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Réforme du secteur des taxis au Maroc

La réforme des taxis

Par Yassine Andaloussi


Longtemps perçu comme un espace désordonné et conflictuel, le secteur des taxis au Maroc est aujourd’hui au cœur d’une réforme structurelle conduite par le ministère de l’Intérieur. Abdelouafi Laftit a détaillé les grandes lignes de cette opération lors de sa dernière intervention, affirmant la volonté du gouvernement de mettre fin à une situation qualifiée d’anarchique aussi bien par les citoyens que par les opérateurs eux-mêmes. Dans un contexte de forte pression sur les services publics et de montée en puissance des plateformes numériques de transport, cette réforme entend repositionner le taxi comme acteur central et respecté de la mobilité urbaine.

Le constat dressé par le ministre est sans ambiguïté. Le secteur souffre depuis des années d’un manque d’encadrement efficace. Des pratiques telles que le refus de courses, le non-respect des tarifs, le recours à des autorisations fictives ou l’émergence de chauffeurs sans statut clair alimentent la défiance des usagers et fragilisent les équilibres économiques du métier. À cela s’ajoute l’absence d’une politique claire à l’échelle nationale, laissant chaque ville ou région gérer selon ses propres règles et tolérances.

Face à cette situation, le ministère de l’Intérieur a initié une démarche fondée sur une série de décisions préfectorales en cours de déploiement. Ces décisions ont pour objectif d’organiser l’exploitation des taxis de manière rigoureuse et équitable. Elles définiront notamment les conditions d’accès à la profession, les obligations des conducteurs, les modalités de cession ou d’héritage des autorisations, et les limites d’intervention de tout intermédiaire non autorisé. Il est également prévu que les autorités locales jouent un rôle central dans la régulation et le suivi de ces nouvelles dispositions.

Parallèlement, le ministère entend professionnaliser le métier de chauffeur de taxi en instaurant des formations obligatoires. Ces formations porteront sur la conduite en milieu urbain, la relation avec le client, les règles de sécurité et les normes de service. L’objectif est de faire évoluer l’image du chauffeur de taxi, de l’inscrire dans une logique de service public, et de lui offrir une meilleure reconnaissance dans la société. Ce chantier est perçu comme une opportunité pour redonner au métier ses lettres de noblesse, en garantissant des conditions de travail dignes et des perspectives claires.

Dans ce même esprit, une réforme du cadre juridique encadrant les plateformes numériques de transport est à l’étude. Le ministère travaille en concertation avec d’autres départements pour poser des règles strictes concernant l’usage des applications de mise en relation. Ces plateformes, qui opèrent souvent sans autorisation formelle, créent une concurrence jugée déloyale par les chauffeurs de taxis traditionnels. Laftit a insisté sur la nécessité de rétablir l’équilibre et de faire respecter la loi. Toute activité de transport doit s’inscrire dans un cadre légal clair, respectueux des normes établies.

Le ministre a aussi évoqué le renforcement du contrôle sur le terrain. Des campagnes de vérification vont être menées pour s’assurer que les nouveaux règlements sont appliqués et que les abus soient sanctionnés. Les autorités entendent intervenir contre toute tentative d’interférence dans la gestion des agréments, ou contre les opérations illégales de location ou de revente des autorisations. Il est également question d’introduire des outils numériques pour surveiller en temps réel l’activité du secteur et recueillir les plaintes des usagers.

Cette réforme, qui se veut à la fois structurante et progressive, vise à moderniser un secteur en perte de vitesse, tout en le protégeant des dérives de l’informel et des effets négatifs de l’économie numérique non régulée. En redonnant une assise légale et professionnelle au métier de chauffeur de taxi, l’État cherche à concilier l’exigence de qualité du service public avec les impératifs de justice sociale et de sécurité des usagers. Les mois à venir seront décisifs pour juger de l’effectivité de ces mesures et de leur capacité à transformer durablement un pilier fondamental du transport au Maroc.


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