SIEL 2026 : La leçon magistrale de Mohamed El Achaari sur l’ironie et le présent
Mohamed El Achaari au SIEL : Le temps présent comme boussole d’une œuvre romanesque majeure. L'écrivain dissèque les zones d’ombre et les non-dits du Maroc contemporain. De l’ironie aux arts plastiques, le lauréat du prix Booker arabe dévoile les secrets de sa création littéraire.
LA VÉRITÉ
Vendredi à Rabat, le romancier Mohamed El Achaari a partagé les coulisses de sa création littéraire lors de la 31e édition du SIEL. Ses récits capturent les mutations du Maroc contemporain à travers le prisme de la mémoire et de l’espace.
L’écrivain Mohamed El Achaari a tenu une rencontre littéraire ce vendredi 8 mai 2026 à Rabat. Cet événement s’est déroulé dans le cadre du 31e Salon international de l’édition et du livre (SIEL). Devant une audience de passionnés, l’auteur a analysé les fondations de son univers romanesque. Il a souligné son attachement viscéral aux questionnements de l’époque actuelle. Pour lui, le présent agit comme une boussole indispensable. Il utilise cette temporalité pour éclairer des problématiques anciennes mais toujours brûlantes. Cette rencontre a permis de lever le voile sur une œuvre en prise directe avec le réel.
Une gestation lente
Concernant sa méthode de travail, le romancier a détaillé son rapport singulier au temps de l’écriture. Il privilégie une approche de précision de ses sujets. En effet, l’auteur s’imprègne longuement de ses thématiques par des recherches approfondies et des investigations rigoureuses. Il agit comme un horloger avant de prendre la plume. Par conséquent, il modifie rarement la structure de ses textes une fois le processus de rédaction lancé. Cette rigueur transforme son travail en une véritable architecture textuelle où chaque mot trouve sa place définitive dès le premier jet.
L’urbanisme comme miroir
L’espace constitue le cœur battant de sa narration. El Achaari observe les villes comme des organismes vivants en constante mutation. Il s’intéresse particulièrement au déplacement des populations des campagnes vers les centres urbains. Ainsi, le roman devient un laboratoire pour interroger les zones d’ombre de la mémoire collective. Les transformations urbaines révèlent, selon lui, les dysfonctionnements profonds de la modernisation marocaine. Le lieu n’est plus un simple décor. Il devient un personnage à part entière, témoin des non-dits et des fractures sociales.
L’ironie et l’esthétique
L’écrivain manie l’ironie pour disséquer la réalité. Il considère cet exercice comme un sommet de maturité artistique. Toutefois, il avertit que l’ironie exige une grande maîtrise pour éviter la superficialité. Cette esthétique repose sur le contraste et la contradiction permanente des situations. De surcroît, les arts plastiques nourrissent intensément son imaginaire. Ce rapport visuel aiguise sa sensibilité. Il offre une nouvelle perspective à sa plume grâce à une observation intense des objets et des formes.
Un passé toujours vivant
Quant au rapport à l’histoire, El Achaari rejette l’étiquette de romancier historique pur. Pourtant, les séquences historiques traversent ses récits comme un courant souterrain. Il croit fermement que nos actions d’aujourd’hui sont les fruits de nos actes d’hier. Parfois, l’imaginaire doit suppléer le manque de documents officiels. La fiction comble alors les vides de l’archive avec une force poétique remarquable. Il a également évoqué ses débuts dans les années 1990 avec le recueil « Jour difficile », voyant là les racines de son imaginaire actuel.
Un parcours d’exception
Le critique Charaf Eddine Majdouline a salué une œuvre qui interroge l’histoire sans s’y enfermer. Né en 1951 à Zerhoun, El Achaari a marqué la littérature arabe avec son roman « L’Arc et le Papillon ». Ce livre lui a d’ailleurs valu le prestigieux Prix Booker arabe. Sa bibliographie comprend également des titres marquants comme « Le Sud de l’âme » (1996) ou « De bois et d’argile » (2021). Son parcours témoigne d’une quête incessante de vérité à travers le prisme de la fiction. Chaque nouveau roman confirme sa place de géologue de l’âme marocaine.
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