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Servir l’Afrique autrement : Repenser le rôle de la BAD

Par Hamza Abdelouaret


Face aux défis du continent, une nouvelle voix appelle à réinventer la Banque africaine de développement. Sidi Ould Tah propose une approche centrée sur les priorités humaines, les ressources africaines et l’impact réel sur le terrain.

Alors que le continent fait face à des défis inédits tels que l’endettement croissant, l’urgence climatique, les tensions sociales ou encore la pression démographique, la Banque africaine de développement se retrouve plus que jamais au centre des attentes. De plus en plus de voix s’élèvent pour appeler à une transformation profonde de son action. Il ne s’agit plus seulement de financer des infrastructures, mais de construire une banque réellement au service des Africains.

C’est dans cet esprit que Sidi Ould Tah, candidat à la présidence de la BAD, a récemment exprimé une vision ambitieuse et pragmatique. Il propose de replacer les priorités humaines au cœur des interventions de la banque, d’élargir les sources de financement à partir des ressources africaines, de renforcer son efficacité institutionnelle, d’accompagner des projets structurants comme la Coupe du Monde 2030 au Maroc et de s’appuyer sur des expériences africaines déjà couronnées de succès. Cette approche dessine une BAD plus proche, plus souveraine, plus agile.

Repenser le rôle de la BAD, c’est aussi affirmer un nouveau cap pour l’Afrique. Un cap où les populations ne sont plus des bénéficiaires passifs mais des acteurs à part entière du développement.

De 10 à 100 milliards de dollars : un changement d’échelle assumé

Actuellement, la BAD finance environ 10 milliards de dollars de projets par an. Pour Sidi Ould Tah, ce volume est largement insuffisant au regard des besoins structurels du continent, estimés à plus de 400 milliards de dollars annuels dans les secteurs clés comme les infrastructures, l’énergie, l’eau, l’éducation ou la santé.

Sa proposition est ambitieuse : multiplier par dix la capacité annuelle de financement de la banque. Ce bond ne se ferait pas uniquement en sollicitant les institutions internationales classiques, mais surtout en réorientant les richesses africaines vers le développement africain.

Fonds souverains africains : des ressources inexploitées

Plusieurs pays africains, notamment en Afrique du Nord, au Nigeria, en Angola ou au Botswana, disposent de fonds souverains alimentés par les recettes minières, pétrolières ou agricoles. Ces instruments sont souvent placés à l’étranger, dans des actifs peu risqués… mais à faible rendement et à faible impact local.

Sidi Ould Tah propose une transformation : faire de ces fonds des co-financeurs stratégiques de projets BAD, en leur offrant des garanties solides et un impact mesurable. Une stratégie qui permettrait de réconcilier rendement financier et utilité sociale, tout en réduisant l’exposition au risque de change ou de dette extérieure.

Mobiliser la diaspora africaine et les marchés de la région

Autre levier majeur de financement : les ressources de la diaspora africaine, qui envoie chaque année plus de 95 milliards de dollars de transferts vers le continent, souvent sous forme de soutien familial. Le candidat souhaite créer des instruments d’épargne et d’investissement attractifs, labellisés par la BAD, pour transformer cette manne en capital productif.

En parallèle, il souhaite renforcer le rôle des marchés de capitaux africains, aujourd’hui trop fragmentés et sous-utilisés, en favorisant la titrisation, les émissions d’obligations durables, ou les partenariats public-privé avec des assurances et des fonds de pension locaux.

Une souveraineté solidaire, tournée vers l’impact

Ce projet de financement souverain ne signifie pas isolement. Au contraire, il repose sur une vision solidaire et intégrée du développement africain, où les États, les institutions financières régionales, les acteurs privés et les citoyens contribuent ensemble à une dynamique vertueuse. L’objectif ? Développer une autonomie financière maîtrisée, capable de réduire la vulnérabilité face aux chocs extérieurs, sans renoncer aux standards de rigueur et de transparence.

Dans cette vision, la BAD ne serait plus seulement une banque d’appui au développement, mais une institution catalytique, porteuse d’une ambition continentale assumée.


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