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    Par:  

    Mohamed KOURSI

  • 03 octobre 2020  à 09:51
  • Temps de lecture: 7 minutes
  • CULTURESafi : Immersion au coeur de la Zaouia de Sidi Abou Mohamed Saleh Almagri

    Safi : Immersion au coeur de la Zaouia de Sidi Abou Mohamed Saleh Almagri
    Safi : Immersion au coeur de la Zaouia de Sidi Abou Mohamed Saleh Almagri

    Située à quelques encablures seulement de la corniche de Safi, la Zaouia du Saint et érudit Sidi Abou Mohamed Saleh Almagri se dresse en « témoin » d’une longue histoire de plusieurs siècles tout aussi riche que passionnante du soufisme marocain.

    A l’entrée d’une petite ruelle de l’ancienne médina, offrant une vue prenante sur l’Océan, une arcade, d’une beauté architecturale renvoyant à des siècles passés et portant le nom de ce Saint vénéré, donne déjà un avant-goût aux visiteurs pour un périple dans le temps et dans l’espace qui les attendent, une fois la porte de ce lieu emblématique franchie.

    A l’intérieur de la Zaouia, scindée en mausolée et en mosquée du Saint Sidi Abou Mohamed Saleh Almagri, né en 550 de l’Hégire/1158 et décédé en 631 de l’Hégire/1234, un silence profond règne dans l’espace, parfois rompu par des cris de mouettes. Une réelle immersion dans un lieu chargé d’histoire et de spiritualité.

    Au coeur de cet édifice, tout a été fait pour préserver l’âme et l’identité historique de cette Zaouia, notamment face à une modernité de « plus en plus agressive », qui vient ébranler tout ce qui est authentique, naturel et original. Zellige traditionnel, arcades, bois, tapis traditionnels….etc, tout est soigneusement conservé, « devoir moral » l’oblige, certes, mais aussi pour le bonheur des adeptes comme des visiteurs de la Zaouia.

    A Safi comme dans les autres régions avoisinantes, ce grand Soufi du début du 12è siècle est très connu car ses actions débordaient les seules frontières nationales. En effet, Sidi Abou Mohamed Saleh Almagri jouissait d’une grande réputation et d’un enseignement hagiographique si riche et abondant.

    Un des symboles du soufisme au Maroc, il descend d’une tribu amazigh de la région de Doukkala, dite « Banou Magri » et c’est à la ville de Safi où il s’est employé à l’étude, à l’enseignement et à la formation des volontaires, après avoir passé plus de 20 ans en Orient, consacrés aux études et au recueillement, ce qui avait contribué au rayonnement de son action et lui avait conféré un pouvoir moral et spirituel si important.

    Connu pour ses cours téléologiques et conseils éclairés, Abou Mohamed Saleh Almagri a été fortement sollicité par des délégations qui venaient le rencontrer à l’époque et bénéficier du savoir et des riches connaissances de ce disciple de grands maîtres du soufisme, qui était un prédicateur averti, un cheikh savant et l’un des promoteurs infatigables de l’Islam tolérant et du juste milieu.

    La notoriété de ce Saint vénéré des plus populaires dans la région d’Abda, il la doit aussi à la création par ses soins de « Ribat Annour », une sorte de centre, si vite devenu « une destination » prisée pour les étudiants et les adeptes avides d’apprendre les sciences téléologiques, le Fiqh et la Tariqa soufie sunnite.

    Son amour pour la connaissance et le savoir et son degré élevé de piété le présentaient comme un maître si sage et érudit, surtout qu’il avait à former un nombre très conséquent de disciples et d’initiés, dont ses deux fils Abdelaziz et Ahmed, ainsi que ses petits-fils qui avaient, après son décès, pris le flambeau afin d’achever son oeuvre aussi bien au Maroc qu’en Orient.

    Approché par la MAP, le Moqadem de ladite Zaouia, Hassan Bencheikh, a livré un aperçu exhaustif sur la vie du Saint vénéré Abou Mohamed Saleh Almagri, affirmant que « le cheikh était un homme droit, intègre et honnête. Un grand bienfaiteur qui s’était consacré à répandre les enseignements de Dieu et de la Sunna du prophète Sidna Mohamed (PSL) ».

    « Très tôt, il s’initia à la mystique musulmane où il montra vite un grand talent et des capacités énormes d’assimilation et d’apprentissage. Sa passion pour la science et la connaissance lui avait permis de fonder un peu partout comme en Orient des Zaouias et des Ribats, quelque 46 au total, dédiés au Dikr et à l’enseignement, tout en veillant personnellement et par l’intermédiaire de ses auxiliaires à l’accomplissement de tâches précises et bien déterminées », a-t-il expliqué.

    Et M. Bencheikh de rappeler qu’alors que le Maroc traversait à cette époque une situation particulière et que les Marocains ont abandonné la route du Hajj (pèlerinage) pendant près de 80 ans en raison des mésaventures auxquelles ils s’exposaient, le Saint Abou Mohamed Saleh Almagri s’est lancé dans la lutte contre ce fléau, en procédant aussi bien dans le Royaume que dans d’autres pays, au lancement d’une action de propagande afin que le rituel du « Hajj » soit imposé de nouveau.

    C’est ainsi qu’à partir du Ribat de Safi, que les instructions du Saint vénéré étaient transmises à ses représentants dans les différents centres qu’ils dirigeaient, et toutes les dispositions utiles pour faciliter le Hajj furent prises, a-t-il dit, notant que les Marocains avaient repris confiance et décidé de se rendre au pèlerinage après que la route vers la Mecque fut sécurisée grâce également à l’organisation de convois multiples.

    S’attachant au moindre détail concernant les opérations des départs vers la Mecque : distribution de vivres, montures et médicaments, le Saint Sidi Abou Mohamed Saleh Almagri avait réalisé son but majeur et décidé ainsi de charger annuellement une délégation d’accomplir ce rituel, a-t-il indiqué.

    D’autre part, M. Bencheikh a passé en revue une série d’activités organisées par la Zaouia, dont des veillées religieuses dédiées à la déclamation et à la psalmodie du Saint Coran, à la revivification de la Sunna, ou encore à la lecture de « Dalael Al Khayrat », outre la célébration des fêtes religieuses, tout en exprimant sa profonde gratitude à Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Amir Al Mouminine, pour la Haute Sollicitude dont le Souverain ne cesse d’entourer le champ religieux et les adeptes et Moqadems des confréries religieuses.

    Lui emboîtant le pas, M. Khalid Fqihi, conservateur-adjoint à la direction provinciale de la culture, s’est arrêté sur la particularité de cette Zaouia et son rôle dans la promotion et le rayonnement du soufisme au Maroc, ainsi que sur ses différentes missions d’ordre socio-économique, éducatif et cultuel.

    En créant un Ribat à Safi, Abou Mohamed Saleh Almagri concrétisait ainsi un projet ambitieux ayant largement contribué à l’épanouissement de la pensée soufie au Maroc, a-t-il relevé, mettant en avant la contribution de ladite Zaouia à cette époque, à la vie publique, ce qui lui avait conféré une place particulière et une grande estime aussi bien auprès de la population safiote que de ses adeptes en provenance des différentes régions du Royaume.

    « C’est à Abou Mohamed Saleh Almagri que revient le mérite d’avoir créé au Maroc +Rakb Al Hajj+, un cortège officiel qui faisait à cette époque le départ de Safi en direction de la Mecque en traversant plusieurs contrées », a-t-il rappelé, louant au passage les qualités humaines du Saint vénéré et ses grandes contributions en matière de soufisme et de promotion des valeurs sacrées de l’Islam tolérant.

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