[ after header ] [ Mobile ]

[ after header ] [ Mobile ]

Sahara : Washington presse le Polisario

Par Mohammed Taoufiq Bennani


À un mois de l’échéance du mandat de la Minurso, les États-Unis demandent au Polisario de s’engager dans la recherche d’un règlement politique. Le 30 septembre, à New York, Mike Waltz, ambassadeur américain auprès des Nations unies, a reçu une délégation du mouvement et placé la situation des populations des camps de Tindouf au centre de son message public. Après 50 ans d’attente, a-t-il souligné, ces populations doivent pouvoir disposer de choix réels. Le diplomate a également affirmé qu’une base de solution était déjà sur la table. Cette déclaration intervient alors que Washington maintient son soutien à l’autonomie sous souveraineté marocaine et que le Conseil de sécurité doit examiner, en octobre, la poursuite de l’engagement onusien au Sahara.

La rencontre donne une nouvelle expression à la démarche américaine : maintenir des contacts directs avec le Polisario tout en défendant la proposition marocaine comme cadre de règlement. Dans sa publication, Mike Waltz insiste sur la durée du conflit et sur ses conséquences humaines. Il invite ainsi ses interlocuteurs à répondre à une perspective politique concrète. Le contenu détaillé des échanges reste toutefois à préciser, le message rendu public portant essentiellement sur l’urgence d’avancer et sur l’existence d’une base de discussion.

Lue à la lumière de la position officielle américaine, cette référence à une base de solution renvoie au plan d’autonomie présenté par le Maroc. Le secrétaire d’État Marco Rubio a réaffirmé cette orientation dans sa déclaration du 30 juillet 2026 à l’occasion de la Fête du Trône. Washington reconnaît la souveraineté marocaine sur le Sahara et soutient la proposition d’autonomie comme seule base d’une solution juste, durable et mutuellement acceptable. La réception d’une délégation du Polisario s’inscrit donc dans une diplomatie qui cherche à obtenir l’engagement du mouvement dans le processus défendu par les États-Unis.

Le calendrier donne à cet entretien une portée particulière. Le mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, la Minurso, arrive à échéance le 31 octobre 2026. Son renouvellement doit faire l’objet d’une décision du Conseil de sécurité, où les États-Unis assurent traditionnellement la préparation du projet de résolution sur ce dossier. Les contacts conduits avant cette échéance peuvent contribuer à éclairer les discussions entre les membres du Conseil, notamment sur les perspectives des négociations et sur le rôle futur de la mission.

Le cadre actuel est fixé par la résolution 2797, adoptée le 31 octobre 2025 par 11 voix favorables. La Chine, la Russie et le Pakistan s’étaient abstenus, tandis que l’Algérie avait choisi de ne pas participer au vote. Ce texte a prolongé le mandat de la Minurso pour un an et demandé aux parties de prendre la proposition marocaine d’autonomie comme base des discussions. Il vise une solution politique finale et mutuellement acceptable, dans le cadre des Nations unies, et considère qu’une autonomie véritable sous souveraineté marocaine pourrait constituer une issue des plus réalisables.

La distinction entre ce texte et la position américaine permet de comprendre l’étape actuelle. Washington défend une solution déterminée, l’autonomie sous souveraineté marocaine. Le Conseil de sécurité organise un processus de négociation fondé sur la proposition du Royaume, avec l’objectif de parvenir à un accord entre les parties. L’enjeu diplomatique consiste désormais à obtenir des engagements précis sur les modalités de ce règlement, les garanties offertes aux populations et les conditions de sa mise en œuvre.

Quelques jours avant la rencontre avec Mike Waltz, Massad Boulos, conseiller du président américain pour les affaires arabes et africaines, avait décrit l’état des discussions dans un entretien accordé à France 24. Selon ses déclarations, 3 cycles de négociations avaient déjà réuni des représentants du Maroc, de l’Algérie, de la Mauritanie et du Polisario. Il avait présenté ces échanges comme constructifs et productifs, tout en indiquant qu’un accord restait à construire. Washington attendait encore une réponse formelle du Polisario sur le plan d’autonomie.

Cette attente constitue un élément central du processus. Une réponse détaillée permettrait de connaître les points que le mouvement souhaite discuter et les engagements qu’il est disposé à prendre. Les déclarations de Massad Boulos, suivies du message de Mike Waltz, traduisent une volonté américaine d’obtenir cette clarification. Elles montrent également que les contacts diplomatiques se poursuivent alors que les conditions d’un accord demeurent en discussion.

La proposition marocaine fournit un contenu institutionnel à ces échanges. Présentée aux Nations unies en avril 2007, elle prévoit que les populations de la région administrent leurs affaires à travers des organes législatif, exécutif et judiciaire disposant de compétences propres. Le projet couvre notamment la gestion locale, le développement économique, les infrastructures et les politiques sociales. L’État conserverait les attributions liées à la souveraineté, dont la défense et les relations extérieures. Le statut d’autonomie issu des négociations serait soumis aux populations concernées par voie référendaire.

Ces dispositions ouvrent des questions concrètes pour une négociation : répartition des compétences, ressources financières de la région, représentation politique et garanties institutionnelles. Le projet prévoit aussi des mesures destinées au retour et à la réintégration des personnes installées hors du territoire. L’accent mis par Mike Waltz sur les populations de Tindouf prend ainsi une dimension directement liée au règlement envisagé, dont la mise en œuvre devrait répondre à leur situation et à leurs perspectives de vie.

Au Conseil de sécurité, la discussion d’octobre concernera également l’avenir de la présence onusienne. La résolution 2797 avait demandé au secrétaire général une revue stratégique du mandat futur de la Minurso, tenant compte du résultat des négociations. Le prochain examen devra donc articuler la poursuite de la mission avec l’évolution du processus politique. Le texte soumis au vote, les engagements annoncés par les parties et les suites données aux contacts américains permettront d’évaluer les progrès accomplis depuis la décision d’octobre 2025.


À lire aussi
commentaires
Loading...
[ Footer Ads ] [ Desktop ]

[ Footer Ads ] [ Desktop ]