Déficit budgétaire : un signal d’alerte, pas une catastrophe
Le déficit budgétaire marocain : entre tensions structurelles et signaux d’alerte nuancés
Par Fayçal El Amrani
À fin août 2025, le Trésor marocain enregistre un déficit budgétaire de 54,1 milliards de dirhams, contre 32,9 MdH un an plus tôt. Soit une hausse de près de 65 % en douze mois. Ce chiffre, publié par la Trésorerie Générale du Royaume, illustre moins une défaillance qu’un choix assumé : celui d’un État qui continue de soutenir ses citoyens malgré un contexte économique difficile.
« Ce déficit n’est pas une erreur de gestion, c’est le miroir d’une économie en transition », rappellent les chiffres. En effet, malgré la persistance de l’inflation, une sécheresse prolongée et une croissance mondiale ralentie, le gouvernement n’a pas reculé sur ses engagements sociaux.
Les dépenses de fonctionnement ont bondi de 17,7 %, tandis que l’investissement public poursuit sa progression. L’État ne se contente pas de consommer, il construit. Et ce, malgré une baisse bienvenue de 17,8 % des charges de la dette budgétisée : un signe que la stratégie de restructuration porte ses fruits.
Des recettes fiscales dynamiques mais sous tension
« Les recettes ordinaires ont grimpé de 18,7 %, tirées par les impôts directs (+25,9 %) et les recettes non fiscales (+31,2 %). » Derrière ces chiffres se cache une réalité double : d’un côté, une fiscalité modernisée et plus efficace ; de l’autre, une pression accrue sur les ménages et les entreprises.
Cette performance traduit à la fois une réussite administrative et un risque de fragilisation du tissu économique. Les entreprises, déjà éprouvées, voient leur marge se réduire, tandis que les citoyens supportent un poids fiscal plus lourd.
Les comptes spéciaux du Trésor et services gérés de manière autonome affichent un déficit de 3,9 MdH. Minime à première vue, mais révélateur : ce sont eux qui financent les subventions agricoles, les aides sociales et les remboursements fiscaux. « Leur déficit n’est pas un échec, mais une volonté politique de ne pas abandonner les plus vulnérables. »
Une dette qui change de visage
Les intérêts de la dette progressent de 9,3 %, mais avec une nuance : ceux de la dette intérieure bondissent de 14,6 %, tandis que ceux de la dette extérieure baissent. Le Maroc emprunte donc davantage auprès de ses propres citoyens. « Quand l’État prélève sur l’épargne nationale pour financer son déficit, il étouffe le crédit privé. »
Pourtant, un flux net positif du financement extérieur (25,5 MdH) confirme la confiance des investisseurs internationaux. Le Maroc conserve encore une crédibilité qui constitue un atout stratégique.
Un signal d’alerte, pas une catastrophe
« Le déficit de 54,1 MdH n’est pas une catastrophe. Un signal d’alerte. » Ce chiffre rappelle que notre modèle de croissance doit évoluer, mais il ne traduit pas une impasse. Le gouvernement a fait le choix courageux de préserver la protection sociale et de soutenir l’investissement public. C’est une orientation responsable. Il reste néanmoins possible d’aller plus loin : mieux cibler les subventions, simplifier et moderniser la fiscalité, intégrer l’économie numérique et réduire progressivement l’informel. C’est le travail qu’il reste à accomplir.
Le Maroc n’est pas en crise, il est en transition. Le véritable enjeu consiste moins à savoir si nous pouvons nous endetter davantage qu’à réfléchir à l’usage de cette dette. Investir dans le capital humain, dans les infrastructures durables et dans l’innovation peut transformer le poids budgétaire en moteur de prospérité.
Avec plus de transparence, une gouvernance agile et une place accrue donnée à l’initiative privée, notre pays peut transformer ce signal d’alerte en opportunité de refondation économique.
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