Quand le discours fragilise l’autorité de l’Éducation au Maroc
Par Yassine Andaloussi
Le ministre de l’Éducation marocain a récemment suscité un vif débat avec sa déclaration le 24 novembre 2025, lors d’un meeting à Missour, où il a affirmé que pour bien étudier, son père l’avait envoyé dans un pays lointain et qu’il valait mieux chercher une bonne école, même éloignée, quitte à utiliser le transport scolaire. Cette remarque, qui visait sans doute à illustrer l’importance de la qualité de l’enseignement, a été perçue par beaucoup comme un aveu implicite des inégalités persistantes dans le système éducatif marocain, et a provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux et dans la presse.
Le rôle d’un ministre de l’Éducation est avant tout de garantir que chaque enfant, où qu’il vive, ait accès à une éducation de qualité et de défendre l’école publique comme institution collective. Or, le discours du ministre, en valorisant l’idée que les familles doivent chercher une école performante ailleurs, semble déplacer la responsabilité de l’État vers les citoyens et laisse entendre que le système public ne peut pas offrir une qualité homogène sur l’ensemble du territoire.
Cette posture renforce l’idée d’une éducation à deux vitesses, avec d’un côté des établissements pilotes ou performants, et de l’autre des écoles ordinaires, souvent situées dans des zones rurales ou défavorisées. La perception qui en découle est que même le ministre de l’Éducation ne parvient pas à relever les défis d’un secteur stratégique pour le Maroc.
Si dans le secteur privé, le ministre peut être reconnu comme un gestionnaire efficace dans un environnement structuré et orienté vers la performance mesurable, occuper un ministère exige un registre différent. Maîtrise de la communication publique, capacité à fédérer, vision pédagogique, sens du terrain et gestion de crises sociales sont autant de qualités indispensables et visibles dans ses récentes interventions.
Un ministre de l’Éducation est censé améliorer la situation avec les moyens disponibles, rassurer et mobiliser les acteurs du secteur, et donner un cap clair aux familles et aux enseignants. Or, lorsqu’il laisse entendre que certaines écoles publiques ne sont pas au niveau et que les familles doivent trouver mieux ailleurs, le message implicite devient que si même le ministre ne peut rien faire, personne d’autre ne le peut.
Cette situation soulève également la question politique de l’adéquation de son profil avec les exigences du poste. Les analystes avancent que certains responsables issus du privé peuvent se retrouver désarmés face aux complexités d’un système éducatif marqué par la lenteur institutionnelle, les tensions syndicales et les attentes sociales immenses. Il se peut aussi que sa nomination réponde davantage à des logiques de répartition politique qu’à une adéquation parfaite avec le secteur éducatif.
En conclusion, le ministre de l’Éducation montre certaines lacunes et des difficultés de communication qui amènent les observateurs politiques à questionner son efficacité à ce poste stratégique. Même si ses intentions ne sont pas mises en doute, la perception qui en résulte est celle d’un secteur laissé à lui-même et d’un gouvernement incapable de rassurer et de mobiliser efficacement autour de la réforme éducative. Le défi pour le ministère reste désormais de rétablir un dialogue clair et de démontrer que l’État peut garantir une éducation équitable pour tous.
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