[ after header ] [ Mobile ]

[ after header ] [ Mobile ]

Renaissance d’Al Haouz : La reconstruction défie les montagnes

Al Haouz, de la ruine à la résilience, une histoire de reconstruction.

LA VÉRITÉ


Le 8 septembre 2023, la province d’Al Haouz, nichée au cœur des majestueuses montagnes de l’Atlas, fut secouée par un séisme dévastateur. Cet événement tragique a laissé derrière lui un paysage de ruines, mais il a également déclenché une opération de reconstruction d’une ampleur inédite, menée à un rythme soutenu malgré des obstacles géographiques majeurs. Bien plus qu’une simple restauration physique, ce chantier complexe exige une réflexion profonde pour garantir aux habitants des moyens de subsistance durables et une protection pérenne.

Les montagnes révèlent leurs pièges

La nature même de la région d’Al Haouz constitue le premier et le plus redoutable défi. Les reliefs escarpés, les glissements de terrain récurrents et les dangers liés aux ravins et aux cours d’eau transforment chaque parcelle de terrain en une énigme géologique. Hassan Ighighi, coordinateur du programme de reconstruction, a d’ailleurs souligné que quatorze douars ont été classés comme zones à haut risque, où toute construction est soit interdite, soit soumise à des conditions extrêmement strictes. En effet, plus de 724 familles ont dû être déplacées vers des sites sécurisés en raison des risques géologiques, incluant les glissements de terrain, la chute de blocs rocheux et une topographie tellement accidentée qu’elle rend l’accès particulièrement difficile. De même, le phénomène d’érosion des sols a contraint au déplacement de 21 habitations dans le douar voisin d’Aït Ouzkri, une décision jugée pragmatique pour garantir la sécurité des habitants. Le cas le plus emblématique reste le douar de Tansghart, où le village entier a été transféré suite à des études géologiques révélant la fragilité du sol.

La délicate mission du relogement

Face à ces contraintes impitoyables, les autorités et les habitants ont dû prendre des décisions difficiles mais nécessaires, optant pour le déplacement comme solution principale. Le douar Salamat, par exemple, a vu quatorze de ses habitations déplacées en raison de la menace directe des ravins. Ali, maçon et père de quatre enfants, confie que ce fut « Une décision difficile mais nécessaire ». Ce n’est pas tout, car un total de 28 familles du douar Salamat ont été déplacées vers un nouveau site sécurisé. Par ailleurs, ce nouveau douar a été conçu avec une architecture intégrée, incluant des infrastructures et des équipements publics, et ses travaux sont achevés à 80 %, avec une finalisation prévue d’ici la fin du mois de juillet. L’engagement actif des habitants aux côtés des autorités locales a permis d’accélérer significativement le rythme des travaux, rattrapant ainsi les retards initiaux. De même, dans le douar de Sidi Hssain, plus de 35 habitations ont été déplacées vers un site à l’abri des risques de glissements de terrain. Mohamed, un ouvrier saisonnier de Sidi Hssain, exprime sa reconnaissance : « J’étais sur le point de partir, mais les aides m’ont redonné espoir ». Haj Ibrahim, septuagénaire non-voyant de Tansghart, dont l’ancien domicile s’est effondré, a quant à lui exprimé sa gratitude pour le soutien qui a « illuminé sa vie ».

Une reconstruction solide et solidaire

La stratégie de reconstruction repose sur une approche rigoureuse et un accompagnement multiforme des populations sinistrées. Conformément aux instructions royales, les ménages reçoivent une aide mensuelle de 2 500 dirhams pour le loyer ou l’hébergement temporaire, et une subvention allant de 80 000 à 140 000 dirhams pour la reconstruction de leurs logements. Par ailleurs, le choix des nouveaux sites s’appuie sur des études techniques approfondies, prenant en compte l’accessibilité aux réseaux de transport, d’électricité et de télécommunications. De plus, toutes les nouvelles constructions respectent les normes antisismiques nationales en vigueur. Charkaoui Minaoui, ingénieur chargé du suivi des travaux, explique que « le processus de relogement repose sur une approche rigoureuse, allant de la conception en béton armé au suivi des chantiers sur le terrain, jusqu’à la remise des certificats de conformité et d’habitation ». Les données de la préfecture d’Al Haouz confirment un « bilan positif » : le taux de réalisation global a atteint 84 %, avec plus de 21 954 logements reconstruits selon des standards techniques élevés. En conséquence, toutes les tentes ont été retirées et remplacées par des habitations dignes et durables. Le taux d’avancement devrait dépasser 90 % dans les deux prochains mois, notamment grâce à la mise en œuvre de solutions alternatives pour les habitations situées dans des zones inaccessibles ou à risque élevé.

En définitif, la reconstruction d’Al Haouz est un témoignage éloquent de la résilience humaine face aux forces de la nature. Malgré les contraintes géographiques imposantes, le Maroc a su mettre en place un programme ambitieux qui, non seulement reconstruit des maisons, mais aussi des vies et des communautés entières. Cette synergie entre les autorités et les habitants permet d’assurer des conditions de vie décentes et pérennes pour les populations. Mais alors que les habitations se redressent, comment ces communautés, déracinées de leurs terres ancestrales, vont-elles forger leur nouvelle identité et leur mémoire collective sur ces nouveaux sols ?


À lire aussi
commentaires
Loading...
[ Footer Ads ] [ Desktop ]

[ Footer Ads ] [ Desktop ]