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Santé mentale : Le grand chantier de l’intégration de la santé mentale de proximité

LA VÉRITÉ


Alors que le poids économique de la dépression pour le Maroc est estimé à 21,2 milliards de dollars d’ici 2050 selon une étude publiée dans Nature Medicine, et que 27 % des étudiants présentent un risque suicidaire selon des travaux menés à Tétouan, la santé mentale s’impose comme un défi sociétal majeur. Cette urgence psychologique interroge directement la capacité des vastes chantiers de réforme du système de santé à briser les tabous et à démocratiser l’accès aux soins.

La santé mentale n’est plus une simple affaire individuelle, c’est un enjeu de santé publique et de cohésion sociale de premier plan. D’après une étude macroéconomique internationale parue dans Nature Medicine, le coût cumulé de la dépression pour le Maroc atteindra 21,232 milliards de dollars entre 2025 et 2050. Un fardeau qui représente 0,504 % du PIB national annuel, dépassant à la fois la moyenne mondiale fixée à 0,460 % et celle de la région MENA (0,376 %). Plus qu’un simple coût médical, ce choc économique frappe d’abord l’emploi à travers l’absentéisme, la baisse de productivité et la perte de travailleurs, touchant de plein fouet une population jeune en pleine construction de carrière.

L’urgence de la jeunesse et la réalité des campus

Cette vulnérabilité psychologique trouve un écho particulièrement alarmant sur le terrain académique. Une étude menée auprès de 1 191 étudiants de l’Université Abdelmalek Essaâdi à Tétouan, publiée dans Discover Public Health, révèle que 27 % d’entre eux présentaient un risque suicidaire au cours du mois précédant l’enquête. Parmi ces cas, 86,6 % relevaient d’un risque faible, 11,2 % d’un risque modéré et 2,2 % d’un risque élevé, conduisant à l’orientation de sept étudiants vers des services psychiatriques.

L’enquête met en lumière des facteurs aggravants bien identifiés : la consommation de cannabis — qui multiplie le risque par plus de quatre —, le célibat, les traumatismes ou violences subis durant l’enfance ainsi que les antécédents familiaux de troubles psychiques. Face à ces drames silencieux, les chercheurs pointent du doigt le poids persistant de la stigmatisation, le coût élevé des soins et l’insuffisance de l’accompagnement, plaidant pour des campagnes de sensibilisation accrues et un dépistage précoce généralisé dans les universités.

Le défi de la réforme sanitaire : intégrer la psyché au cœur des soins primaires

Dans ce contexte tendu, la grande réforme du système de santé menée au Maroc se trouve investie d’une responsabilité historique. Jusqu’ici souvent reléguée au second plan, la prise en charge de la santé mentale doit impérativement trouver sa place au sein des structures de soins de santé primaires.

Pourtant, des solutions rentables existent et ne demandent qu’à être déployées à grande échelle. Les auteurs de l’étude internationale rappellent en effet que chaque dollar investi dans le renforcement des traitements contre la dépression et l’anxiété génère un retour de quatre dollars en gains de santé et de productivité. Des alternatives modernes, telles que la thérapie cognitivo-comportementale en ligne ou l’intégration de services psychologiques de proximité pour un coût estimé entre 1 et 5 dollars par habitant et par an dans les pays à revenu intermédiaire, ouvrent la voie.

Pour désamorcer cette bombe à retardement sociale, l’État et les acteurs de la santé doivent impérativement ériger le bien-être psychologique en priorité nationale. En sortant la santé mentale du silence et en l’intégrant pleinement au cœur des soins de proximité, le Maroc se dote des moyens d’un véritable progrès humain et sanitaire.

 


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