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SPÉCIAL 8 MARS : LES FEMMES AU CŒUR DES DÉCISIONS

Réformes juridiques, gouvernance économique, institutions publiques : les femmes sont présentes dans plusieurs espaces où se prennent les décisions et où se dessinent les grandes orientations du pays.

Par Sanae El Amrani


Les transformations qui touchent aujourd’hui la place des femmes au Maroc apparaissent à plusieurs niveaux de la société. Elles se lisent dans les réformes juridiques qui organisent la vie familiale, dans les institutions où se prennent les décisions économiques et politiques, mais aussi dans l’économie réelle où des milliers de femmes participent chaque jour à la production, aux services et aux activités agricoles.

Au cours des dernières décennies, l’accès des femmes à l’éducation a profondément modifié la structure sociale du pays. Elles représentent aujourd’hui près de 56 % des étudiants dans l’enseignement supérieur, selon les données du ministère de l’Enseignement supérieur. Cette progression du capital humain féminin transforme progressivement la composition des administrations, des entreprises et de nombreuses professions qualifiées.

La participation économique reste cependant plus limitée. Selon les données du Haut-Commissariat au Plan, le taux d’activité féminin se situe autour de 19 %, un niveau qui reste très inférieur à celui des hommes. Ce décalage entre niveau de formation et participation au marché du travail constitue l’un des enjeux majeurs des politiques économiques et sociales.

Dans le même temps, des femmes occupent des fonctions où se structurent les grandes orientations du pays : finances publiques, transition énergétique, transformation numérique, régulation des marchés, diplomatie ou gouvernance institutionnelle. Leur présence reflète une évolution progressive de la représentation féminine dans les centres de décision.

Au-delà des postes de responsabilité, une part importante de l’activité économique repose également sur le travail féminin. Dans l’industrie exportatrice, dans l’agriculture, dans les coopératives, dans les services de proximité et dans de nombreuses activités indépendantes, des milliers de femmes contribuent chaque jour à la production et à la stabilité économique des ménages.

Les réformes juridiques, l’action institutionnelle, la gouvernance économique, les dynamiques entrepreneuriales et l’engagement de nombreuses femmes dans les territoires composent ainsi une cartographie plus large de leur rôle dans la transformation économique et sociale du pays.

 

La Moudawana : Ce qui a déjà changé, ce qui pourrait évoluer

Adopté en 2004, le Code de la famille (Moudawana) constitue l’un des textes juridiques les plus structurants de la vie sociale marocaine. Cette réforme avait marqué une étape importante dans l’évolution de la législation familiale du pays. 20 ans plus tard, une nouvelle révision est engagée afin d’adapter ce cadre juridique aux transformations sociales, économiques et démographiques que connaît la société marocaine.

Cette réflexion s’inscrit dans une dynamique institutionnelle engagée sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Dans son discours du Trône de 2022, le Souverain avait appelé à réexaminer certaines dispositions du Code de la famille afin de corriger les dysfonctionnements révélés par l’expérience et d’adapter la législation aux évolutions de la société marocaine.

La réforme du Code de la famille s’impose progressivement comme l’un des chantiers sociaux les plus sensibles du Maroc contemporain. Deux dynamiques avancent désormais en parallèle. Certaines décisions administratives ont déjà modifié des situations concrètes dans la vie quotidienne des familles. Dans le même temps, une révision plus large du cadre juridique est en préparation afin d’adapter la législation aux transformations sociales, économiques et démographiques que connaît le pays.

Les premières évolutions ont pris la forme d’ajustements administratifs destinés à réduire les blocages rencontrés par de nombreuses mères dans des démarches liées à leurs enfants. Ces ajustements concernent notamment certaines procédures liées aux documents d’identité, aux démarches scolaires ou à des formalités administratives et consulaires impliquant des mineurs. Certaines procédures concernant les documents administratifs des enfants ont été assouplies afin de permettre aux mères d’accomplir plus facilement des formalités auparavant sources de litiges ou de retards. L’objectif poursuivi par les autorités consiste à réduire les situations de blocage administratif qui pouvaient apparaître lors de séparations ou de conflits familiaux. Dans la pratique, ces décisions ont un impact direct sur la mobilité des enfants, les démarches scolaires, les procédures consulaires et plusieurs actes administratifs essentiels.

Au-delà de ces mesures concrètes, le chantier principal concerne la révision du cadre législatif lui-même. Le Maroc a engagé une réflexion approfondie sur l’évolution du Code de la famille afin de répondre aux réalités actuelles de la société. Les discussions portent notamment sur l’encadrement du mariage des mineurs, les règles de garde des enfants, la coresponsabilité parentale, les conditions de la polygamie ainsi que l’efficacité des procédures judiciaires liées aux conflits familiaux.

Ces débats s’inscrivent dans un contexte social marqué par plusieurs transformations profondes. L’accès des femmes à l’éducation s’est considérablement renforcé au cours des dernières décennies et leur présence dans l’enseignement supérieur s’est largement développée. Parallèlement, les mutations économiques ont modifié les structures familiales et les trajectoires professionnelles. Pourtant, la participation des femmes au marché du travail demeure limitée et reste inférieure à celle des hommes.

Cette réalité explique pourquoi les questions liées au divorce, à la pension alimentaire ou à la gestion du patrimoine familial suscitent aujourd’hui des discussions particulièrement sensibles. La séparation d’un couple peut rapidement faire basculer une famille dans une situation de fragilité économique, surtout lorsque la mère assume la charge quotidienne des enfants sans disposer de revenus stables.

Dans ce contexte, la question de la contribution de chacun au sein du couple prend une dimension centrale. Au-delà du travail rémunéré, la gestion du foyer, l’éducation des enfants et l’organisation de la vie familiale représentent un effort réel qui participe à l’équilibre du ménage. La manière dont cet effort est reconnu dans les mécanismes juridiques constitue aujourd’hui l’un des points les plus débattus de la réforme.

Certaines approches insistent sur la nécessité de renforcer les mécanismes de protection économique après divorce afin d’éviter que les femmes se retrouvent dans une situation de précarité durable. D’autres mettent en avant la nécessité de préserver l’équilibre du mariage en évitant de transformer la relation conjugale en relation strictement patrimoniale. Entre ces deux préoccupations se dessine une même exigence : clarifier les règles afin de réduire les litiges, protéger les enfants et offrir une plus grande sécurité juridique aux familles.

Le Code de la famille organise concrètement la vie quotidienne des ménages, les responsabilités parentales et les équilibres économiques au sein du foyer. La révision engagée devra trouver un point d’équilibre entre la protection des personnes les plus vulnérables, la stabilité familiale et les transformations profondes que connaît aujourd’hui la société marocaine.

 

L’engagement royal au service des femmes et des générations futures

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le Maroc met en lumière une dynamique où engagement institutionnel et action de terrain se rejoignent. Au sein de la Famille Royale, l’action des princesses contribue depuis des années à soutenir des initiatives touchant directement l’éducation, la protection sociale, l’environnement et l’accompagnement des jeunes générations. Cet engagement accompagne les évolutions que connaît la société marocaine en matière d’éducation des filles, de protection sociale et de participation des femmes à la vie publique.

Dans ce contexte, les initiatives portées par les princesses participent à structurer des actions institutionnelles et associatives autour de priorités majeures : la protection de l’enfance, l’accompagnement des femmes, l’éducation environnementale et la préparation des générations futures.

Son Altesse Royale la Princesse Lalla Khadija

Une génération de jeunes Marocaines tournée vers l’avenir

Née le 28 février 2007, Son Altesse Royale la Princesse Lalla Khadija représente symboliquement une nouvelle génération de Marocaines qui grandissent dans un pays engagé dans des transformations sociales, éducatives et économiques importantes.

Lors de ses apparitions officielles aux côtés de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et de Son Altesse Royale le Prince Héritier Moulay El Hassan, elle incarne une jeunesse formée dans un Maroc attaché à l’éducation, à l’ouverture internationale et à l’égalité des opportunités.

Cette dimension générationnelle prend une signification particulière dans un Maroc où l’éducation des jeunes filles progresse, où leur présence dans les universités s’affirme et où leur participation à de nombreux secteurs économiques et scientifiques continue de se développer. Ces évolutions traduisent les transformations profondes que connaît la société marocaine et annoncent la place croissante que les femmes occupent dans la vie économique, scientifique et institutionnelle du pays.

Son Altesse Royale la Princesse Lalla Meryem

La protection de l’enfance et l’accompagnement social au cœur de l’action

Depuis plusieurs décennies, Son Altesse Royale la Princesse Lalla Meryem mène un engagement constant en faveur des droits de l’enfant et du soutien aux femmes en situation de vulnérabilité.

Présidente de l’Observatoire National des Droits de l’Enfant (ONDE), elle supervise des programmes visant à renforcer les mécanismes de protection, de prévention et d’accompagnement des enfants au Maroc. L’institution joue un rôle important dans la sensibilisation aux droits de l’enfant, la prévention de la violence et le suivi des politiques publiques liées à la protection sociale.

À travers l’Union Nationale des Femmes du Maroc (UNFM), Son Altesse Royale soutient également des initiatives destinées à accompagner les femmes dans les domaines de la formation, de l’insertion sociale et de l’accès à l’autonomie économique. Les centres d’écoute et d’orientation mis en place par l’organisation offrent un soutien juridique, psychologique et social aux femmes confrontées à des situations difficiles.

Son action comprend également une dimension internationale. Des rencontres et initiatives menées avec plusieurs institutions africaines et partenaires internationaux contribuent à renforcer la coopération autour des questions liées à la protection de l’enfance et à l’accompagnement des familles.

Son Altesse Royale la Princesse Lalla Hasnaa

L’environnement et l’éducation écologique comme priorité

Présidente de la Fondation Mohammed VI pour la Protection de l’Environnement, Son Altesse Royale la Princesse Lalla Hasnaa conduit depuis plusieurs années des programmes consacrés à la sensibilisation et à l’action environnementale.

La Fondation déploie plusieurs initiatives éducatives dans les écoles et les universités afin de sensibiliser les jeunes générations aux enjeux du développement durable, à la préservation des ressources naturelles et à la protection des écosystèmes.

En 2025, plusieurs initiatives ont illustré cette dynamique. À l’Université Mohammed VI Polytechnique de Benguerir, un atelier national consacré à l’initiative « B7ar Bla Plastic » a réuni chercheurs, étudiants et acteurs institutionnels autour de la lutte contre la pollution marine. Ce programme s’inscrit dans une stratégie visant à mobiliser les citoyens pour la protection du littoral marocain.

L’action de Son Altesse Royale comprend également une participation active à plusieurs rencontres et conférences internationales consacrées à l’environnement et à la protection des océans. Ces initiatives renforcent la présence du Maroc dans les débats internationaux liés au climat et à la biodiversité.

Ces programmes contribuent également à sensibiliser les jeunes filles et les étudiantes aux enjeux écologiques et aux métiers scientifiques liés à l’environnement.

Son Altesse Royale la Princesse Lalla Asmae

L’engagement en faveur des enfants sourds et malentendants

Depuis plusieurs décennies, Son Altesse Royale la Princesse Lalla Asmae mène un engagement constant en faveur des enfants sourds et malentendants. À travers la Fondation Lalla Asmae, créée en 1965, elle soutient des programmes destinés à améliorer la prise en charge éducative et médicale de ces enfants et à favoriser leur intégration dans la société.

La Fondation développe des centres spécialisés qui offrent un accompagnement pédagogique, médical et social adapté aux besoins des enfants atteints de déficiences auditives. Elle organise également des actions de dépistage précoce et des programmes de formation destinés aux enseignants et aux professionnels de santé.

Ces initiatives s’accompagnent d’une coopération avec plusieurs institutions internationales et organisations spécialisées dans le domaine de l’éducation des enfants malentendants. L’objectif consiste à améliorer les méthodes pédagogiques, à favoriser l’accès aux technologies auditives modernes et à soutenir l’inclusion scolaire.

Au fil des années, cet engagement a permis de sensibiliser l’opinion publique à la question du handicap auditif et de renforcer les dispositifs d’accompagnement destinés aux enfants concernés et à leurs familles.

 

Les femmes au commandement

Le pouvoir se lit dans les arbitrages, dans la capacité à structurer une stratégie, à tenir une trajectoire et à inscrire une décision dans la durée. Il s’exprime dans les bilans financiers, dans les grands chantiers énergétiques, dans la régulation des marchés, dans la diplomatie économique et dans l’architecture institutionnelle. Aujourd’hui, des femmes occupent ces postes clés avec une autorité construite, une légitimité consolidée et une vision assumée.

Miriem Bensalah-Chaqroun

Vice-présidente directrice générale des Eaux Minérales d’Oulmès, ancienne Présidente de la CGEM

Son parcours dépasse le cadre d’un groupe industriel. Elle demeure une référence dans les cercles économiques où se définissent compétitivité, gouvernance et projection africaine. À la tête d’Eaux Minérales d’Oulmès, elle pilote une entreprise emblématique tout en conservant une voix influente dans le débat patronal. Sa capacité à articuler stratégie d’entreprise, durabilité, modernisation industrielle et lecture institutionnelle lui confère une place singulière dans l’écosystème économique national. Son autorité repose sur la constance et sur une vision qui relie performance et responsabilité.

Saïda Karim Lamrani

Présidente du groupe SMEIA – BMW Maroc

À la tête de SMEIA, importateur exclusif de BMW au Maroc, elle dirige un acteur central du segment premium dans un marché automobile en pleine recomposition. Son leadership repose sur une stratégie de long terme, un partenariat industriel solide et une capacité à anticiper les mutations technologiques du secteur. L’électrification, la digitalisation de l’expérience client, la montée des standards de service et la pression concurrentielle exigent une gouvernance fine. Dans un univers historiquement dominé par les profils masculins, elle incarne une direction structurée, rigoureuse et tournée vers la projection internationale.

Nadia Fettah Alaoui

Ministre de l’Économie et des Finances

Elle occupe l’un des centres névralgiques de l’État. Politique fiscale, gestion de la dette, programmation budgétaire, pilotage des investissements publics, coordination avec les institutions financières internationales : son portefeuille concentre les leviers macroéconomiques majeurs. Les équilibres budgétaires et la crédibilité financière du pays se construisent dans ces arbitrages. Son rôle consiste à traduire les priorités stratégiques en trajectoires chiffrées cohérentes, capables de soutenir à la fois la transformation sociale et la dynamique d’investissement.

Leila Benali

Ministre de la Transition énergétique et du Développement durable

Son action s’inscrit dans l’un des champs les plus stratégiques du moment : l’énergie. Renouvelables, sécurité d’approvisionnement, hydrogène vert, interconnexions régionales, industrialisation bas carbone. La transition énergétique ne relève plus d’un discours environnemental, elle engage compétitivité industrielle et souveraineté économique. Son portefeuille articule vision technologique, diplomatie énergétique et structuration des investissements. Elle évolue dans un environnement où chaque décision influence la trajectoire industrielle du pays.

Amal El Fallah Seghrouchni

Ministre de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration

La modernisation de l’État passe aujourd’hui par la donnée, l’interopérabilité des systèmes et la simplification des procédures. Elle supervise cette transformation numérique qui conditionne efficacité administrative, attractivité économique et qualité de service public. Digitalisation des démarches, sécurisation des infrastructures, gouvernance des données et innovation publique constituent les piliers de son action. La réforme administrative devient ainsi un facteur stratégique de compétitivité nationale.

Zineb El Adaoui

Première Présidente de la Cour des comptes

Elle dirige l’institution chargée du contrôle des finances publiques et de l’évaluation des politiques nationales. Dans une phase marquée par d’importants investissements structurants et par l’extension des programmes sociaux, la rigueur budgétaire et la qualité de gestion constituent des repères essentiels. Son rôle consiste à assurer la transparence, à renforcer la culture de performance et à inscrire la gestion publique dans une logique d’exigence continue. Son autorité s’exerce au cœur de l’architecture institutionnelle.

Latifa Akharbach

Présidente de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle

Dans un paysage médiatique traversé par la mutation numérique et l’expansion des plateformes, la régulation audiovisuelle prend une dimension stratégique. Elle veille au pluralisme, au respect des normes et à l’équilibre du débat public. L’information devient un espace de responsabilité institutionnelle où se joue la qualité du dialogue démocratique. Son action s’inscrit dans la consolidation d’un cadre régulé, garant d’équilibre et de crédibilité.

Amina Bouayach

Présidente du Conseil national des droits de l’Homme

Elle occupe une position centrale dans l’évaluation des politiques publiques liées aux libertés fondamentales et aux droits humains. Son institution intervient dans l’analyse des textes, la formulation de recommandations et l’accompagnement des évolutions juridiques majeures. Les débats relatifs à la réforme du Code de la famille ou aux mécanismes d’inclusion sociale s’inscrivent dans cet espace institutionnel. Son influence repose sur la capacité à inscrire ces questions dans une perspective structurée et durable.

Nezha Hayat

Directrice générale du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, ancienne Présidente de l’Autorité marocaine du marché des capitaux

À la tête du Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, elle pilote un instrument stratégique destiné à mobiliser des capitaux au service des filières prioritaires et des projets structurants. Son expérience à la régulation des marchés financiers lui confère une maîtrise fine des standards de gouvernance et des mécanismes de financement. Le Fonds joue un rôle catalyseur dans la dynamique d’investissement national, en structurant les partenariats et en renforçant l’effet d’entraînement sur le secteur privé. Son parcours associe expertise financière et vision stratégique.

Samira Sitail

Ambassadrice du Maroc en France

Le poste de Paris figure parmi les plus sensibles du réseau diplomatique marocain. La relation franco-marocaine engage coopération sécuritaire, échanges économiques, dialogue politique et interactions culturelles denses. Son rôle consiste à maintenir un canal stratégique permanent, à accompagner les séquences bilatérales majeures et à défendre les intérêts nationaux dans un environnement institutionnel complexe. La diplomatie à ce niveau exige anticipation, maîtrise des équilibres européens et capacité à inscrire la relation dans une dynamique constructive.

Karima Benyaich

Ambassadrice du Maroc en Espagne

L’Espagne demeure un partenaire stratégique, à la fois voisin immédiat et acteur économique central. Les flux commerciaux, la coordination sécuritaire et les dossiers migratoires structurent un agenda diplomatique permanent. Son action s’inscrit dans la consolidation d’un dialogue politique régulier et dans la préservation d’un équilibre bilatéral fondé sur la coopération et l’interdépendance. Son poste exige une gestion fine des dossiers sensibles et une présence diplomatique continue.

Fatima Zahra Ammor

Ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire

À la tête d’un secteur stratégique pour l’économie marocaine, elle supervise un portefeuille qui associe tourisme, artisanat et économie sociale. Le tourisme constitue l’une des principales sources de devises et d’emplois du pays. Son action s’inscrit dans la feuille de route touristique 2023-2026, qui vise à atteindre 17,5 millions de visiteurs et à renforcer l’attractivité internationale du Maroc. Cette stratégie repose sur la diversification de l’offre touristique, le développement des liaisons aériennes et la montée en gamme des destinations. Le ministère accompagne également les filières de l’artisanat et de l’économie sociale, qui représentent un tissu économique important dans de nombreuses régions et impliquent un grand nombre de coopératives, dont beaucoup portées par des femmes.

 

L’influence féminine dans l’économie marocaine : du diplôme à la gouvernance

Dans l’économie formelle structurée, la place des femmes se lit aujourd’hui comme une trajectoire cohérente, de la formation aux organes de gouvernance. Les données les plus récentes publiées en 2025 permettent d’en suivre les étapes avec précision.

Dans l’enseignement supérieur, les femmes représentent environ 56 % des effectifs nationaux pour l’année universitaire 2024-2025. Elles dépassent 60 % dans plusieurs facultés de médecine et plus de 54 % dans les filières juridiques et économiques. Dans les écoles d’ingénieurs publiques, leur part se situe entre 42 % et 45 % selon les établissements. En une décennie, la féminisation des études supérieures a dépassé la parité dans plusieurs filières stratégiques. Ce socle de qualification constitue le premier maillon de la chaîne économique. Il alimente directement les secteurs de la santé, du droit, de la finance, du numérique et de l’ingénierie industrielle.

Le passage vers le marché du travail révèle cependant un décalage. Selon les indicateurs trimestriels du HCP publiés fin 2025, le taux d’activité féminin s’établit autour de 19 %, tandis que le taux de chômage des femmes actives dépasse 21 %. L’écart entre niveau de qualification et intégration économique reste significatif. La progression académique est désormais installée. L’enjeu se situe dans la transformation de ce capital humain en participation économique durable.

Du côté de l’entrepreneuriat, les chiffres montrent une dynamique progressive. Environ 14,7 % des entreprises ayant bénéficié d’un crédit bancaire sont dirigées par des femmes. Elles concentrent 10,8 % de l’encours global des crédits accordés. L’accès au capital reste un déterminant central de l’influence économique. La progression est plus visible parmi les entreprises récentes : 17,8 % des structures de moins de 2 ans sont portées par des dirigeantes, contre 12,7 % pour celles de plus de 10 ans. Cette évolution indique un renouvellement générationnel dans les services, le digital et certaines activités à valeur ajoutée.

L’industrie apporte un éclairage structurant. Les femmes représentent environ 44 % de la main-d’œuvre industrielle nationale. Le textile dépasse 60 %, l’agroalimentaire avoisine 46 % et l’automobile dépasse 40 %. Ces secteurs figurent parmi les premiers contributeurs aux exportations marocaines. La présence féminine y influence directement la productivité, la stabilité des chaînes de production et la capacité d’adaptation industrielle.

La progression atteint également les organes de gouvernance. Dans les conseils d’administration des entreprises marocaines, les femmes occupent près de 29 % des sièges selon les derniers relevés de la CGEM. Le cadre légal fixe un seuil minimal de 30 % dans les sociétés cotées, avec un objectif de 40 % à l’horizon 2027. La transformation des instances décisionnelles accompagne ainsi la montée en qualification et en expérience professionnelle.

Cette trajectoire s’inscrit dans un environnement macroéconomique en mutation. Les projections associées à la Loi de Finances 2026 et les communications récentes de Bank Al-Maghrib anticipent une croissance autour de 4,5 % à 5 %, portée par l’investissement, l’industrie et les secteurs non agricoles. Dans ce contexte, l’élargissement de la participation féminine devient un paramètre économique central. Chaque progression vers l’emploi formel, l’entrepreneuriat structuré et la gouvernance renforce la base productive nationale.

La dynamique observée dans la formation, l’industrie, l’entrepreneuriat et les conseils d’administration dessine une évolution cohérente. La vitesse à laquelle cette montée en qualification se traduira en directions d’entreprises, en responsabilités industrielles et en arbitrages financiers influencera directement la performance économique des prochaines années.

Les chiffres dessinent ainsi une trajectoire précise. La présence féminine progresse dans la gouvernance, dans l’industrie et dans la création d’entreprise. L’extension massive de l’accès à l’emploi et au financement reste la prochaine étape stratégique. La question des droits rejoint ici celle de la croissance et de la compétitivité. Elle engage la capacité du pays à mobiliser l’ensemble de ses talents, à élargir sa base productive et à renforcer sa performance dans un environnement économique régional et international de plus en plus exigeant.

 

Ouvrières et femmes rurales : le socle productif féminin

La croissance marocaine repose sur une base productive largement féminine. Dans les usines, les exploitations agricoles et les circuits de commercialisation locale, des milliers de femmes participent chaque jour à la production nationale. Leur contribution structure les exportations industrielles, l’agriculture organisée et l’économie de proximité.

Dans l’industrie manufacturière, les femmes représentent environ 44 % de la main-d’œuvre nationale. Le textile dépasse 60 %, l’agroalimentaire avoisine 46 % et l’automobile dépasse 40 %. Ces filières figurent parmi les principaux moteurs des exportations marocaines. Une part significative de la performance commerciale du pays repose ainsi sur des ouvrières engagées dans l’assemblage, le câblage, le contrôle qualité et la logistique.

Dans les zones industrielles de Tanger, Kénitra, Casablanca ou Agadir, la continuité des chaînes de production dépend de cette présence féminine stable et qualifiée. La montée des standards internationaux impose précision technique et régularité opérationnelle. L’évolution des postes vers davantage de technicité renforce progressivement leur rôle dans l’organisation industrielle.

L’agriculture présente une autre dimension stratégique. Les femmes représentent près de 35 % de la main-d’œuvre agricole selon les estimations les plus récentes du HCP. Elles interviennent dans les cultures maraîchères, la récolte des agrumes et des fruits rouges, ainsi que dans les activités de transformation primaire. Dans plusieurs régions, les coopératives féminines structurent des filières de produits du terroir et participent à l’intégration dans les circuits commerciaux formalisés.

La modernisation agricole en cours transforme progressivement cette participation. L’accès à la formation technique, à l’analyse des sols, aux intrants adaptés et aux outils numériques améliore les rendements et la valorisation des productions. Les dispositifs d’accompagnement structurés renforcent l’intégration des femmes rurales dans les chaînes de valeur organisées, avec un impact direct sur les revenus et la stabilité territoriale.

Dans les services de proximité, la dynamique se poursuit. Environ 30 % des inscrits au régime de l’auto-entrepreneur sont des femmes. Elles investissent le commerce local, les prestations administratives, les services numériques et diverses activités indépendantes. Cette diversification soutient la consommation locale et stabilise de nombreux ménages urbains et périurbains.

L’économie marocaine s’appuie ainsi sur plusieurs niveaux d’engagement féminin. Les ouvrières assurent la continuité industrielle, les femmes rurales soutiennent la production agricole et les activités indépendantes élargissent les sources de revenus. La consolidation de ces segments constitue un facteur déterminant pour la solidité économique des prochaines années.

 

ElleMoutmir : structurer l’autonomie économique des femmes rurales

L’autonomie économique des femmes rurales constitue l’un des leviers les plus décisifs pour l’équilibre agricole et territorial du pays. Dans un contexte marqué par la pression climatique, la volatilité des rendements et la nécessité d’optimiser chaque hectare cultivé, la montée en compétence des agricultrices devient un facteur stratégique. C’est dans cette dynamique que s’inscrit ElleMoutmir, déclinaison dédiée aux femmes du programme Al Moutmir lancé par le groupe OCP en 2018.

Conçu pour rapprocher la science agronomique du terrain, Al Moutmir repose sur une approche structurée : analyses de sols, recommandations de fertilisation adaptées, démonstrations agricoles, accompagnement continu et outils numériques. Depuis son lancement, plus de 40 000 agriculteurs et agricultrices ont bénéficié d’un encadrement direct sur le terrain, tandis qu’environ 540 000 exploitants utilisent aujourd’hui les outils digitaux développés dans le cadre du programme.

ElleMoutmir cible spécifiquement les femmes rurales engagées dans la production agricole et l’organisation coopérative. Plus de 1 000 agricultrices ont bénéficié d’un accompagnement personnalisé intégrant diagnostic des sols, conseils techniques et formation pratique. Plus de 400 coopératives féminines ont été soutenues dans leur structuration et leur accès aux marchés. Près de 200 jeunes femmes rurales ont été accompagnées dans le développement de projets entrepreneuriaux agricoles. Le dispositif inclut également 26 revendeuses d’intrants agricoles, renforçant leur rôle économique dans les territoires.

Ces chiffres traduisent une évolution qualitative. L’accès à l’analyse scientifique des sols permet d’optimiser les rendements et de rationaliser l’usage des intrants. Les formations techniques améliorent la qualité des productions. L’intégration aux circuits de commercialisation formalisés, notamment via la plateforme T@swiq, élargit les débouchés et consolide les revenus.

La dimension numérique constitue un pilier central. L’application @tmar fournit des recommandations agronomiques personnalisées. Minassat Attakwin 3an Bou3d élargit l’accès à la formation à distance. Agripedia met à disposition une base de connaissances techniques adaptée aux réalités locales. Cette infrastructure digitale réduit les écarts d’information et accélère l’adoption de pratiques agricoles plus performantes.

L’impact dépasse la seule amélioration technique. La structuration des coopératives féminines renforce la gouvernance interne, facilite l’accès au financement et favorise la montée en gamme des produits. Dans plusieurs régions, cette dynamique soutient la valorisation des produits du terroir et leur intégration dans les circuits nationaux et internationaux.

Dans le cadre d’un dossier consacré à la Journée internationale des droits des femmes, ElleMoutmir illustre une transformation concrète de l’autonomie économique féminine. Elle repose sur la maîtrise technique, l’accès à la donnée, la structuration collective et l’intégration aux chaînes de valeur agricoles. Cette approche renforce la résilience des territoires et consolide la contribution des femmes rurales à la performance agricole nationale.

L’économie marocaine s’appuie sur ses filières exportatrices et sur ses centres décisionnels. Elle repose également sur une agriculture modernisée et mieux organisée. En accompagnant les agricultrices vers davantage de technicité, de structuration et d’intégration au marché, ElleMoutmir participe à cette consolidation progressive.

 

Femmes africaines : nouvelles figures de pouvoir économique

L’Afrique est souvent présentée comme un continent où les femmes jouent un rôle central dans l’économie. Cette réalité est bien documentée. Selon la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, les femmes représentent près de 60 % de la main-d’œuvre dans l’agriculture africaine et une part très importante de l’économie informelle dans les villes. Dans de nombreux marchés urbains, commerces de proximité ou réseaux de distribution alimentaire, elles constituent la colonne vertébrale de l’activité économique quotidienne.

Mais cette présence massive dans la production et le commerce ne se traduit pas automatiquement par un accès équivalent aux centres de décision économique. L’écart reste important entre la participation des femmes à l’économie et leur présence dans les positions de pouvoir financier, industriel ou politique.

Les statistiques disponibles montrent clairement ce décalage. Les femmes africaines représentent environ 58 % des travailleurs indépendants selon l’Organisation internationale du travail, mais elles restent largement sous-représentées dans la propriété des grandes entreprises et dans l’accès au financement bancaire. La Banque africaine de développement estime que les entreprises dirigées par des femmes font face à un déficit de financement qui se chiffre en plus de 40 milliards de dollars à l’échelle du continent.

Ce déséquilibre explique pourquoi la question de l’entrepreneuriat féminin est devenue un enjeu central des politiques économiques africaines. Plusieurs programmes continentaux ont été mis en place pour faciliter l’accès au crédit, à la formation et aux marchés pour les entreprises dirigées par des femmes. L’initiative AFAWA (Affirmative Finance Action for Women in Africa) de la Banque africaine de développement vise notamment à mobiliser des milliards de dollars pour soutenir les entreprises féminines à travers les banques partenaires du continent.

Dans le même temps, de nouvelles figures féminines émergent dans des secteurs stratégiques. Dans la finance internationale, Ngozi Okonjo-Iweala, économiste nigériane, dirige depuis 2021 l’Organisation mondiale du commerce. Dans l’économie numérique, l’entrepreneure camerounaise Rebecca Enonchong, fondatrice de l’entreprise technologique AppsTech, figure parmi les voix influentes de l’écosystème africain des startups. Dans le secteur aérien, Yvonne Manzi Makolo, directrice générale de la compagnie rwandaise RwandAir, dirige l’une des entreprises de transport les plus dynamiques de la région.

Ces parcours restent encore minoritaires, mais ils illustrent une évolution importante : la montée progressive de femmes africaines dans des secteurs qui structurent la croissance du continent. Finance, technologie, aviation, institutions internationales ou diplomatie économique deviennent progressivement des espaces où leur présence se renforce.

L’évolution la plus profonde se joue cependant en amont, dans l’éducation et la formation. Dans plusieurs pays africains, les femmes représentent aujourd’hui près de la moitié des étudiants dans l’enseignement supérieur. Cette génération formée dans les années 2000 et 2010 commence à occuper des postes de responsabilité dans les entreprises, les administrations publiques et les organisations régionales.

La transformation reste inégale selon les pays et les secteurs, mais la tendance est claire : l’économie africaine s’appuie déjà largement sur le travail féminin. La question centrale des prochaines années sera de savoir à quelle vitesse cette présence économique se traduira par une présence équivalente dans les centres de décision, dans les conseils d’administration, dans les institutions financières et dans les grandes stratégies industrielles du continent.


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