Souveraineté alimentaire et résilience : Le Maroc relance son cheptel national
Le Maroc lance l'opération "Cheptel Durable", un plan national pour notre souveraineté alimentaire face à la sécheresse.
Par Mohammed Taoufiq Bennani
Face aux défis climatiques persistants qui menacent la vitalité de l’élevage, le Maroc a orchestré une mobilisation nationale d’envergure. Vendredi 13 juin 2025, des réunions cruciales se sont tenues simultanément à Rabat et dans plusieurs provinces, marquant le coup d’envoi d’une opération ambitieuse pour la reconstitution durable du cheptel national. Cette initiative, portée par les instructions du Roi Mohammed VI, vise à sauvegarder un pilier essentiel de notre économie et à garantir la souveraineté alimentaire du Royaume.
Un défi national face à la sécheresse
Les dernières années ont été marquées par une succession de périodes de sécheresse, éprouvant durement le secteur de l’élevage marocain. En effet, cette réalité climatique a mis en péril la productivité du cheptel et la subsistance de nombreux éleveurs. C’est pourquoi, en réponse à cette situation préoccupante, les instructions royales ont initié cette vaste opération de reconstitution. L’objectif est clair : améliorer la résilience du secteur face aux défis économiques et climatiques, tout en garantissant la souveraineté alimentaire du Royaume.
Une mobilisation inédite à tous les niveaux
L’ampleur de l’opération est manifeste à travers la coordination sans précédent des efforts. Pour commencer, une réunion centrale s’est déroulée au ministère de l’Intérieur à Rabat, réunissant d’importantes figures gouvernementales. Le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Ahmed El Bouari, et le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, étaient présents. De même, cette rencontre a été élargie par visioconférence aux walis des régions et aux gouverneurs des préfectures et provinces, ainsi qu’à leurs représentants locaux des départements de l’Économie et de l’Agriculture. Des réunions provinciales cruciales ont eu lieu simultanément à El Kelaâ des Sraghna, Rehamna, Figuig, Khénifra, Souss-Massa, et Midelt, sous la présidence de leurs gouverneurs respectifs. Par ailleurs, comme l’a souligné Noureddine Kessa, directeur régional de l’Agriculture à Souss-Massa, « L’ensemble des intervenants sont fortement mobilisés pour garantir le plein succès de l’opération de reconstitution du cheptel au niveau de la région. ».

Les axes stratégiques de l’opération
L’opération de reconstitution du cheptel repose sur des piliers solides. Ainsi, le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, a détaillé cinq axes fondamentaux pour sa mise en œuvre. Premièrement, des commissions locales seront établies pour recenser précisément le cheptel. Deuxièmement, le suivi de la distribution des aliments pour bétail sera assuré. Troisièmement, des mesures de prévention contre les maladies seront renforcées. Quatrièmement, un encadrement technique sera apporté. Enfin, un soutien direct aux éleveurs sera mis en place. Le ministre a précisé que le soutien aux éleveurs s’effectuera « selon des critères objectifs permettant l’acheminement du soutien aux éleveurs à travers des commissions placées sous la supervision des autorités locales ». En outre, cette approche vise à renforcer la productivité de l’élevage et à garantir sa durabilité.
Numérisation et données pour une gestion efficace
Pour une efficacité maximale, la numérisation des procédures est au cœur de cette stratégie. Il s’agit d’établir une base de données nationale numérique précise, recensant les composantes du cheptel et ses propriétaires. De ce fait, la collecte de données fiables et précises sur les effectifs du cheptel et des éleveurs est primordiale. Cela garantira non seulement une meilleure compréhension de la situation, mais aussi le respect des critères d’éligibilité des éleveurs pour bénéficier des mesures de soutien. Cette vision stratégique intégrée, fondée sur la dématérialisation, assure une gestion transparente et optimisée de l’aide.
Un soutien vital pour les éleveurs
Au cœur de cette démarche, se trouve le bien-être et la pérennité de l’activité des éleveurs. Les mesures visent à leur permettre « d’exercer leur activité dans les meilleures conditions et à atténuer les difficultés engendrées par les années successives de sécheresse », a affirmé Fouzi Lekjaa, ministre délégué chargé du Budget. Par conséquent, cette reconstitution du cheptel a pour objectif de leur fournir les moyens nécessaires pour reprendre une activité normale et jouer pleinement leur rôle dans le développement socio-économique du Royaume. Youssef Ismaili Alaoui, coordinateur provincial de l’Office régional de mise en valeur agricole de Tafilalet (ORMVA) à Midelt, a également souligné que les réunions ont été l’occasion d’examiner les outils pour « assurer la mise en œuvre optimale et efficiente du programme de soutien aux éleveurs visant à améliorer leurs conditions et à garantir la reconstitution durable du cheptel national ».
L’engagement collectif au cœur de la réussite
La réussite de ce chantier national repose sur une adhésion et une mobilisation élargies de tous les acteurs. Les discussions ont souligné la nécessité de l’implication effective et de l’engagement personnel de chacun. Finalement, toutes les parties prenantes, des responsables centraux aux services extérieurs provinciaux comme l’Office National de Sécurité Sanitaire des Produits Alimentaires (ONSSA) et l’Office National du Conseil Agricole (ONCA), doivent travailler en étroite collaboration et coordination. C’est une synergie collective qui permettra de surmonter les défis et de couronner de succès cette opération majeure pour l’avenir de l’élevage au Maroc.
En conclusion, l’opération de reconstitution durable du cheptel national incarne une réponse stratégique et coordonnée aux défis posés par le changement climatique. En application des instructions royales, le Maroc s’engage fermement à soutenir ses éleveurs, à renforcer la productivité du secteur et à préserver sa souveraineté alimentaire. La mobilisation générale et l’approche numérique promettent une gestion efficace et un avenir plus résilient pour l’élevage marocain. Mais au-delà des mesures immédiates, comment cette initiative jettera-t-elle les bases d’une agriculture encore plus durable et moins vulnérable aux aléas climatiques à long terme ?
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