans la chaîne agro-alimentaire.
La deeptech énergétique confirme la même logique de transfert. À l’été 2025, Nascent Materials boucle un tour d’amorçage de 2,3 millions de dollars aux côtés de SOSV et du New Jersey Innovation Evergreen Fund, avec la participation d’UM6P Ventures, pour développer un procédé pCAM-free de fabrication de matériaux de cathode, enjeu clé pour la souveraineté des chaînes de valeur batteries. Ce positionnement en amont des filières industrielles est caractéristique de l’approche de Benguérir : il ne s’agit pas seulement d’accélérer des applications visibles, mais d’entrer dans les briques technologiques qui conditionnent la compétitivité à long terme, en s’appuyant sur les compétences matériaux et procédés déjà présentes sur le campus.
À mesure que l’offre s’étoffe, les partenariats financiers et industriels prennent de l’importance. En avril 2025, UM6P Ventures et Attijariwafa Ventures annoncent un accord-cadre stratégique pour co-investir et structurer des parcours de croissance à l’échelle du continent. L’idée est claire : mettre en regard l’ingénierie de la recherche et des plateformes de test côté UM6P avec la force de frappe financière et le réseau panafricain côté groupe bancaire, afin d’accélérer l’accès aux marchés. Cette coopération s’inscrit dans un faisceau plus large de synergies tissées par l’université avec le groupe Attijariwafa et traduit le passage d’un accompagnement académique à une orchestration de filières, où capital, expertise et terrains d’expérimentation avancent de concert.
L’ampleur du portefeuille explique enfin la diversité sectorielle qui se dessine. Aux côtés des agritechs et des batteries, on voit émerger des projets en santé numérique, en IA appliquée et en technologies industrielles, avec des jeunes pousses référencées par UM6P Ventures dans son espace Deeptech. Cet empilement de cas n’a pas pour but de faire catalogue mais de montrer ce que signifie, concrètement, l’« université entrepreneuriale » à l’africaine : une capacité de sélection, un accès aux moyens techniques, une exposition internationale à travers des portes comme Station F, et surtout un accompagnement patient, capable de soutenir les startups dans les phases les plus fragiles de leur développement, quand elles doivent transformer des prototypes en solutions viables et trouver leur place sur le marché. C’est à cette condition que la science, produite à Benguérir, se transforme en actifs économiques, et que la promesse d’« Afrique du savoir » prend corps dans des bilans d’entreprises autant que dans des publications scientifiques.
Hicham El Habti, aux commandes de la machine du savoir
Au fil des dernières années, un nom s’est imposé au cœur de la transformation de l’Université Mohammed VI Polytechnique : Hicham El Habti. Nommé président de l’institution en janvier 2020, il en a rapidement façonné les contours, plaçant Benguérir sur la carte des grandes universités africaines et confirmant que l’UM6P n’est pas seulement un campus d’enseignement supérieur, mais un projet stratégique national et continental. Son profil est à l’image de l’ambition portée par l’université : rigoureux, ouvert sur le monde et intimement lié aux enjeux de souveraineté scientifique et économique du Maroc.

Diplômé de l’École nationale des ponts et chaussées et de l’Université Paris-Dauphine, Hicham El Habti a construit un parcours marqué par la finance, l’ingénierie et la gouvernance. Avant de prendre les rênes de l’UM6P, il occupait des fonctions clés à l’OCP, notamment comme Secrétaire général du groupe, où il a contribué à piloter la modernisation institutionnelle et à mettre en place des outils de pilotage stratégique. Cette expérience lui a donné une vision transversale des enjeux industriels et académiques, et l’a préparé à transformer une université naissante en locomotive continentale.
Sous sa présidence, l’UM6P a connu une croissance spectaculaire. Le nombre d’étudiants est passé de quelques centaines à plus de 7 200 inscrits en 2024-2025, avec des prévisions d’augmentation continue à l’occasion de la rentrée 2025-2026. L’offre académique a été élargie à 42 programmes de master et de doctorat, dont une dizaine orientés spécifiquement vers l’Afrique subsaharienne. L’université attire désormais près de 1 000 doctorants, venus du Maroc mais aussi d’Afrique de l’Ouest, de l’Europe et d’Asie, preuve que Benguérir est devenu un point de convergence pour la recherche scientifique internationale.
Mais c’est surtout l’architecture globale du projet qui porte la marque de Hicham El Habti. Il a consolidé les piliers qui distinguent l’UM6P : une université où les laboratoires sont intégrés aux besoins du terrain, où l’innovation est pensée comme un levier de souveraineté, et où l’Afrique est placée au centre de l’équation. Son insistance sur la recherche appliquée et l’entrepreneuriat scientifique a permis l’essor d’UM6P Ventures, du StartGate et de grands partenariats internationaux. Il a également piloté l’émergence de structures pionnières comme le Green Energy Park dans les énergies renouvelables, le Smart Health Care City dans la biomédecine ou l’African Supercomputing Center avec le supercalculateur Toubkal, qui donnent à l’université une visibilité mondiale.
Hicham El Habti est aussi l’homme des alliances. Sous son mandat, l’UM6P a renforcé ses partenariats avec des institutions prestigieuses comme le MIT, Harvard, HEC Paris ou encore des universités africaines de premier plan. Il a supervisé la signature de nombreux accords de coopération scientifique et académique, mais aussi la création de réseaux régionaux qui positionnent l’UM6P comme une locomotive pour la coopération Sud-Sud. Dans ce rôle, il est souvent décrit comme un bâtisseur de ponts, entre l’université et l’industrie, entre le Maroc et l’Afrique, entre l’Afrique et le reste du monde.
Sa vision ne se limite pas à la croissance académique. Elle intègre les grands défis du futur : sécurité alimentaire, transition énergétique, souveraineté numérique et santé. Chacun de ces axes est aujourd’hui adossé à un institut, une plateforme ou un partenariat, confirmant que l’université est structurée comme une « mini-économie de la connaissance » à l’échelle d’un campus. Hicham El Habti a su transformer ce qui aurait pu rester une université d’entreprise en un écosystème scientifique national et continental.
Ce rôle d’architecte est aujourd’hui reconnu au-delà du Maroc. Les interventions publiques de Hicham El Habti, notamment dans les forums internationaux consacrés à l’innovation, à l’éducation et au climat, en font une voix écoutée sur l’avenir des universités africaines. Sous sa présidence, l’UM6P ne se contente plus d’exister : elle inspire et trace des lignes de force pour l’avenir de l’enseignement supérieur en Afrique.
Une université d’élite sans être élitiste
Au Maroc comme en Afrique, rares sont les universités qui peuvent revendiquer un modèle aussi singulier que celui de l’Université Mohammed VI Polytechnique. Née d’un projet porté par la Fondation OCP, elle conjugue dès ses origines une ambition académique mondiale et une mission sociale profondément ancrée. Sa réussite ne se mesure pas seulement aux classements internationaux ou à la qualité de ses infrastructures, mais aussi à la manière dont elle a redéfini la notion même d’accessibilité dans un contexte où les grandes écoles restent souvent synonymes d’élitisme.

Le président Hicham El Habti rappelle un chiffre qui illustre cette orientation : près de 90 % des étudiants sont aujourd’hui boursiers. Derrière ce pourcentage se cache une réalité sociale décisive. Qu’il s’agisse de bourses d’excellence pour les profils académiques les plus brillants ou d’aides sociales pour les étudiants issus de milieux modestes, l’effort financier consenti par l’université et ses partenaires est massif. Sur les quelque 7 200 étudiants accueillis en 2024-2025, une grande majorité ne paie qu’une fraction des frais, et beaucoup n’ont rien à débourser. Les écoles de coding comme 1337 ou YouCode, intégrées à l’écosystème UM6P, sont quant à elles totalement gratuites et prennent aussi en charge logement et restauration, offrant à des milliers de jeunes Marocains et Africains un accès inédit au numérique.
Ce choix budgétaire prend tout son sens quand on observe le coût affiché des formations. Selon les filières, les frais annuels varient de 45 000 à 65 000 dirhams pour les licences, 75 000 pour les masters et cycles d’ingénieurs, 80 000 pour l’architecture et jusqu’à 130 000 pour la médecine et la pharmacie. Ces tarifs, comparables à ceux des meilleures universités privées internationales, pourraient laisser croire à un modèle réservé à une élite économique. En réalité, ils ne concernent qu’une minorité : le système de bourses, géré en partie par la Fondation Ibn Rochd et financé avec l’appui de la Fondation OCP, garantit que le facteur financier n’est jamais un obstacle. L’université revendique ainsi une double ambition : former une élite scientifique panafricaine tout en restant ouverte à toutes les catégories sociales.
L’inclusion se traduit également dans la stratégie territoriale. Après avoir consolidé son campus principal de Benguérir, l’UM6P prépare le développement d’antennes dans plusieurs régions du Royaume : Rabat, Laâyoune, Khouribga, Youssoufia et Safi figurent parmi les sites identifiés. L’objectif affiché par Hicham El Habti est d’étendre progressivement la présence académique à l’ensemble des douze régions marocaines, avant d’élargir ce maillage au reste du continent. À terme, l’université ambitionne de couvrir jusqu’à 54 pays africains, transformant ainsi un projet local en véritable réseau panafricain du savoir.
Ce modèle hybride, financé par un champion industriel mais pensé comme une fondation, est renforcé par des partenariats internationaux qui assurent sa pérennité. Le développement du campus de Rabat a par exemple bénéficié d’une garantie de la MIGA, branche du Groupe Banque mondiale, signe que l’UM6P sait mobiliser des instruments financiers globaux pour sécuriser ses projets. D’autres initiatives, comme le fonds Bidra Innovation Ventures de 50 millions de dollars dédié à l’agri-tech ou la coopération avec le J-PAL pour l’évaluation des politiques agricoles en Afrique, montrent que chaque domaine de recherche s’accompagne d’un mécanisme de financement ciblé.
En moins d’une décennie, l’UM6P a ainsi prouvé qu’une université pouvait être à la fois un pôle scientifique de rang mondial et un instrument de justice sociale. À travers sa politique de bourses massives, son maillage territorial en construction et son ouverture continentale, elle dessine un modèle inédit : une université où l’excellence ne se réduit pas à une question de moyens, mais se déploie comme un bien public au service du Maroc et de l’Afrique.
UM6P, la diplomatie scientifique en action : Une plateforme continentale avec l’UNESCO
En juillet 2025, l’UM6P a franchi un seuil décisif en lançant, aux côtés de l’UNESCO et de la Fondation OCP, une initiative panafricaine dotée de six millions de dollars. Il ne s’agit pas d’une simple déclaration d’intentions, mais d’un programme structuré autour de cinq volets : le déploiement du Consensus africain sur l’intelligence artificielle, la mobilité académique avec Campus Africa, la refonte des contenus pédagogiques intégrant l’Histoire générale de l’Afrique, la protection du patrimoine et la restauration des écosystèmes. Benguérir devient ainsi le centre de gravité d’une diplomatie du savoir qui dépasse largement le cadre national et place l’université au cœur de la gouvernance académique africaine.

Quelques semaines plus tard, en juillet 2025 également, c’est à Rabat que l’UM6P a accueilli la 16ᵉ Conférence générale de l’Association des universités africaines, rassemblant des centaines de dirigeants académiques. À l’issue des travaux, le président Hicham El Habti a été élu au conseil d’administration de l’AAU, une première pour une université aussi jeune. Cette reconnaissance inscrit l’UM6P dans la gouvernance continentale et confirme que sa trajectoire ne se limite pas à des coopérations ponctuelles : elle s’ancre dans la durée, avec la volonté d’orienter les priorités de l’enseignement supérieur africain et de créer un réseau académique capable de rivaliser avec les grands ensembles internationaux.
Des alliances qui produisent des résultats
En février 2025, l’UM6P s’est installée à Station F à Paris pour lancer NextAfrica, un accélérateur transcontinental. L’initiative permet aux jeunes pousses issues de la recherche en agritech, greentech et healthtech de s’immerger dans l’écosystème parisien, avant de revenir à Benguérir pour prototyper et déployer leurs solutions. Cette articulation Europe–Afrique illustre la capacité de l’université à organiser des circulations bilatérales de savoirs, de capitaux et de compétences.
En juillet 2025, l’UM6P a également lancé avec RES4Africa et Enel Foundation une formation de haut niveau pour cadres et experts du secteur énergétique, dans le cadre du Mattei Plan for Africa. Ces sessions abordent les réglementations, les financements et les stratégies de coopération régionale nécessaires pour déployer massivement les énergies renouvelables. En accompagnant non seulement les étudiants mais aussi les décideurs déjà en poste, l’université se positionne comme un acteur incontournable de la souveraineté énergétique africaine.
Sur le terrain marocain, l’alliance avec Tanger Med est venue donner une illustration concrète de cette diplomatie scientifique. Le programme AI Tanger Med, lancé en juillet 2025, mobilise les étudiants du campus 1337 MED pour développer des solutions d’intelligence artificielle destinées aux opérations portuaires et industrielles. Dans ce cas précis, la coopération se mesure en productivité, en sécurité et en maintenance prédictive.
En avril 2025, Benguérir a accueilli une délégation de fonds de capital-risque européens et américains, venus découvrir les plateformes deeptech de l’université. En mai 2025, c’est la cohorte OPM 60 de la Harvard Business School qui a choisi de s’immerger dans l’écosystème d’innovation de l’UM6P, entre StartGate et l’école de coding 1337. Ces visites traduisent une reconnaissance internationale du modèle, où recherche appliquée, entrepreneuriat et impact territorial s’entremêlent. À travers ces échanges, l’université attire capitaux, dirigeants et communautés globales, tout en consolidant sa capacité à projeter le Maroc et l’Afrique dans les débats mondiaux sur l’avenir du savoir.

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