Projets structurants : infrastructures, énergie, connectivité
Par Sanae El Amrani
LGV – Al Boraq et le prolongement stratégique Sud
Lancée en 2018 sous l’impulsion directe du Roi Mohammed VI, la première Ligne à Grande Vitesse du continent africain, baptisée Al Boraq, a marqué un tournant majeur dans la modernisation des infrastructures ferroviaires du Royaume. Reliant Tanger à Casablanca via Kénitra et Rabat, cette ligne de 200 kilomètres en service commercial a permis de réduire drastiquement les temps de parcours tout en plaçant le Maroc dans le cercle restreint des pays disposant d’une technologie ferroviaire de très haut niveau. Mais le projet ne s’est jamais limité à cet axe initial. Dès son lancement, la vision royale a intégré un prolongement vers le centre et le sud du pays, en vue de relier l’ensemble des grands bassins économiques et de renforcer la cohésion territoriale.
En 2025, cette vision franchit un cap décisif. Après plusieurs années d’études techniques, topographiques et environnementales, les études du prolongement vers Marrakech sont finalisées. Selon les données rendues publiques par l’Office national des chemins de fer en mars 2025, les appels d’offres pour les travaux du premier tronçon Kénitra–Marrakech ont été lancés, avec des financements prévus en co-participation avec plusieurs partenaires européens et arabes. Le projet s’étalera sur près de 430 kilomètres supplémentaires, avec des vitesses prévues allant jusqu’à 320 km/h sur les sections les plus modernes, et une mixité de trafic prévue pour desservir les zones intermédiaires. Ce prolongement devrait à terme connecter Marrakech puis Agadir au réseau de grande vitesse, dans une logique de désenclavement, de compétitivité touristique et de développement industriel.
Le chantier de la LGV vers le Sud représente bien plus qu’une infrastructure de transport. Il symbolise une nouvelle manière de penser l’unité nationale et le développement régional, en rompant avec la logique centre-périphérie. Il s’inscrit dans la vision d’un Maroc polycentrique, où les infrastructures structurantes participent à une redéfinition des équilibres territoriaux. Ce prolongement de la grande vitesse accompagnera également la montée en puissance des pôles économiques du Sud, notamment Agadir, qui joue un rôle croissant dans l’agro-industrie, la logistique portuaire et l’exportation. La convergence entre cette ligne ferroviaire et les zones d’activité de la côte atlantique sud est au cœur de la planification du territoire à l’horizon 2030.
L’impact environnemental a lui aussi été pris en compte. Le projet de prolongement intègre les dernières normes de sobriété énergétique et de neutralité carbone, en lien avec les engagements du Maroc en matière de développement durable. L’alimentation électrique de la ligne sera progressivement adossée aux énergies renouvelables, notamment solaires et éoliennes, produites localement dans les provinces traversées. Par ailleurs, l’ONCF prévoit l’intégration de nouvelles gares multimodales à Benguerir, Chichaoua et Marrakech, destinées à faciliter l’interconnexion avec les transports régionaux et à générer des effets d’entraînement économiques à l’échelle locale.
À travers cette extension stratégique, c’est l’ensemble de l’armature nationale qui se trouve renforcée. La LGV ne relie pas seulement les villes, elle incarne une continuité d’ambition. C’est l’illustration parfaite de la manière dont le Maroc, sous la conduite du Roi, conjugue innovation technologique, aménagement équilibré du territoire et affirmation de sa souveraineté logistique. Alors que la construction des premières infrastructures débutera en 2026, cette LGV du Sud s’annonce comme l’un des leviers majeurs de la décennie à venir.
Port de Dakhla Atlantique : Une porte stratégique vers l’Afrique de l’Ouest
Annoncé dès 2016 comme un levier central du développement du Sud marocain, le port de Dakhla Atlantique est aujourd’hui l’un des projets les plus emblématiques de la vision royale pour l’Afrique. Conçu dans la continuité du modèle Tanger Med, ce méga-port en construction symbolise l’ancrage du Maroc dans sa profondeur africaine. Situé à une trentaine de kilomètres au nord de la ville de Dakhla, il vise à renforcer les échanges commerciaux avec les pays d’Afrique de l’Ouest, à structurer une nouvelle économie régionale intégrée, et à faire émerger un pôle logistique avancé sur la façade atlantique.
En 2025, les travaux ont atteint un niveau d’avancement significatif. Le creusement de la darse principale est achevé, les quais commerciaux sont en cours d’édification, et les infrastructures de base, notamment la digue principale et les installations d’accès, avancent selon le calendrier initial. Selon les données officielles du ministère de l’Équipement et de l’Eau, plus de 45 % des travaux portuaires sont finalisés à l’été 2025, et les premières installations techniques sont en phase de calibration. Le chantier mobilise plusieurs entreprises marocaines majeures, en groupement avec des sociétés espagnoles, italiennes et sud-coréennes, dans un cadre de coopération industrielle qui reflète le caractère géostratégique du projet.
Dakhla Atlantique n’est pas qu’un port. Il s’agit d’un complexe industriel et logistique intégré, articulé autour de trois pôles : un terminal de commerce international, une zone de réparation navale et une zone d’activités industrielles, commerciales et halieutiques. Cette organisation a été pensée pour accompagner la montée en puissance de nouvelles chaînes de valeur dans la région, notamment les industries agroalimentaires, les énergies renouvelables, la valorisation des produits de la mer et l’assemblage logistique pour le continent. Le site dispose également d’une zone franche, adossée à une connexion directe avec la voie express Tiznit–Dakhla, dont les tronçons sont progressivement achevés.
Le choix de Dakhla n’est pas anodin. Cette ville dynamique, au cœur des provinces du Sud, bénéficie d’une stabilité institutionnelle, d’un potentiel halieutique important et d’un positionnement géopolitique stratégique. Le port renforcera sa vocation de hub entre le Maroc et la CEDEAO, mais également avec l’Amérique latine et les États du Golfe. Le projet anticipe par ailleurs la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), en dotant le pays d’un outil logistique capable d’absorber les flux futurs du commerce sud-sud.
Les retombées sociales sont également considérables. Plus de 1 800 emplois directs sont mobilisés durant la phase de construction, et les projections parlent de 15 000 emplois directs et indirects à moyen terme. Les formations professionnelles spécifiques sont en cours de déploiement en partenariat avec les OFPPT et les centres régionaux d’investissement, dans une optique d’alignement des compétences locales avec les besoins industriels.
Avec ce port, le Maroc affirme une souveraineté maritime ambitieuse et tournée vers l’avenir. Dakhla Atlantique incarne la logique royale d’un développement équilibré, audacieux et connecté, où chaque territoire, aussi éloigné soit-il des centres historiques, est appelé à devenir un pôle de croissance structurant. L’Afrique y trouve un trait d’union commercial, le Royaume y forge une nouvelle centralité.
OCP et hydrogène vert : La souveraineté énergétique comme levier industriel
S’il est un acteur qui incarne aujourd’hui la capacité du Maroc à concilier souveraineté industrielle, transition énergétique et ambition mondiale, c’est bien le Groupe OCP. En quelques années, l’entreprise publique, leader mondial des phosphates, a redéfini les contours de la stratégie énergétique du Royaume en y intégrant une vision industrielle de l’hydrogène vert. En 2025, cette stratégie entre dans une phase décisive, avec l’accélération des investissements et la structuration de projets concrets dans plusieurs régions du pays.
Portée par les Hautes Orientations Royales en matière de transition énergétique et de souveraineté économique, la stratégie du Groupe s’articule autour de deux priorités majeures : la décarbonation complète de ses processus industriels, et la création d’une filière hydrogène vert compétitive à vocation continentale. Déjà en 2024, l’OCP annonçait un plan de plus de 13 milliards de dollars sur dix ans pour produire de l’ammoniac vert à partir d’énergies renouvelables, notamment à travers des complexes intégrés dans les régions de Laâyoune, Guelmim et Tarfaya. En juin 2025, cette dynamique s’est concrétisée avec la signature d’un accord stratégique entre l’OCP et l’IRESEN pour le développement d’un projet pilote d’hydrogène vert à Guelmim-Oued Noun. Ce projet, cofinancé par un consortium européen (incluant des partenaires allemands spécialisés dans l’électrolyse), vise à produire des molécules vertes destinées à des usages industriels mais aussi à l’export.
Ce choix de l’hydrogène n’est pas opportuniste. Il répond à une double logique : celle de garantir au Royaume une autonomie stratégique dans les intrants agricoles à haute valeur ajoutée, et celle de positionner le Maroc comme un exportateur d’énergie propre vers l’Europe et l’Afrique de l’Ouest. L’ammoniac vert, issu de l’hydrogène, est un composant clé des engrais nouvelle génération. En maîtrisant sa production à partir d’eau dessalée et d’énergie solaire ou éolienne, le Groupe réduit sa dépendance aux marchés mondiaux, tout en accompagnant la révolution verte africaine prônée par Sa Majesté le Roi.
Sur le plan technique, les premiers pilotes industriels ont été lancés dans la région de Khouribga et dans les installations de Jorf Lasfar, déjà interconnectées avec les pipelines d’eau dessalée. Le réseau d’irrigation et de transport de l’eau alimentant les unités industrielles du Groupe s’inscrit dans une logique circulaire, où chaque goutte est réutilisée dans un modèle bas carbone. La stratégie de l’OCP repose aussi sur le développement de partenariats scientifiques avec l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), devenue un centre d’excellence en matière de R&D sur l’hydrogène et l’agriculture durable.
En 2025, plusieurs démonstrateurs ont été présentés lors des Assises Nationales de l’Intelligence Artificielle à Rabat, révélant le lien croissant entre innovation numérique, optimisation énergétique et agriculture de précision. Cette convergence renforce l’inscription du Groupe dans une stratégie nationale de long terme, où la technologie devient un outil de souveraineté.
L’OCP est ainsi en train de bâtir plus qu’un portefeuille énergétique. Il érige un modèle de transition autonome, vert et compétitif. Ce modèle fait écho à la vision royale d’un Royaume qui ne subit pas la transition énergétique mondiale, mais qui la devance, en y injectant sa propre expertise, sa recherche et sa capacité industrielle. L’hydrogène vert devient ainsi, non pas une utopie technologique, mais un outil de puissance douce et de sécurité stratégique.
Gazoduc Nigeria–Maroc : L’ambition panafricaine entre dans sa phase d’ancrage
Conçu comme l’un des projets les plus ambitieux jamais lancés sur le continent africain, le gazoduc Nigeria–Maroc incarne à la fois une vision stratégique de coopération Sud-Sud et une réponse souveraine aux défis énergétiques contemporains. Initié en 2016 sous l’impulsion du Roi Mohammed VI et de l’ancien président nigérian Muhammadu Buhari, ce projet transcende le simple enjeu de transport de gaz. Il dessine une nouvelle géopolitique de l’énergie fondée sur la solidarité continentale, la sécurité partagée et l’intégration régionale. Long de plus de 5 600 kilomètres, le gazoduc traversera 13 pays africains de l’ouest avant de remonter vers le Maroc et, à terme, de se connecter au marché européen via l’Espagne, positionnant le Royaume comme un corridor énergétique d’envergure entre l’Afrique et l’Europe.
En 2024, la CEDEAO a officiellement validé l’ensemble du cadre stratégique et juridique du projet. Cette étape majeure a permis d’engager un basculement vers la phase opérationnelle. L’année 2025 marque un tournant déterminant, avec l’accélération des études techniques et l’élargissement du périmètre des accords de financement. Selon les informations disponibles à la mi-2025, les travaux d’ingénierie de détail (FEED – Front-End Engineering Design) sont déjà entamés pour plusieurs tronçons. Ces études intègrent une cartographie précise des zones traversées, les besoins d’aménagement, les stations de compression, et les interconnexions nationales dans chaque pays partenaire. En parallèle, l’étude d’impact environnemental, indispensable à la validation internationale du projet, a été élargie à tous les territoires concernés et conduite en collaboration avec des experts locaux, notamment au Sénégal, au Bénin, au Ghana et en Mauritanie.
Sur le plan financier, plusieurs institutions internationales ont renforcé leur appui en 2025. La Banque Islamique de Développement a confirmé une nouvelle enveloppe de cofinancement pour les premières phases d’exécution. L’Union européenne, dans le cadre de sa stratégie Global Gateway, soutient également le projet comme alternative crédible et durable au gaz russe. En mai 2025, un partenariat élargi a été signé entre l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) et la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC), élargissant leur mandat à la coordination directe des travaux pilotes dans les sections Nigeria–Bénin–Togo. La coopération avec les pays côtiers est renforcée par des protocoles techniques précis, traduisant l’engagement d’aligner le projet avec les priorités de développement local.
Au-delà de son importance logistique et économique, le gazoduc Nigeria–Maroc s’impose comme un levier structurant de la stratégie énergétique du Royaume. Il permettra au Maroc de sécuriser à long terme son approvisionnement en gaz naturel, de soutenir la montée en puissance des centrales à cycle combiné, et d’alimenter le tissu industriel national, notamment les activités de dessalement d’eau de mer et les zones industrielles éloignées des réseaux électriques. Ce gazoduc répond aussi à l’ambition climatique du Royaume : il facilitera la transition énergétique de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest en substituant le fioul lourd par un gaz naturel moins polluant, tout en posant les bases d’une future infrastructure hybride permettant l’acheminement de molécules vertes à plus long terme.
Dans un contexte géopolitique mondial marqué par les tensions énergétiques, ce projet incarne ainsi une double souveraineté : celle d’un continent qui affirme sa capacité à coopérer sur ses propres ressources, et celle d’un pays qui, sous la conduite du Roi, construit un leadership énergétique fondé sur la stabilité, la vision et la solidarité. Le gazoduc Nigeria–Maroc n’est plus un simple scénario de développement, c’est désormais une infrastructure en devenir, déjà actée par les institutions et portée par une diplomatie de résultats.
Nador West Med : Un levier stratégique pour le rééquilibrage industriel du Nord-Est
Conçu comme un chantier d’envergure nationale dans le sillage de Tanger Med, le complexe portuaire de Nador West Med incarne une nouvelle étape dans la stratégie marocaine de déploiement industriel et logistique. Situé dans la région de Béni Ensar, à proximité de la zone de développement de Nador et du site minier de Jbel Aouam, ce projet s’inscrit dans la volonté royale de rééquilibrer les dynamiques de croissance entre les différents pôles du pays, en dotant l’Oriental d’une infrastructure de classe mondiale, capable de générer un impact structurel sur l’économie régionale et nationale.
En 2025, les travaux de construction du port ont atteint un seuil de maturité avancé. D’après les données publiées en avril 2025 par l’Agence nationale des ports, les deux digues principales sont entièrement réalisées, les quais pour conteneurs et vracs liquides sont en cours d’équipement, et les premières phases de raccordement terrestre avec le réseau routier et ferroviaire sont finalisées. Le projet mobilise un budget global estimé à près de 13 milliards de dirhams pour sa phase initiale, financé par l’État, des bailleurs internationaux et des partenaires institutionnels, dans un montage articulé autour d’une société de développement à gouvernance publique.
Le complexe portuaire comprend un terminal à conteneurs d’une capacité initiale de plus de 3 millions d’EVP par an, un terminal vraquier destiné notamment à l’importation d’énergie et à l’exportation de minerais, ainsi qu’une plateforme dédiée à la logistique pétrolière. Il est conçu pour desservir à la fois le commerce régional et les grandes lignes maritimes internationales, en s’adossant à une zone industrielle intégrée, une zone franche et un pôle énergétique qui abritera à terme des unités de transformation, de stockage et d’assemblage. L’ensemble de l’écosystème a été pensé pour attirer les investissements étrangers dans les secteurs de la métallurgie, de l’agro-industrie, de la chimie et de l’énergie, tout en créant des débouchés pour les entreprises locales.
Ce chantier revêt une dimension géostratégique particulière. Situé sur l’axe Gibraltar–Canaries, à la charnière entre l’Europe du Sud et l’Afrique de l’Ouest, Nador West Med a vocation à devenir un point d’appui logistique pour les flux Sud-Sud, mais aussi un point d’ancrage pour les nouvelles routes commerciales issues de l’intégration méditerranéenne et des corridors africains. Il se positionne également comme une alternative stratégique en matière de sécurité énergétique, avec une infrastructure capable d’accueillir des terminaux GNL et de sécuriser les approvisionnements du pays via la façade orientale.
Les impacts socio-économiques du projet sont d’ores et déjà perceptibles. Plus de 4 000 emplois directs ont été créés pendant la phase de construction, et les projections tablent sur 50 000 postes directs et indirects à terme, au sein d’un écosystème régional intégré. Des efforts spécifiques sont déployés en matière de formation professionnelle, en lien avec les instituts spécialisés de l’Oriental et les établissements de l’OFPPT, pour faire émerger une main-d’œuvre qualifiée et adaptée aux métiers portuaires, industriels et logistiques. Par ailleurs, le projet est accompagné d’un plan d’aménagement du territoire à grande échelle, incluant la mise à niveau des infrastructures routières, la construction de zones résidentielles pour les ouvriers et les cadres, ainsi que la mise en place de services publics renforcés dans les communes voisines.
Nador West Med symbolise ainsi une double inflexion : celle d’un État qui réinvestit puissamment dans ses territoires longtemps marginalisés, et celle d’un modèle de développement qui s’émancipe des logiques d’enclavement. Ce port ne vise pas seulement à décharger Tanger Med ou à servir de relais régional, il ambitionne d’ouvrir un nouveau cycle de croissance pour l’Oriental, avec en ligne de mire une souveraineté logistique redéployée sur l’ensemble du territoire national.
Énergies renouvelables et interconnexions : Une souveraineté électrique en construction
Le Maroc a fait le choix précoce de placer la transition énergétique au cœur de son développement. Sous l’impulsion du Roi Mohammed VI, la stratégie nationale de l’énergie, adoptée dès 2009, a fixé des objectifs clairs : porter la part des énergies renouvelables à 52 % du mix électrique à l’horizon 2030, sécuriser l’approvisionnement énergétique du pays et inscrire cette mutation dans une logique de souveraineté stratégique. En 2025, le Royaume s’approche de ses cibles tout en structurant une nouvelle génération de projets à haute valeur ajoutée, alliant production verte, infrastructures intelligentes et intégration continentale.
Avec plus de 4 500 MW de capacité installée en énergies renouvelables, dont 40 % en solaire et 35 % en éolien, le Maroc affiche des avancées tangibles. La centrale Noor Ouarzazate, vitrine du programme solaire national, a atteint depuis 2023 son régime nominal et s’est dotée de nouveaux modules hybrides combinant solaire thermique et photovoltaïque. À Midelt, le complexe Noor II est en cours de finalisation, intégrant des technologies de stockage avancées pour pallier l’intermittence. En parallèle, le programme solaire décentralisé avance dans les provinces du Sud avec des mini-centrales hybrides (solaire–diesel–batterie) développées pour les localités reculées, notamment autour de Tata, Zagora et Assa-Zag.
Sur le front éolien, le Maroc exploite désormais des parcs terrestres de grande envergure à Tarfaya, Aftissat, Tanger et Oualidia, totalisant plus de 1 400 MW en production. En 2025, le parc d’extension de Taza, d’une capacité de 150 MW, est en phase de test, tandis que le projet Gafait dans l’Oriental démarre ses travaux de génie civil. Ce développement est soutenu par un modèle de partenariat public-privé bien rôdé, avec la participation active de Masen, de l’ONEE et de consortiums étrangers, notamment espagnols, allemands et saoudiens. L’appel d’offres lancé au printemps 2025 pour un nouveau parc offshore pilote au large de Dakhla illustre cette volonté de pousser les frontières technologiques vers des solutions marines innovantes, en exploitant les gisements éoliens du littoral atlantique sud.
Mais la souveraineté énergétique ne se limite pas à produire localement. Elle implique une capacité d’échange, de flexibilité et d’intégration régionale. Le Maroc a donc investi dans les interconnexions électriques comme levier d’ajustement stratégique. En 2025, le Royaume dispose de deux lignes à haute tension actives avec l’Espagne (1 400 MW) et une interconnexion opérationnelle avec l’Algérie, bien que sous-utilisée. Un troisième câble sous-marin Maroc–Espagne, en cours de construction, est cofinancé par l’Union européenne dans le cadre du programme Global Gateway. Ce projet, prévu pour 2028, permettra d’exporter massivement des surplus d’électricité verte vers le marché ibérique.
Plus au sud, le projet d’interconnexion avec la Mauritanie, étudié depuis 2022, entre dans une phase technique active. Un mémorandum signé en février 2025 entre l’ONEE et la Société mauritanienne d’électricité (Somelec) prévoit un raccordement progressif à travers le Sahara atlantique, avec des stations relais solaires pour stabiliser la tension sur le tracé. À terme, cette ligne pourrait être prolongée jusqu’au Sénégal, accompagnant les ambitions du Maroc dans la ZLECAf et soutenant l’intégration électrique de l’Afrique de l’Ouest.
Parallèlement, le digital devient un outil décisif dans la gestion de cette transition. L’ONEE et Masen développent en 2025 des plateformes d’intelligence énergétique permettant une meilleure prédiction de la production renouvelable, la gestion des pics de consommation et l’optimisation des capacités de stockage. Le lancement d’un programme pilote de smart grids à Benguerir, en lien avec l’UM6P, marque l’entrée du pays dans l’ère des réseaux intelligents. La maîtrise des données, la cybersécurité énergétique et la réactivité en temps réel deviennent ainsi des piliers de la souveraineté électrique.
Loin d’être une simple adaptation aux contraintes climatiques, la politique marocaine en matière d’énergies renouvelables incarne une réinvention du rapport à la puissance. Elle fait du Maroc un acteur respecté dans les enceintes internationales sur le climat, tout en lui ouvrant des marges de manœuvre nouvelles dans ses partenariats géoénergétiques. À l’horizon 2030, cette souveraineté verte ne sera plus un pari. Elle sera un fait accompli, fruit d’une vision royale patiente, lucide et résolument orientée vers l’avenir.
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