Quand l’emploi devient le miroir d’un échec
L’emploi devait être la grande promesse. Il est devenu le symbole du désenchantement. À un an des élections législatives, le gouvernement fait face à un verdict silencieux mais implacable : celui d’un marché du travail en panne, de réformes à bout de souffle, et d’une jeunesse en attente de perspectives concrètes.
Un million d’emplois avaient été promis. Un chiffre qui sonnait comme une ambition claire, une volonté de rupture. Trois ans plus tard, les résultats déçoivent. Les chiffres du Haut-Commissariat au Plan montrent une reprise partielle, mais sans transformation structurelle. Pire encore : une partie des emplois dits “créés” ne sont en réalité que des reprises de postes perdus, souvent précaires, concentrés dans l’informel ou les services à faible valeur ajoutée. Le chômage des jeunes, en particulier les diplômés, demeure alarmant. Le rural continue d’être relégué, et les tensions sociales s’amplifient.
Face à cela, le gouvernement répond par des feuilles de route, des comités de pilotage, des budgets conséquents: 15 milliards de dirhams annoncés pour 2025. Mais peut-on encore gouverner à coups de documents ? Ce n’est pas l’encre des stratégies qui compte, mais leur exécution, leur impact réel sur le terrain, dans les entreprises, dans les foyers, dans les parcours de vie.
Le vrai défi n’est pas que technique ou budgétaire. Il est politique. L’économie marocaine souffre d’une fracture profonde entre ses ambitions de compétitivité et son incapacité à générer une croissance inclusive. Tant que le tissu productif se rétrécit, tant que la formation reste déconnectée des besoins réels du marché, tant que l’on forme pour l’inemployabilité, les politiques publiques continueront de tourner à vide.
Aujourd’hui, même l’opposition, longtemps éclatée, trouve dans cet échec un point de ralliement. La motion de censure qui se prépare est un acte fort, au-delà de son issue arithmétique. Elle traduit une fatigue démocratique, un appel à la redevabilité. Un électrochoc? Peut-être. Mais un signal, certainement.
Il reste peu de temps. Et pourtant, il est encore possible de renverser la tendance. Mais cela demandera autre chose qu’une communication bien ficelée : une prise de conscience, un courage politique, un recentrage sur les urgences réelles du pays. Moins de slogans. Plus de solutions. Moins de calcul. Plus de responsabilité.
L’avenir ne se décrète pas. Il se construit dans l’emploi, dans la dignité, dans la confiance retrouvée.
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