Sécurité routière au Maroc : entre responsabilité collective et exigence d’autorité
Chaque année, les routes marocaines enregistrent des bilans tragiques. Malgré des campagnes de sensibilisation et la présence constante des forces de l’ordre, le nombre d’accidents, de morts et de blessés continue d’augmenter, au point de devenir une urgence nationale.
Par Yassine Andaloussi
Les données récentes confirment l’ampleur du phénomène. En 2025, près de 160 347 accidents corporels ont été recensés à l’échelle nationale. À fin novembre, 4 577 personnes ont perdu la vie sur les routes du Royaume. Le nombre de blessés graves dépasse 9 500 cas. Déjà en 2024, plus de 143 000 accidents corporels avaient été enregistrés, causant 4 024 décès et plus de 14 700 blessés graves. La tendance est donc clairement préoccupante, avec une hausse sensible des accidents et surtout des décès.
Les causes sont connues et largement documentées. Excès de vitesse, inattention au volant, usage du téléphone portable, non respect des priorités, conduite sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants, fatigue et défaut d’entretien des autocars et des poids lourds figurent parmi les principaux facteurs. À ces éléments s’ajoutent des comportements de défi particulièrement visibles en milieu urbain, notamment chez certains conducteurs de deux roues.
Le cadre légal marocain en matière de sécurité routière est cohérent et relativement complet. Les institutions compétentes, à l’image de la NARSA, mènent des campagnes de sensibilisation régulières. Les corps de police et la gendarmerie assurent des contrôles quotidiens, verbalisent et tentent de réguler la circulation. Le Ministère de l’Intérieur a également pris des mesures pour encadrer certaines pratiques dangereuses afin d’éviter des drames supplémentaires.
Pourtant, ces efforts restent insuffisants face à l’ampleur du phénomène. Il faut avoir le courage de reconnaître qu’un segment de la population ne rentre dans l’ordre que par la dissuasion réelle. La pédagogie et la prévention sont indispensables, mais elles ne produisent leurs effets que lorsque la sanction est crédible, immédiate et réellement dissuasive.
Dans certains environnements, la transgression de la règle devient un marqueur social. Un individu circulant sur une moto de cylindrée réelle 150 cm3 mais déclarée comme 50 cm3 pour contourner la réglementation, adoptant une conduite dangereuse et provocatrice, ne cherche pas seulement à se déplacer. Il cherche à asseoir une réputation. Dans certains quartiers, la prise de risque et la capacité à défier l’autorité constituent un calibrage du statut social. Si la sanction encourue est faible ou aléatoire, la récidive devient presque logique. Le gain symbolique dépasse le risque perçu.
Dans ces situations, seule une réponse ferme et systématique peut inverser la dynamique. Confiscations effectives des véhicules en infraction, sanctions financières adaptées, retrait du permis lorsque cela est possible et application rigoureuse de la loi sont des leviers nécessaires pour restaurer l’autorité de la règle.
Cependant, la dimension répressive ne peut constituer l’unique réponse. La sécurité routière est aussi le reflet de notre culture collective. Le respect du code de la route découle du respect de l’autorité en général. Lorsque l’éducation familiale est fragilisée et que l’autorité parentale est contestée, le rapport à la loi devient plus instable. Le manque de respect envers les parents se prolonge souvent par un manque de respect envers les institutions.
La sécurité routière ne se résume donc ni à des radars ni à des procès verbaux. Elle repose sur un pacte implicite entre l’État et les citoyens. L’État doit garantir une application ferme et équitable des règles. Les citoyens doivent intégrer que conduire n’est pas un droit absolu mais une responsabilité envers soi même et envers les autres.
Chaque accident évitable constitue un échec collectif. Face à des milliers de morts et de blessés chaque année, le Maroc ne peut se contenter de constats. Il est temps d’engager un véritable sursaut culturel, éducatif et institutionnel afin que nos routes cessent d’être des lieux de tragédie répétée et deviennent enfin des espaces de sécurité et de responsabilité partagée.
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