Sahara : le parti de Jacob Zuma brise le tabou et soutient Rabat face à Ramaphosa
Troisième force politique en Afrique du Sud, uMkhonto weSizwe plaide pour une alliance stratégique avec le Maroc et reconnaît la souveraineté du Royaume sur le Sahara, isolant davantage le président sud-africain sur la scène internationale
LA VÉRITÉ
Dans un geste à forte portée diplomatique, le parti sud-africain uMkhonto weSizwe (MK), fondé par l’ancien président Jacob Zuma, a officiellement exprimé son soutien à la souveraineté du Maroc sur le Sahara, dans un rapport stratégique de 17 pages publié sur son site officiel. Cette prise de position inédite marque un tournant dans les relations maroco-sud-africaines et isole davantage le président Cyril Ramaphosa, ardent défenseur du Polisario.
Une nouvelle lecture géopolitique au sein de l’Afrique du Sud
Le rapport appelle à une reconfiguration des alliances régionales, en suggérant un partenariat stratégique entre Rabat et Prétoria. Les auteurs y plaident pour une coopération fondée sur la stabilité, la lutte contre le séparatisme et la promotion d’une Afrique souveraine, unie et prospère.
À leurs yeux, l’Afrique du Sud et le Maroc partagent un rôle moteur sur le continent : ils figurent parmi les principaux investisseurs africains et jouent un rôle central dans le maintien de la paix et la stabilité régionale. Le document suggère que le soutien de l’Afrique du Sud à l’intégrité territoriale du Maroc représente une avancée cohérente au regard de ces intérêts stratégiques.
Un soutien explicite au plan d’autonomie marocain
Le parti de Jacob Zuma adopte une position sans équivoque : il appelle à la prise en compte du plan d’autonomie proposé par le Maroc comme solution politique durable au différend autour du Sahara. Le rapport présente ce plan comme la seule alternative sérieuse permettant de garantir la stabilité régionale, tout en respectant l’histoire et les droits souverains du Royaume.
Les rédacteurs soulignent également que le Sahara a toujours appartenu historiquement au Maroc, bien avant l’occupation espagnole. Ils qualifient la Marche verte de 1975 d’« acte de libération pacifique » et affirment que la souveraineté du Maroc sur ce territoire doit être reconnue au nom de la justice historique.
Des liens anciens revisités
En retraçant les relations entre les deux nations, le rapport rappelle le soutien actif du Maroc à la lutte contre l’apartheid, à travers l’accueil de militants sud-africains dans les années 60 et 70. Il évoque également les valeurs partagées de libération, d’unité africaine et de résistance au colonialisme, comme fondement d’une coopération renouvelée.
Cette déclaration s’inscrit dans la continuité de la rencontre historique de novembre 2017 à Abidjan, entre Jacob Zuma, alors président, et SM le Roi Mohammed VI, rencontre qui avait abouti à la reprise des relations diplomatiques entre les deux pays, après une longue période de tension.
Une dynamique politique interne qui redessine les rapports extérieurs
uMkhonto weSizwe, dissident de l’ANC (Congrès National Africain), s’est imposé comme troisième force politique en Afrique du Sud à l’issue des législatives de 2024, en obtenant 58 sièges au Parlement, derrière l’ANC et l’Alliance Démocratique (DA). Ce succès électoral donne désormais au parti de Zuma un poids politique significatif et lui permet d’influencer la politique étrangère de manière plus visible.
Contrairement à l’ANC, dont le président Cyril Ramaphosa continue de soutenir le Front Polisario, MK propose une vision alternative, pragmatique et panafricaine. En refusant de s’aligner sur une position héritée de la guerre froide, le parti cherche à construire une diplomatie fondée sur les intérêts communs et la stabilité continentale.
Ramaphosa de plus en plus isolé
Cette déclaration de MK intervient dans un contexte de fragmentation des positions sud-africaines sur la question du Sahara. L’Alliance Démocratique, deuxième force politique du pays, n’a jamais manifesté un soutien explicite au Polisario. Ainsi, le président Ramaphosa, longtemps défenseur acharné des thèses séparatistes, apparaît de plus en plus isolé, tant sur la scène intérieure qu’au niveau continental.
L’initiative de Jacob Zuma et de son parti pourrait dès lors relancer le débat stratégique sur les priorités de la politique étrangère sud-africaine, en mettant l’accent sur les complémentarités économiques, diplomatiques et culturelles entre Rabat et Prétoria.
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