Réduction du seuil électoral à 2 % : un compromis contesté par la jeunesse indépendante
Par Yassine Andaloussi
La Chambre des représentants a adopté en séance plénière un amendement réduisant de 5 % à 2 % la proportion d’électeurs inscrits que doivent réunir les candidats indépendants de moins de 35 ans pour accéder au financement public. Présenté par la majorité, cet ajustement constitue un infléchissement notable par rapport à la position initialement retenue en commission, où le maintien du seuil de 5 % avait été approuvé avant de susciter un vif débat dans l’espace public.
Hicham ElM’hajri, député de Chichaoua, a défendu l’amendement en soulignant que le seuil de 5 % imposait une barrière dissuasive, d’autant plus marquée que les partis politiques ne sont soumis qu’à un seuil de 3 %. Selon lui, l’abaissement à 2 % ouvre une perspective plus équitable pour les jeunes souhaitant se présenter en indépendants, sans remettre en cause les obligations techniques liées à la gestion de campagne.
Dans l’opposition, le président du groupe socialiste, Abderrahim Chahid, a plaidé pour un critère fondé sur les suffrages exprimés, qu’il considère comme plus représentatif du processus démocratique. M. ElM’hajri a rejeté cette approche, arguant qu’elle créerait des disparités territoriales importantes, certaines circonscriptions totalisant à peine quelques milliers de voix. À ses yeux, seul le critère fondé sur les inscrits reflète correctement la réalité démographique.
Quelques jours auparavant, la commission de l’intérieur avait validé le seuil de 5 %, soutenu par la majorité et le groupe socialiste. Cette orientation avait déclenché des critiques d’organisations civiques et d’observateurs électoraux, qui estimaient qu’un tel seuil érigeait une barrière presque infranchissable pour les jeunes indépendants. Dans certaines circonscriptions comptant 400 000 inscrits, une liste aurait dû réunir près de 20 000 voix pour prétendre à une subvention de 350 000 dirhams, un objectif jugé irréaliste pour des candidats dépourvus de structure partisane.
L’adoption finale du seuil de 2 % a toutefois ouvert un nouveau champ d’interprétation politique. Lorsque Hicham ElM’hajri a proposé ce seuil révisé, le ministre de l’Intérieur l’a immédiatement accepté, sans ouvrir de véritable négociation. Ce geste a été perçu comme le signe que le ministère s’attendait à un débat parlementaire plus tendu et qu’il avait déjà identifié les 2 % comme un compromis minimal acceptable. Pour l’appareil exécutif, ce niveau constitue un point d’équilibre permettant de préserver la stabilité du cadre électoral tout en affichant un geste d’ouverture.
Cependant, pour une partie de la jeunesse engagée, cette révision demeure insuffisante. Le seuil de 2 % continue de représenter une contrainte notable, surtout dans un contexte où les indépendants ne disposent ni des réseaux, ni de la logistique, ni de la couverture médiatique dont bénéficient les grands partis. Malgré l’assouplissement adopté, le dispositif reste perçu comme un cadre qui complique l’accès à la compétition électorale pour les jeunes porteurs d’alternatives politiques.
Ainsi, l’amendement marque un rééquilibrage assumé par les institutions, mais ne répond pas entièrement aux attentes d’une génération en quête d’expression politique directe. Entre la logique de contrôle institutionnel et l’aspiration à une ouverture plus franche, la tension persiste et continuera d’animer le débat lors des prochaines étapes du parcours législatif.
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