Santé : la modernisation ne peut plus attendre
Par Sanae El Amrani
La feuille de soins électronique arrive enfin dans le système de remboursement de la CNSS. L’annonce peut paraître technique, presque administrative. Pourtant, elle dit beaucoup sur l’état réel de la modernisation des services publics au Maroc et sur la relation devenue parfois difficile entre le citoyen et les grandes réformes annoncées depuis plusieurs années.
Sur le principe, personne ne peut être contre. Réduire la paperasse, accélérer les remboursements, limiter les erreurs, simplifier les démarches médicales, fluidifier les échanges entre médecins, pharmacies et caisses de couverture médicale : tout cela relève du bon sens. Le problème est ailleurs. Il réside dans cette impression persistante que la modernisation avance plus lentement que les attentes des citoyens.
En 2026, des milliers d’assurés continuent encore à découper des vignettes de médicaments, remplir des formulaires papier, classer des ordonnances et attendre parfois plusieurs semaines avant d’obtenir un remboursement partiel. Cette réalité crée un décalage visible avec les discours sur la transformation numérique, l’administration digitale et la généralisation de la protection sociale.
La question devient alors simple : modernise t on réellement le parcours de soins ou améliore t on uniquement son traitement administratif ?
Car la rapidité du remboursement ne suffit plus à elle seule à calmer les frustrations. Beaucoup de familles regardent désormais le niveau même des remboursements, le coût des consultations, les dépassements, le prix des médicaments et le reste à charge qui continue à peser lourdement sur les budgets des ménages. La digitalisation peut accélérer un dossier. Elle ne change pas automatiquement les difficultés vécues par les assurés.
Le débat actuel révèle aussi un autre sujet important : celui du rythme des réformes. Depuis plusieurs années, le Maroc multiplie les chantiers de modernisation dans la santé, la protection sociale et l’administration numérique. Mais sur le terrain, les citoyens jugent surtout les résultats concrets : rapidité des démarches, qualité du service, simplicité des procédures et efficacité réelle des remboursements.
La feuille de soins électronique constitue une étape utile. Elle peut améliorer le suivi des patients, faciliter les parcours médicaux dans les territoires éloignés et réduire certaines lourdeurs administratives. Elle impose aussi des exigences importantes en matière de cybersécurité, de protection des données médicales et d’interopérabilité entre les différents systèmes utilisés par les professionnels de santé.
Le Maroc dispose aujourd’hui des moyens financiers et techniques nécessaires pour accélérer cette transformation, particulièrement après le lancement de la généralisation de la couverture sociale voulue par SM le Roi Mohammed VI. Les attentes des citoyens sont désormais très élevées et les institutions seront jugées sur l’efficacité réelle des changements annoncés.
Car au final, les assurés attendent une chose très simple: être remboursés plus vite, mais surtout être remboursés correctement.
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