Presse : Une réforme sous tension, passée à une voix près
Le projet de loi portant réorganisation du Conseil national de la presse vient de franchir une étape décisive, mais loin d’être consensuelle. Son adoption en commission à la Chambre des conseillers, acquise à une seule voix d’écart, a mis en lumière un malaise profond qui traverse aujourd’hui le secteur de la presse et de l’édition, bien au-delà des clivages partisans habituels.
Par Mohammed Taoufiq Bennani
Le chiffre est parlant. Six voix contre cinq. C’est par cette marge étroite que la commission compétente a rejeté l’ensemble des amendements déposés par les groupes de l’opposition, validant ainsi la version du texte transmise par la Chambre des représentants. Un vote serré, révélateur d’un rapport de force fragile, et surtout d’une réforme qui avance sans emporter l’adhésion qu’un chantier aussi sensible aurait exigée.
Car au-delà de la procédure parlementaire, c’est la méthode qui interroge. Les amendements écartés visaient principalement à préserver le principe d’autorégulation de la profession, fondement du Conseil national de la presse depuis sa création. Le refus total de toute modification a été perçu, par une large partie des acteurs concernés, comme un verrouillage politique du débat, plutôt que comme l’aboutissement d’une concertation aboutie.
Cette lecture est désormais portée publiquement. Dans un communiqué commun diffusé le 23 décembre, les principales organisations syndicales et professionnelles du secteur ont exprimé leur profonde inquiétude face à ce qu’elles considèrent comme une remise en cause de l’indépendance de l’organe de régulation. Le texte évoque explicitement un affaiblissement du principe électif, un mépris des avis consultatifs émis par des institutions constitutionnelles, et une marginalisation des représentants de la profession dans un processus qui engage pourtant directement son avenir.
Le malaise ne se limite pas aux cercles syndicaux. Plusieurs médias ont également souligné les zones de friction soulevées par cette réforme. Certains y voient un glissement progressif d’un modèle d’autorégulation professionnelle vers une forme de régulation administrée, d’autres s’interrogent sur l’impact économique du dispositif sur les petites et moyennes entreprises de presse, déjà fragilisées par un environnement financier tendu.
Dans ce contexte, le vote en commission apparaît moins comme une validation politique pleine et entière que comme un signal d’alerte institutionnel. Faire passer un texte structurant à une voix près, sans intégrer la moindre réserve exprimée par l’opposition et par une partie significative des acteurs du secteur, interroge inévitablement sur la solidité du consensus recherché.
Une certitude s’impose désormais. Quelle que soit son issue, cette réforme n’a pas avancé dans l’indifférence. Elle a ouvert un débat qui dépasse largement le texte lui-même et pose, en filigrane, une question centrale pour la démocratie marocaine : comment réformer la presse sans fragiliser le principe même de son autonomie.
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