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Sahara, le processus s’accélère

Par Sanae El Amrani


Le dossier du Sahara entre dans une séquence plus structurée. La réunion organisée à Madrid à l’initiative des États-Unis en constitue le signal le plus clair. Après six ans d’interruption du format multilatéral, les discussions reprennent autour d’un mécanisme concret. Le processus s’oriente désormais davantage vers la mise en œuvre que vers la déclaration d’intention.

Pendant des années, le cadre onusien a évolué dans une répétition de formules connues, résolutions reconduites, tables rondes sans lendemain, postures figées. Le conflit avançait sans véritable décision politique. La rencontre organisée sous égide américaine ne constitue pas encore une percée historique, mais elle introduit une évolution méthodologique qu’il faut analyser avec lucidité.

Pour la première fois depuis longtemps, les discussions ne portent plus sur le principe abstrait de l’avenir du territoire. Elles portent sur les modalités concrètes d’une autonomie. La création d’un comité technique permanent chargé d’examiner les mécanismes fiscaux, judiciaires et sécuritaires d’une future gouvernance locale change la nature du débat. Lorsqu’un conflit passe du politique symbolique au technique opérationnel, il entre dans une phase différente. On ne débat plus d’intentions, on discute d’architecture institutionnelle.

Cette évolution est directement liée à la résolution 2797 adoptée par le Conseil de sécurité à l’automne 2025. Ce texte n’a pas simplement reconduit le mandat de la Minurso. Il a consacré la proposition marocaine d’autonomie comme base la plus sérieuse et crédible pour une solution politique. La réunion de Madrid constitue la première mise en pratique tangible de cette orientation. Le plan d’autonomie actualisé présenté par Rabat, désormais structuré en 40 pages, devient le document technique de référence. Le centre de gravité des négociations se déplace.

Il faut le dire clairement. Le débat n’est plus autonomie contre référendum. Il devient comment organiser l’autonomie.

Dans cette séquence, le rôle de Washington est déterminant. Les États-Unis ne se contentent plus d’un soutien diplomatique à la souveraineté marocaine. Ils structurent le processus, fixent un calendrier, encadrent la communication et préparent une prochaine étape à Washington au printemps, avec en perspective un accord-cadre. Ce pilotage américain traduit une lecture stratégique plus large. Le Sahara n’est plus perçu comme un conflit périphérique. Il est intégré à la stabilité du Maghreb, aux équilibres énergétiques et à la recomposition géopolitique africaine.

Le Maroc, dans ce contexte, récolte le fruit d’une diplomatie de constance. Depuis 2007, Rabat n’a jamais varié dans son offre d’autonomie sous souveraineté nationale. Ce choix du réalisme a longtemps été contesté, parfois caricaturé. Il apparaît aujourd’hui comme la seule base de travail concrète autour de laquelle s’organisent les discussions.

La posture algérienne mérite également d’être analysée sans simplification. La participation d’Alger au format multilatéral, malgré la rupture diplomatique avec Rabat depuis 2021, montre que le dossier ne peut plus être contourné. Le refus d’une photo de groupe à Madrid traduit une prudence symbolique, voire une crispation. Il révèle surtout une difficulté à assumer pleinement un rôle de partie prenante alors même que la dynamique internationale évolue. La diplomatie est aussi affaire de séquences visuelles. Refuser l’image, c’est parfois signaler une hésitation stratégique.

La bataille sémantique autour du terme autodétermination reste le cœur du désaccord. Le Maroc soutient que celle-ci peut s’exercer à travers une autonomie large, démocratiquement validée, inscrite dans les constantes institutionnelles du Royaume. Le Polisario continue de défendre une interprétation incluant l’option d’indépendance. Mais si le comité technique travaille exclusivement sur les modalités d’autonomie, la discussion porte désormais sur son organisation concrète.

Il serait prématuré de parler d’aboutissement. Les divergences persistent. Les tensions sur le terrain rappellent que la dimension sécuritaire demeure présente. La Minurso elle-même fait l’objet d’interrogations sur son avenir et son mandat. Pourtant, une donnée nouvelle s’impose. Le dossier n’est plus figé.

Pour le Maroc, l’enjeu n’est pas de proclamer une victoire. Il est de consolider une trajectoire. L’autonomie n’est pas une concession. Elle est un projet de gouvernance moderne, adapté aux réalités locales, inscrit dans la souveraineté nationale. Elle correspond à l’évolution du Royaume, à sa stabilité institutionnelle et à sa vision africaine.

Le processus s’accélère. Il ne garantit pas l’issue. Mais il confirme une chose essentielle. La constance diplomatique finit toujours par produire ses effets.


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