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Maroc-Allemagne : Sila Atlantik, le câble qui pourrait changer la donne énergétique

Près de 4.800 kilomètres de câbles sous-marins, jusqu’à 3,6 GW de capacité et un investissement potentiel de plusieurs dizaines de milliards de dollars : Sila Atlantik ouvre au Maroc la perspective d’une connexion directe avec le marché électrique allemand. Une ambition considérable, mais qui doit encore franchir plusieurs obstacles


Le Maroc regarde désormais vers une nouvelle frontière de sa stratégie énergétique. Cette fois, elle se trouve au fond de l’Atlantique et s’étend sur près de 4.800 kilomètres, jusqu’au marché allemand.

C’est l’ambition de Sila Atlantik : relier directement le Royaume à l’Allemagne grâce à deux câbles sous-marins à haute tension. Le projet prévoit jusqu’à 3,6 GW de capacité de transmission et environ 15 GW de capacités solaires et éoliennes au Maroc. Ses promoteurs avancent une production pouvant atteindre 26 TWh par an.

Pour le Royaume, l’enjeu dépasse donc largement la construction d’un câble. Il s’agit de valoriser davantage les ressources renouvelables marocaines et de renforcer les connexions énergétiques avec l’Europe.

Rabat a récemment exprimé son soutien au projet. Cette position donne un nouvel élan aux discussions avec Berlin, mais elle ne signifie pas encore que les travaux vont commencer. Les partenaires doivent toujours régler plusieurs questions liées au financement, à la gouvernance, aux garanties et au cadre réglementaire.

Une autre question intéresse particulièrement le Maroc : l’électricité pourra-t-elle circuler dans les deux sens ? Une liaison bidirectionnelle donnerait davantage de souplesse au système électrique marocain et éviterait de réduire Sila Atlantik à une simple voie d’exportation vers l’Europe.

L’ampleur financière du projet rappelle aussi le chemin qui reste à parcourir. Les promoteurs évoquent un investissement global pouvant atteindre 30 milliards de dollars. À ce niveau, le projet devra convaincre les investisseurs, sécuriser ses revenus futurs et établir un cadre suffisamment solide pour fonctionner sur plusieurs décennies.

Mais le véritable intérêt pour le Royaume pourrait se trouver au-delà des recettes liées à l’exportation d’électricité. Les nouvelles capacités solaires et éoliennes nécessiteront des investissements dans les réseaux, le stockage, les équipements et les compétences. Elles peuvent également ouvrir de nouvelles perspectives aux entreprises marocaines.

Le défi consistera donc à faire en sorte que cette nouvelle économie énergétique ne produise pas uniquement de l’électricité destinée à l’exportation, mais aussi davantage de valeur, de compétences et d’activité industrielle au Maroc.

L’Allemagne y trouve également son intérêt. Berlin cherche à renforcer ses capacités d’électricité renouvelable et à diversifier ses connexions énergétiques. Les intérêts ne sont donc pas identiques, mais ils peuvent se rejoindre autour d’une même infrastructure.

Le câble n’est donc pas encore sous l’océan. Pour le Royaume, le projet marque néanmoins une évolution importante : il s’agit de développer la production d’énergie renouvelable, mais aussi de renforcer sa place dans les futurs échanges énergétiques entre l’Afrique et l’Europe. Sila Atlantik pourrait contribuer à cette ambition.


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