Quel gouvernement pour 2026?
Par Yassine Andaloussi
La gouvernance au Maroc s’apprête à entrer dans une nouvelle phase à l’horizon 2026. L’enjeu dépasse la simple alternance politique pour s’inscrire dans une dynamique plus profonde, celle de l’efficacité, de la responsabilité et de l’adaptation aux défis d’un monde en mutation. Le débat sur la future équipe gouvernementale ne se limite pas à la répartition des portefeuilles ni aux équilibres partisans. Il s’agit avant tout de savoir si le Maroc sera capable de mobiliser toutes ses ressources humaines, institutionnelles et sociales afin de maintenir le cap du progrès et d’accélérer la marche vers un développement durable et inclusif.
L’évolution récente du pays témoigne de la montée en puissance de nouvelles exigences citoyennes. La population n’accepte plus les lenteurs administratives, les promesses irréalisables ni le manque de transparence. Dans ce contexte, l’année 2026 représente une échéance charnière qui obligera la classe politique à se réinventer et à placer l’intérêt général au-dessus des calculs électoraux. Le Maroc se trouve donc face à un choix stratégique, celui de s’orienter vers une gouvernance fondée sur la rigueur, la compétence et la mobilisation collective.
La première attente des citoyens porte sur l’efficacité gouvernementale. L’action publique ne peut plus se contenter de discours, elle doit produire des résultats mesurables et perceptibles. Le développement des infrastructures, la réforme de l’éducation, la modernisation de la santé et l’amélioration du climat des affaires sont autant de chantiers qui exigent une gestion rigoureuse. Les ressources de l’État étant limitées, leur optimisation devient un impératif national. Pour l’année 2025 les dépenses de fonctionnement sont estimées à 320,97 milliards de dirhams (MMDH), en hausse de 14,87 % par rapport à 2024, et Le total des charges de la dette publique est prévu à 45,11 MMDH, dont 11,05 MMDH pour la dette extérieure et 34,05 MMDH pour la dette intérieure.
La protection des ressources publiques apparaît comme un axe fondamental. Les scandales liés au gaspillage, à la mauvaise gouvernance ou à l’inefficacité des investissements ont profondément marqué l’opinion. Pour restaurer la confiance, le futur gouvernement devra mettre en place des mécanismes de contrôle stricts, renforcer la reddition des comptes et instaurer une culture de transparence dans la gestion budgétaire. L’exemple de certains projets bien menés, où chaque dirham investi a produit un impact visible, doit devenir la norme et non l’exception.
À ce niveau, la rigueur n’est pas un simple choix, mais une nécessité. Les deniers publics doivent être protégés avec la même vigilance qu’un bien personnel, car ils représentent le socle de toute politique sociale et économique. Cette approche exige une coordination renforcée entre l’administration centrale, les collectivités territoriales et les institutions de contrôle, afin d’éviter les chevauchements de compétences, les lenteurs et les inefficacités.
La réussite dépendra également de la capacité des ministres à maîtriser leur portefeuille. La règle du bon profil au bon poste prend ici toute sa dimension. Un ministre inexpérimenté ou parachuté représente un coût politique et économique. À l’inverse, un responsable compétent et familier de son domaine peut transformer un département ministériel en moteur de réformes et d’innovations. Cette exigence s’applique à tous les secteurs, de l’économie à l’éducation, de la justice à l’énergie.
Le Maroc de 2026 ne pourra progresser sans une intégration réelle de la femme et de la jeunesse dans la sphère décisionnelle. Cette inclusion ne doit plus relever d’un discours symbolique mais d’une réalité institutionnelle. La moitié féminine de la société marocaine dispose de compétences avérées, d’une vision stratégique et d’une capacité à impulser des changements profonds. Sa présence renforcée dans le gouvernement et les instances dirigeantes constituera un gage de modernité et d’efficacité.
La jeunesse représente également un atout considérable. Elle incarne l’innovation, l’énergie et la créativité nécessaires pour affronter les défis du futur, qu’il s’agisse de la transition numérique, du développement durable ou de l’entrepreneuriat. Trop longtemps reléguée à un rôle secondaire, elle doit désormais occuper une place centrale dans la gouvernance. L’inclusion des jeunes ne se limite pas à leur offrir des sièges dans les institutions, mais suppose aussi la mise en place de mécanismes favorisant leur participation active à la vie publique, leur formation aux responsabilités et leur intégration dans les programmes de développement.
Un autre levier majeur de la gouvernance de 2026 réside dans l’intégration des MRE. Chaque année, leurs transferts dépassent les 100 milliards de dirhams, constituant une source vitale pour la balance des paiements et le financement de l’économie nationale. Mais au-delà de cette dimension financière, les MRE représentent un capital humain et intellectuel de premier plan. Présents dans les grandes universités, les centres de recherche, les institutions internationales et les entreprises de pointe, ils disposent d’un savoir-faire et d’une expérience qui peuvent nourrir les politiques publiques et accélérer la modernisation du pays. L’enjeu est donc de dépasser une relation réduite à l’aspect économique pour instaurer une véritable inclusion institutionnelle, participation électorale renforcée, représentation dans les instances de décision, et création de passerelles permettant aux compétences de la diaspora de contribuer directement aux grands chantiers nationaux. Cette ouverture consolidera non seulement l’image du Maroc comme nation mondiale, mais renforcera aussi la légitimité d’une gouvernance tournée vers l’avenir.
Le Maroc de 2026 devra également renforcer le rôle des collectivités locales. Celles-ci représentent l’interface directe entre l’État et les citoyens, et leur efficacité conditionne en grande partie la perception de la gouvernance. Pourtant, elles souffrent encore de lourdeurs administratives, de manque de contrôle et parfois de déficits de compétence. La réforme de ces institutions devient urgente pour en faire de véritables moteurs de développement régional.
La rigueur et la transparence dans la gestion des affaires locales sont indispensables. Les élus locaux doivent comprendre que leur rôle dépasse la gestion courante pour s’inscrire dans une logique de planification stratégique et de développement durable. Le contrôle des projets, la reddition des comptes et l’évaluation régulière des performances doivent être systématisés. Les collectivités locales doivent aussi bénéficier d’une meilleure formation et d’outils modernes de gouvernance, afin de répondre efficacement aux besoins des populations.
La mobilisation citoyenne constitue un autre pilier essentiel. Le progrès ne peut être imposé par le haut, il doit être partagé et intégré par la société dans son ensemble. Les citoyens doivent être sensibilisés à l’importance de participer activement au développement national, que ce soit par leur implication dans la vie associative, leur respect des règles de civisme ou leur contribution à l’économie. Le Maroc ne pourra réussir son projet de société que si chaque individu accepte de marcher dans la même direction, celle du progrès et de la modernité, tout en s’accrochant à l’identité nationale.
L’éducation au civisme, la promotion des valeurs de solidarité et la participation active des citoyens aux débats publics sont des conditions de réussite. La démocratie ne se réduit pas au vote périodique, elle implique un engagement quotidien et une conscience collective des responsabilités. Le gouvernement de 2026 devra ainsi investir dans des programmes de sensibilisation, de communication et d’éducation citoyenne pour instaurer une véritable culture du progrès partagé.
En définitive, la question de savoir qui gouvernera le Maroc en 2026 dépasse les calculs partisans. Elle se pose en termes de vision, de méthode et de capacité à mobiliser les ressources humaines et matérielles du pays. L’efficacité gouvernementale, la protection des ressources publiques, l’inclusion de la femme, de la jeunesse et des MRE, la rigueur des collectivités locales et la mobilisation citoyenne constituent les piliers d’une gouvernance réussie.
Le défi sera de transformer les intentions en actes, les chiffres en réalisations tangibles. L’avenir du Maroc dépendra de la capacité de ses dirigeants à incarner ces principes et à traduire les ambitions en actes concrets. Le pays dispose des atouts nécessaires pour franchir une nouvelle étape de son développement. Encore faut-il que les responsables politiques, les institutions et la société dans son ensemble acceptent de travailler dans la même direction, celle d’un Maroc moderne, équitable et prospère.
Suivez les dernières actualités de Laverite sur Google news