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Soumaya Naamane Guessous face à Fizazi


Suite à la lettre ouverte que j’ai postée sur les réseaux sociaux, j’ai été contactée par Chada FM pour participer à un débat. Mon engagement m’a poussée à accepter pour établir un dialogue sur ce sujet sensible. On m’a ensuite demandé si j’acceptais de m’entretenir avec Mr Fizazi.

J’ai accepté, tout en sachant que le choix de Mr Fizazi n’était pas un hasard : un règlement de compte et non un dialogue constructif. J’ai été volontairement me mettre dans l’arène, afin de donner à qui de droit, plus d’arguments pour exercer un contrôle sur les discours religieux haineux.

Je savais que j’allais être attaquée sur tous les plans. Mon entourage m’a déconseillée cette initiative, mais j’ai tenu à relever le défi. Je n’ai pas été déçue ! Le fquih était là pour me détruire et me décrédibiliser aux yeux de l’opinion publique, innocenter le fquih que je dénonce, un bon musulman, victime d’une kafira dévergondée.

Il m’a attaquée avec une violence intense, sans aucun respect ni pour les auditeurs, ni pour une femme qui a passé sa vie dans la recherche. J’avais alors le choix : soit je quitte le plateau et opter pour la fuite.

Soit je résiste. J’ai choisi de résister avec tous les risques que cela comportait ! L’agressivité du fquih s’est transformée en attaques, touchant non pas mes idées, mais ma personne, ma foi, ma dignité, mon rôle d’enseignante…

L’animateur n’a que rarement réagi pour rappeler le fquih à l’ordre. La rédaction se satisfaisait de l’augmentation exceptionnelle de l’audimat.

J’étais consciente que j’étais au cœur d’un complot, mais cela ne m’a pas impressionnée car j’étais venue pour passer des messages. La partialité de la rédaction était manifeste : le seul témoignage que la rédaction a passé est une communication télé- phonique avec un enseignant universitaire qui a monopolisé la parole pour me fustiger et me demander de ne plus toucher à l’islam.

Ce fut le seul témoignage ! Le micro trottoir a collecté l’avis de 9 jeunes. 8 sur 9 disaient être contre les relations sexuelles hors mariage. Un seul étant en leur faveur ! Le fquih m’a attaquée pour me hurler que ces témoignages prouvent que les Marocains sont tous de bons musulmans et que je les salis en prétendant qu’ils ont une sexualité hors mariage ! Drôle de statistiques : 8 jeunes représentent plus de 34 millions d’habitants. La sexualité hors mariage au Maroc et l’adultère masculin sont une réalité.

Ce n’est pas moi qui l’ai créée ; je ne fais que l’analyser ! Mais je suis ravie de cette rencontre. Mr Fizazi nous a donné beaucoup de raisons en faveur de l’objet de ma lettre :

• L’islam appartient à certains fquihs et personne n’a le droit d’en débattre ;

• A cours d’argument, il me traitait de mécréante, se substituant à Dieu pour évaluer ma foi ;

• Il m’a accusée d’ignorante, manipulée par l’Occident et par la culture française. Il s’est attaqué à mes notes, écrites en Français, pour m’accuser de mé- créante à la solde de l’Occident pour détruire l’islam ! Pourtant la majorité des musulmans ne sont pas arabes ! Pourtant luimême vit de la langue française puisqu’il enseigne le Français !

• Aucun moyen de dialoguer. Le fquih, remplissant la mission qui lui a été attribuée, s’en prenait à moi violemment, face à un animateur passif. Pourtant notre Prophète nous a laissé un excellent exemple de tolérance et de dialogue : Il recevait des non musulmans dans le plus grand respect ;

• Il a bien souligné que le cancer est une punition divine. Face à mes réfutations, il m’a traitée de mécréante ! Imaginons les conséquences que ces accusations entraineraient chez des personnes touchées par le cancer !

• Chacune de mes réponses étaient interrompues par le fquih qui les reformulait à sa façon pour m’accuser de mé- créante ;

• Il a fini par admettre que le fquih en question s’est trompé ! Tout le monde peut se tromper, y compris moi-même, mais la grandeur de l’âme et la vraie foi consistent à le reconnaitre.

• En conclusion : – Chada voulant porter atteinte ma notoriété, n’a fait que la consolider. Elle a manqué une occasion précieuse de prouver que par le dialogue serein, on consolide l’image de marque d’une radio. – J’ai été malmenée, mais j’ai résisté jusqu’au bout dans l’espoir d’éveiller les consciences.

• Mon objectif était de sensibiliser l’opinion publique et les institutionnels. Dieu merci, je l’ai atteint.

• Je fais des études sur le terrain depuis 30 ans ; tous mes ouvrages ont pour première référence le Coran, les Hadiths et le fiqh. Je consulte des spé- cialistes des études islamiques pour ne pas me tromper (Audelà de toute pudeur, « Printemps et automne sexuels, « Grossesses de la honte » écrit avec mon mari, Guessous Chakib.) C’est la première fois qu’on me demande de ne pas toucher à l’Islam !

• Nous avons assez de vrais oulémas compétents dans notre pays, nous espérons entendre plus leurs voix pour contrecarrer tous ceux qui cherchent à exploiter l’islam à des fins éloignées de la noblesse de cette religion et de ses valeurs.

Maintenant imaginons un autre scénario, qui aurait pu valoriser l’émission : Le fquih m’aurait écoutée, corrigée si je me trompe. Je ne suis pas porteuse de vérité, je joue mon rôle de sociologue, je relève des incohérences, je les analyse et je les diffuse dans l’espoir d’y apporter des solutions.

Tout cela reste discutable dans le cadre d’un dialogue dans le respect total. Le rôle du fquih est d’écouter l’autre, de l’informer s’il se trompe, de le guider vers le bon sens et non pas d’essayer de le détruire aux yeux de l’opinion public en le traitant de kafir.

Car il n’y a que Dieu pour décider qui est un bon croyant et qui ne l’est pas. J’aurais souhaité que le fquih me demande ce que j’attends du discours religieux.

J’aurais répondu : pourquoi les valeurs de l’Islam ne sont pas toujours retrouvées chez nos citoyens ? Car l’Islam est la piété, mais aussi de bons comportements et des relations saines avec autrui. C’est le rôle du musulman dans la Umma.

Ce que je souhaite de la part du discours religieux ? Former de bons citoyens qui respectent l’éthique et le civisme, pour notre bonheur à tous.


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