Sahara marocain : La Chine et la Russie pour une convergence stratégique vers la stabilité régionale
Soutien discret à l’autonomie et intérêts géoéconomiques partagés
Par Fayçal El Amrani
Un récent rapport du Policy Center for the New South, cosigné par Fadoua Ammari et Rida Lyammouri, met en lumière une évolution notable, bien que subtile, des positions chinoise et russe sur la question du Sahara marocain.
Un conflit ancien, un nouvel élan géopolitique
Le différend sur le Sahara marocain, entre dans une phase décisive. Alors que le Maroc défend depuis 2007 un plan d’autonomie, conformément aux résolutions des Nations Unies et au droit international, les grandes puissances mondiales, notamment la Chine et la Russie, réévaluent leurs positions.
Dans un contexte multipolaire en mutation, Pékin et Moscou adoptent des postures diplomatiques mesurées mais évolutives, guidées par la stabilité régionale, la non-ingérence et des intérêts économiques croissants avec le Royaume.
Leur approche pragmatique s’aligne progressivement sur la solution marocaine, marquant une convergence inédite qui pourrait redéfinir les équilibres géopolitiques en Afrique.
Cette évolution, analysée par Fadoua Ammari et Rida Lyammouri dans leur Research Paper publié par le Policy Center for the New South (juin 2025), souligne comment les logiques de coopération et de respect des souverainetés redessinent les lignes d’interprétation de Pékin et de Moscou, au bénéfice de la paix et du développement durable dans la région.
Évolution historique : Principe de neutralité et réévaluation stratégique
Historiquement, la Chine et la Russie ont adopté des postures prudentes sur le dossier du Sahara marocain, évitant de prendre position entre le Maroc et le Polisario.
La Chine, longtemps neutre, a systématiquement refusé de reconnaître la Pseudo-RASD, tout en ne validant pas explicitement la souveraineté marocaine. Cependant, un tournant s’est opéré en 2018 avec son soutien à la résolution 2440 du Conseil de sécurité, introduisant le concept de solution « réaliste et pragmatique ». En 2021, son vote favorable à la résolution 2602, qui valide implicitement le plan d’autonomie marocain, marque un alignement subtil sur les intérêts du Royaume. Cette évolution s’inscrit dans un renforcement des relations bilatérales, scellé en 2016 par un partenariat stratégique entre les deux pays.
La Russie, héritière de l’URSS, a traditionnellement soutenu l’Algérie, alliée historique. Cependant, la visite du roi Mohammed VI à Moscou en 2016 a initié un rapprochement inédit. Si Moscou maintient officiellement le principe d’autodétermination, son abstention sur les résolutions récentes de l’ONU montre une volonté de ne pas contrarier la solution marocaine. En 2025, le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s’est même positionné comme médiateur potentiel, soulignant l’importance d’une solution négociée. Cette double posture, entre héritage soviétique et pragmatisme actuel, reflète une réévaluation stratégique guidée par les réalités géopolitiques contemporaines et les intérêts mutuels avec le Maroc.
Positions actuelles : Soutien discret et pragmatisme multilatéral
Aujourd’hui, la Chine continue de prôner une résolution « juste et durable » sous l’égide de l’ONU, mais ses actes parlent plus fort que ses discours. L’exclusion de la Pseudo-RASD du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) en 2024 signifie un soutien implicite à la souveraineté marocaine. Pékin coordonne sa position avec les États-Unis et l’Europe sur les résolutions de la MINURSO, tout en évitant de heurter Alger. Cette diplomatie subtile permet à la Chine de préserver ses relations avec le Maroc et l’Algérie, deux partenaires clés en Afrique du Nord.
Moscou critique le « monopole américain » sur les résolutions de l’ONU mais s’abstient désormais plutôt que de voter contre. En 2023, sa dénonciation des textes américains sur la MINURSO, tout en permettant leur adoption, illustre cette stratégie.
Parallèlement, la Russie exploite les opportunités économiques dans les territoires sahariens, comme les accords de pêche conclus en 2024. Ce pragmatisme économique, combiné à une médiation en devenir, positionne Moscou comme un acteur clé dans la recherche d’une solution durable, tout en évitant de déséquilibrer ses relations avec Alger et Rabat.
Convergence économique : Investissements et stabilité comme moteurs
Les intérêts géoéconomiques de la Chine et de la Russie avec le Maroc renforcent leur soutien discret à l’autonomie. Les échanges commerciaux entre Pékin et Rabat ont atteint 8 milliards de dollars en 2023, avec des investissements massifs dans l’industrie (batteries électriques, énergies renouvelables). Pékin considère le Maroc comme un hub logistique stratégique pour sa Belt and Road Initiative. Une résolution du conflit garantirait la sécurité de ces investissements et renforcerait le rôle du Royaume dans la connectivité Atlantique-Afrique subsaharienne.
Pour la Russie, le commerce russo-marocain a triplé en 2024, notamment en agriculture et en pêche. Moscou vise à étendre sa présence dans les projets d’infrastructures du port de Dakhla et les ressources halieutiques. Sur le plan géostratégique, une stabilisation du Sahara bénéficierait à la Russie dans sa lutte contre le terrorisme au Sahel, où elle intensifie ses alliances via des acteurs comme le groupe Wagner. Cette convergence économique souligne comment la stabilité régionale sert les agendas stratégiques des deux puissances, tout en consolidant la position du Maroc comme acteur incontournable du Maghreb.
Perspectives : Un modèle de règlement pragmatique
La solution marocaine d’autonomie, ancrée dans le respect de la souveraineté et du droit international, offre une voie réaliste pour sortir de l’impasse. Pour la Chine, elle garantit la stabilité nécessaire à ses projets infrastructures ; pour la Russie, elle prévient une escalade entre deux partenaires clés (Maroc et Algérie). Cette convergence pourrait inspirer d’autres conflits séparatistes, en valorisant l’intégrité territoriale et les compromis institutionnels. Comme le soulignent Ammari et Lyammouri, cette approche reflète une vision partagée : la stabilité régionale prime sur les schémas idéologiques.
Vers un consensus multipolaire
Alors que le soutien occidental au plan d’autonomie marocain s’affirme, Pékin et Moscou rejoignent discrètement ce consensus. Leur pragmatisme reflète une vision partagée : la stabilité régionale prime sur les schémas idéologiques. En intégrant leurs intérêts géoéconomiques et leurs principes diplomatiques, la Chine et la Russie pourraient jouer un rôle décisif dans la résolution d’un conflit centenaire, tout en renforçant leur influence en Afrique du Nord. Comme le rappelle la publication du Policy Center for the New South, cette dynamique ouvre la voie à un modèle de règlement basé sur le respect mutuel et l’intégration régionale, bénéfique à la paix et au développement durable.
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