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Soueida : cessez-le-feu fragile et diplomatie de crise

Après plus de 1 000 morts et des dizaines de milliers de déplacés, le sud syrien tente de sortir de l’enfer. Mais la paix reste suspendue à un fil

Par Fayçal El Amrani


Soueida, dans le sud de la Syrie, est aujourd’hui une plaie vive dans un pays déjà brisé. Depuis la chute de Bachar el-Assad en décembre, la Syrie cherche un nouveau souffle. Mais ici, dans cette région oubliée des montagnes, le chaos a balayé les espoirs. En juillet, l’horreur a pris le dessus. Plus de mille morts en une semaine. Des combats violents entre Druzes et Bédouins sunnites. 80.000 personnes ont fui. Des chiffres repris par l’AFP. La douleur est partout. L’avenir, suspendu. Dans cette Syrie post-Assad, chaque communauté cherche ses repères.

Les Druzes, traditionnellement autonomes, se sont rapidement sentis assiégés par les incursions répétées de groupes bédouins, accusés à demi-mot de collusion avec certaines composantes de l’administration intérimaire dirigée par Ahmed el-Chareh. La méfiance, latente depuis des décennies, s’est muée en guerre ouverte. L’intervention de l’armée syrienne intérimaire, annoncée comme une mission de rétablissement de l’ordre, a au contraire attisé les flammes. Sa présence, jugée partisane, a été vécue par les Druzes comme une véritable trahison.

Plus de mille morts en une semaine

La riposte ne s’est pas fait attendre. Une contre-offensive brutale a éclaté. Les témoignages recueillis par l’AFP révèlent un quotidien brisé. Des civils pris au piège. Les hôpitaux saturés, incapables de faire face. Des quartiers entiers rayés de la carte.Des familles fuient à pied, sans repère, sans abri. Tout manque : nourriture, soins, électricité.

Et le silence entre deux salves de tirs n’apporte aucun répit. L’eau manque, l’électricité a disparu, et le silence qui suit les explosions ne rassure plus personne. C’est dans cette urgence qu’est intervenue une médiation américaine, discrètement épaulée par Israël. En quelques jours, un cessez-le-feu a été conclu. Les autorités syriennes l’ont annoncé publiquement. Elles ont aussi décidé de retirer partiellement leurs troupes de la région. Le but est clair. D’abord, faire taire les armes. Ensuite, ouvrir un espace pour l’aide humanitaire. Permettre aux secours d’atteindre les blessés. Offrir un souffle aux familles déplacées. Redonner un semblant de calme, même fragile.

Ce cessez-le-feu, salué par le président el-Chareh, pourrait bien être plus qu’un simple répit. Il symbolise une inflexion diplomatique : pour la première fois depuis des années, Damas — ou plutôt ce qui lui succède — collabore ouvertement avec Washington et Tel-Aviv. Cette convergence d’intérêts ouvre des perspectives jusque-là inenvisageables. Certains analystes y voient une main tendue vers une future normalisation, inscrite dans le sillage des Accords d’Abraham. Rien n’est encore acté, mais le langage, les gestes, la coordination sur le terrain envoient des signaux que les observateurs régionaux ne peuvent ignorer.

Pour la première fois depuis des années, Damas — ou plutôt ce qui lui succède — collabore ouvertement avec Washington et Tel-Aviv

Israël, très attentif à la situation, notamment en raison de la proximité du plateau du Golan et de sa propre population druze, a mené plusieurs frappes préventives ces derniers jours, selon des sources sécuritaires. Objectif affiché : empêcher l’infiltration de groupes djihadistes et maintenir une ligne de sécurité claire à ses frontières. Mais en coulisse, c’est un autre enjeu qui se profile : celui de redéfinir les équilibres régionaux dans une Syrie post-régime. Sur place, la réalité reste tragique. L’AFP évoque un désastre humanitaire. Les convois d’aide restent bloqués aux abords de la province. Les ONG n’arrivent plus à accéder à la zone.

La Croix-Rouge lance un cri d’alarme. Sur place, la peur est partout. Les familles se terrent. L’ordre social s’est effondré. Les jeunes, sans repères, errent dans un monde brisé. Ils n’ont connu que la guerre. Aujourd’hui, ils n’ont plus rien. Ni école. Ni avenir. Juste le silence, les ruines… et la colère. Pour beaucoup, la paix semble un mot étranger. Mais c’est précisément dans cette noirceur que certains voient une lueur. Un diplomate européen évoquait récemment une « opportunité rare d’élargir le champ de la réconciliation régionale ».

La paix ne peut pas être décrétée depuis Genève ou New York. Elle devra être enracinée à Soueida

Pour cela, il faudra plus que des cessez-le-feu : une justice crédible, des garanties pour les minorités, une reconnaissance des torts, et surtout un engagement international à la hauteur du désastre. La paix ne peut pas être décrétée depuis Genève ou New York. Elle devra être enracinée à Soueida, dans chaque maison reconstruite, dans chaque école rouverte, dans chaque silence retrouvé. Et si la transition syrienne peut s’appuyer sur de nouveaux partenaires — y compris ceux autrefois qualifiés d’ennemis — alors peut-être qu’un nouvel équilibre régional émergera, plus pragmatique, moins idéologique.

Dans le sang versé de Soueida, l’histoire syrienne hésite entre répétition tragique et basculement possible. Mais il est encore temps d’écrire une autre fin.


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