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Santé, éducation, sport : L’arbitrage réel des priorités publiques

La question des priorités publiques revient régulièrement dans le débat national, souvent sous la forme d’une opposition frontale entre secteurs sociaux et grands investissements visibles. Santé, éducation et sport sont ainsi placés en concurrence dans l’imaginaire collectif, alors qu’ils traduisent en réalité des temporalités différentes d’une même stratégie de développement.

Par Hamza Abdelouaret


Dans le domaine de la santé, le pays a engagé un cycle de transformation qui ne se limite plus à des ajustements ponctuels. Il s’agit d’un basculement d’échelle. Près de 3 000 centres hospitaliers sont aujourd’hui concernés par des opérations de construction, de réhabilitation ou de réaménagement. Plus de 8 000 structures ont déjà été réalisées, 1 400 sont actuellement en chantier et 1 600 autres entreront progressivement en réaménagement à partir de cette année. La répartition géographique de cet effort n’est pas neutre. La majorité des centres concernés se situe en milieu rural, signe d’une volonté assumée de corriger des inégalités territoriales anciennes et de refonder l’accès aux soins sur une logique de proximité.

Cette montée en puissance des infrastructures pose toutefois une question centrale. Celle de leur capacité réelle à fonctionner pleinement. Le système de santé marocain souffre d’un déficit humain structurel. Avec environ 7 médecins pour 10 000 habitants, le pays reste largement en dessous des standards internationaux. Le manque est estimé à près de 32 000 médecins et 65 000 infirmiers. La création annoncée de 27 000 nouveaux postes budgétaires constitue un signal fort, mais elle ne saurait à elle seule résorber un retard accumulé sur plusieurs décennies.

Le cœur du problème est ailleurs. La formation médicale est un investissement de long terme. Les effets des réformes engagées aujourd’hui ne produiront leurs résultats que dans plusieurs années. Entre 2019 et 2025, la capacité d’accueil des facultés de médecine et des instituts de formation infirmière a quasiment doublé. Cet effort traduit un changement de méthode, mais il s’accompagne d’un autre défi, moins visible et pourtant décisif. Celui de la rétention des compétences. Dans un marché mondial de la santé marqué par une forte concurrence, les profils médicaux marocains sont très sollicités à l’étranger, obligeant les pouvoirs publics à repenser les conditions d’exercice, les parcours professionnels et l’attractivité du système national.

C’est dans ce contexte que les investissements dans le sport sont souvent perçus comme excessifs. L’argument revient régulièrement dans le débat public, notamment lorsque les tensions sociales s’expriment. Les chiffres, pourtant, racontent une autre histoire. Le budget de l’éducation dépasse aujourd’hui 90 milliards de dirhams, tandis que les investissements liés à la CAN 2025 sont estimés autour de 20 milliards de dirhams. Un montant qui reste marginal au regard des besoins structurels de la santé et de l’enseignement, et qui ne saurait constituer une variable d’ajustement suffisante pour résoudre leurs déséquilibres profonds.

Surtout, la lecture purement comptable masque un changement de paradigme. Le sport est désormais intégré comme un levier de visibilité, d’attractivité et de projection économique. Il agit sur l’image du pays, sur la confiance des investisseurs et sur des secteurs connexes comme le tourisme, les services et les infrastructures urbaines. Dans le même temps, l’éducation connaît une réforme de fond à travers le déploiement progressif des écoles pionnières, avec une généralisation annoncée à l’horizon 2027. Les premiers résultats observés montrent des avancées en matière de qualité pédagogique et de lutte contre l’abandon scolaire.

L’enjeu n’est donc pas de hiérarchiser artificiellement les secteurs, mais de comprendre la cohérence d’ensemble. La santé exige du temps, des compétences et de la stabilité. L’éducation conditionne la durabilité de toute réforme. Le sport, enfin, agit comme un accélérateur d’image et de confiance. Les effets ne se mesurent ni sur la même échelle ni sur le même calendrier.

Au fond, le débat sur les priorités budgétaires révèle une tension plus profonde. Celle entre l’urgence sociale et la transformation structurelle. Le défi pour les années à venir sera moins de choisir que de maintenir le cap, en veillant à ce que l’investissement public produise des résultats tangibles, visibles et durables pour l’ensemble de la population.


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