Rendre des comptes
Les partis qui discutent aujourd’hui avec Fatima-Zahra El Mansouri devront bientôt expliquer aux citoyens ce qu’ils ont accepté de faire ensemble. Chacun a défendu ses engagements pendant la campagne. La formation d’une majorité implique de les rapprocher, d’en retenir certains, d’en modifier d’autres et de fixer des priorités. Cette négociation mérite une explication publique. Elle engage la relation entre les électeurs et ceux qui exerceront le pouvoir.

Par Sanae El Amrani
La nomination de la première femme à la tête du gouvernement par SM le Roi Mohammed VI constitue une avancée historique. Elle offre aussi l’occasion d’une exigence nouvelle envers l’ensemble de la classe politique : rendre l’exercice des responsabilités plus compréhensible, les décisions mieux expliquées et les engagements plus faciles à évaluer.
Les consultations font apparaître plusieurs préoccupations. La poursuite des réformes pour les uns, la confiance et le respect des promesses pour les autres, les libertés, l’égalité ou les disparités territoriales. Ces orientations peuvent trouver des points d’accord. Leur rapprochement demandera toutefois des choix précis sur les moyens, les délais et les bénéficiaires des politiques publiques. C’est sur ces choix que les futurs partenaires devront engager leur responsabilité.
La confiance politique commence par cette clarté. Un citoyen doit pouvoir comprendre pourquoi un parti accepte une alliance, quelles mesures il entend y défendre et quelles concessions il consent. Le compromis appartient à la vie démocratique. L’expliquer permet de respecter l’électeur, y compris lorsque le programme commun s’éloigne de certaines promesses de campagne.
Le budget donnera à cette clarification une portée concrète. Une priorité annoncée implique des crédits, une administration chargée de l’appliquer et un calendrier. Le projet de loi de Finances 2027 permettra d’examiner la traduction des premiers engagements et la place accordée aux politiques déjà engagées. La préparation budgétaire impose des contraintes ; leur présentation doit permettre de comprendre les marges disponibles et les arbitrages retenus.
Cette même franchise sera nécessaire pour les réformes dont les effets touchent directement les ménages. Les retraites, par exemple, engagent les cotisations, les pensions et la durée de la vie professionnelle. De telles décisions demandent un dialogue organisé, des données accessibles et une explication de la répartition des efforts. La qualité de la concertation fait partie de la qualité de la réforme.
La responsabilité collective devra ensuite durer. Chaque partenaire appelé à gouverner aura participé à la définition du programme et à ses arbitrages. Il devra en répondre devant les citoyens, dans les périodes favorables comme lorsque les décisions susciteront des désaccords. La cheffe du gouvernement aura besoin d’une majorité qui soutient les orientations convenues et contribue à leur application.
Le Parlement aura également une responsabilité essentielle. Examiner les crédits, interroger les ministres, suivre l’exécution des mesures et rendre publiques les difficultés donnera un contenu régulier au contrôle de l’action gouvernementale. La majorité et l’opposition pourront ainsi contribuer, chacune dans son rôle, à une vie politique où les engagements restent discutés après les élections.
Fatima-Zahra El Mansouri peut inscrire cette exigence dans la méthode de son gouvernement : présenter quelques priorités précises, publier leur calendrier et rendre compte de leur avancement. Les citoyens pourront alors apprécier les progrès, comprendre les retards et discuter les corrections. Chaque engagement retenu devra avoir un responsable, des moyens et une échéance.

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