Quand l’algorithme attise la haine
Vigilance pour la stabilité du Maroc

Par Yassine Andaloussi
Depuis quelques semaines, les fils d’actualité des réseaux sociaux au Maroc, notamment sur TikTok, Facebook et Instagram, sont submergés par une série de vidéos montrant sous un jour négatif certains migrants subsahariens en situation irrégulière. Ce phénomène n’a rien d’anodin. Une observation attentive révèle que nombre de ces contenus datent de deux, voire trois ans. Pourtant, ils réapparaissent soudainement dans les flux numériques comme s’ils étaient récents, en générant des réactions virulentes. Leurs descriptions sont souvent agressives, les commentaires majoritairement empreints d’émotion, de colère, voire de rejet violent. L’algorithme fait ce pour quoi il est conçu; amplifier ce qui choque, ce qui fait réagir. Mais cette amplification, lorsqu’elle est volontairement dirigée, peut se transformer en outil de manipulation et de déstabilisation sociale.
Ce déferlement de contenus problématiques n’est pas le fruit du hasard. Il s’inscrit dans une stratégie qui rappelle les tactiques de la guerre cognitive moderne. Dans cette forme d’hostilité, les vidéos remplacent les balles, les likes deviennent des armes, et l’indignation, un carburant pour miner l’unité nationale. Faire remonter à la surface des images anciennes, souvent sorties de leur contexte, participe d’un processus de désinformation destiné à fracturer le tissu social marocain. Le but est clair, c’est d’opposer les citoyens entre eux, créer un climat d’hostilité entre Marocains et migrants, et in fine, fissurer l’image d’un pays stable, tolérant et profondément enraciné dans sa tradition d’accueil et de coexistence.
Il faut dès lors se poser une question cruciale, à qui profite cette tension artificiellement fabriquée ? Plusieurs acteurs peuvent y trouver leur compte. Certains services étrangers, notamment issus de pays hostiles au Royaume, n’ont jamais caché leur volonté d’affaiblir le modèle marocain. Le Maroc, en tant que puissance africaine émergente, monarchie stable au carrefour des mondes arabe, africain et méditerranéen, dérange. Il dérange ceux qui misent sur le chaos pour masquer leurs échecs, ceux qui préfèrent exporter leur instabilité plutôt que d’y remédier. Il n’est pas exclu que certaines de ces campagnes de haine numérique soient orchestrées, ou du moins amplifiées, depuis l’extérieur, avec des relais internes plus ou moins conscients de participer à une entreprise de déstabilisation.
À cela s’ajoutent des groupes idéologiques extrémistes ou séparatistes, qui voient dans la crispation sociale une opportunité de remettre en question l’unité nationale. Les plateformes numériques deviennent alors le théâtre d’une guerre silencieuse, où des pages anonymes, des comptes fictifs ou des influenceurs à l’éthique douteuse relaient en boucle des images soigneusement choisies pour provoquer l’émotion, le rejet, et parfois même l’appel à la violence.
Face à cette menace, la réponse doit être ferme et stratégique. Le Maroc ne peut se permettre de laisser prospérer un climat d’hostilité entretenu par l’ignorance ou la manipulation. Il est temps d’engager une régulation intelligente des plateformes sociales, en collaboration avec leurs responsables, pour signaler et désactiver les campagnes de manipulation. Parallèlement, une veille informationnelle renforcée, à travers les services compétents, doit permettre de repérer en amont les signaux faibles de toute tentative de guerre cognitive visant la société marocaine.
Mais la réponse ne doit pas être uniquement institutionnelle. Elle doit être aussi sociale, éducative et médiatique. Les journalistes, les créateurs de contenu, les enseignants, les figures religieuses, et les citoyens eux-mêmes ont un rôle central à jouer dans la défense de la vérité, de la nuance et de l’unité nationale. Il ne s’agit pas de nier les défis liés à la migration clandestine, ni de faire preuve d’angélisme. Le Maroc a le droit souverain de réguler ses frontières, de protéger sa sécurité, et d’ordonner l’espace public. Mais il doit le faire dans le respect de ses principes, de son héritage humaniste, et de sa vocation africaine.
Le Maroc est un pays profondément tolérant. Depuis des siècles, il a su conjuguer diversité et cohésion, intégrant des identités multiples dans un cadre commun guidé par la Monarchie. C’est cette Monarchie, garante de la stabilité, de la modération et du vivre-ensemble, qui constitue la véritable boussole de la nation. Face aux vents contraires, c’est elle qui protège l’équilibre entre fermeté et humanisme, entre identité marocaine et ouverture à l’autre.
Les tentatives de division doivent donc être combattues avec intelligence, mais aussi avec force. Il ne s’agit pas seulement de faire taire les discours haineux, mais de réaffirmer un projet collectif fondé sur la dignité, la sécurité, et l’unité. L’avenir du Maroc repose sur sa capacité à transformer sa diversité en richesse. L’union des différentes ethnies, des différentes sensibilités et des différentes trajectoires individuelles fera du Maroc un pays plus fort, plus résilient, et plus influent.
L’heure est à la vigilance, à la lucidité et à la mobilisation collective. Car derrière chaque vidéo virale, il peut y avoir une main invisible, tapie dans l’ombre, qui cherche non pas à informer, mais à diviser. Et face à cette menace sourde, c’est l’unité nationale qui doit être notre rempart le plus solide.

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