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SMIG à 5.000 DH : derrière la promesse, une hausse potentielle de 43,5 milliards de DH

Le RNI promet un SMIG à 5.000 DH. Cette hausse pourrait représenter jusqu’à 43,5 MMDH de revenus nets supplémentaires pour les salariés concernés

La Vérité


Le RNI promet de porter le SMIG à 5.000 DH. Notre simulation, basée sur les salariés déclarés à la CNSS et rémunérés au niveau du salaire minimum, estime à environ 43,5 milliards de DH par an le supplément potentiel de revenus nets si la mesure s’appliquait à tous les salariés concernés. Un ordre de grandeur qui pose déjà la question du financement et de la soutenabilité de la promesse

À quelques jours du lancement officiel de la campagne pour les législatives du 23 septembre, le pouvoir d’achat s’installe au cœur de la bataille électorale. Le RNI vient de promettre de porter le SMIG à 5.000 DH, contre 3.422,72 DH nets actuellement dans les activités non agricoles. L’annonce a été faite par le président du parti, Mohamed Chouki, lors d’un rassemblement à Jorf El Melha.

Derrière ce chiffre, une autre question mérite pourtant d’être posée : combien représenterait cette promesse si elle était appliquée à l’ensemble des salariés actuellement rémunérés au niveau du SMIG ?

Les dernières données disponibles de l’Observatoire marocain de la TPME donnent un premier élément de réponse. Le Maroc comptait près de 4,93 millions de salariés déclarés à la CNSS en 2024. Parmi eux, 46,6 % étaient rémunérés au niveau du SMIG. Cela représente environ 2,3 millions de salariés.

Le calcul permet alors de mesurer l’ordre de grandeur. Le passage de 3.422,72 DH à 5.000 DH représenterait une augmentation de 1.577,28 DH par mois et par salarié, soit près de 18.927 DH sur une année.

Appliquée à environ 2,3 millions de salariés, cette différence représenterait près de 43,5 milliards de DH de revenus nets supplémentaires par an.

Il faut toutefois préciser ce que ce chiffre signifie — et surtout ce qu’il ne signifie pas. Les 43,5 milliards de DH ne constituent pas une dépense budgétaire de l’État. Il s’agit d’une estimation de l’augmentation annuelle des revenus nets des salariés concernés dans l’hypothèse où tous passeraient effectivement au nouveau seuil.

La facture réelle pour les entreprises serait différente. Elle dépendrait notamment du niveau brut retenu, des cotisations sociales, du calendrier d’application et du nombre de salariés effectivement concernés. Le coût pourrait également dépasser les seuls salariés actuellement au SMIG si les entreprises relevaient parallèlement les salaires des catégories immédiatement supérieures afin de préserver les écarts entre qualifications.

Cette dernière question est loin d’être secondaire. Une hausse généralisée du salaire minimum peut améliorer directement le revenu des ménages, mais elle modifie aussi les équilibres de coûts des entreprises. Selon les secteurs, les employeurs peuvent absorber une partie de l’augmentation, réduire leurs marges, augmenter leurs prix ou adapter leurs politiques de recrutement.

Le débat politique a d’ailleurs déjà dépassé le seul RNI. Lors du meeting du PAM à Dakhla, Fouzi Lekjaa s’est déclaré favorable au principe d’un SMIG à 5.000 DH, tout en mettant le RNI au défi de concrétiser rapidement sa proposition. Le responsable du PAM a notamment rappelé que le ministre du Travail appartient actuellement à son parti et que la mesure pourrait donc, selon lui, être engagée sans attendre.

Cette offensive donne au SMIG une dimension nouvelle dans la campagne. La question n’est plus seulement de savoir qui promet 5.000 DH, mais qui peut expliquer comment cette hausse sera appliquée, selon quel calendrier et avec quelles conséquences pour les entreprises et les salariés.

Le gouvernement sortant peut également rappeler que le salaire minimum a déjà progressé durant le mandat. Le ministère de l’Inclusion économique avait indiqué en avril que le SMIG était passé de 14,81 DH à 17,9 DH de l’heure depuis le début du mandat, tandis que le salaire net était passé d’environ 2.800 à 3.400 DH. Le coût global des mesures de soutien au pouvoir d’achat engagées durant le mandat devait, selon le gouvernement, atteindre 49,7 milliards de DH à début 2027.

La promesse des 5.000 DH intervient donc dans un débat déjà marqué par plusieurs revalorisations salariales. Mais elle change d’échelle. Pour les salariés concernés, elle représenterait potentiellement plus de 1.500 DH nets supplémentaires chaque mois. Pour les entreprises, elle ouvrirait une discussion sur les coûts, les prix, la productivité et l’emploi. Pour les partis, elle constitue surtout une promesse électorale dont la crédibilité dépendra désormais de sa méthode d’exécution.

À l’approche du 23 septembre, les électeurs peuvent donc poser une question simple : au-delà du chiffre de 5.000 DH, qui expliquera le mieux comment y parvenir ?

Car derrière chaque promesse électorale, il existe une réalité moins spectaculaire mais décisive : son calendrier, son financement et son coût économique réel.


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